La nuit tombée sur nos âmes de Frédéric Paulin

L’abysse capitaliste.

Un récit choc sur un évènement ignoble, le G8 et les manifestations qu’il a entraîné. Lors de cette table ronde des puissants, l’Italie s’est enfoncé dans un abysse de violence sans fond.

Le G8 est un puits de gravité qui attire à lui tout un tas de personnes avec des désirs contradictoires mais qui partage un thème en commun, le pouvoir. Il y a Carli, le fasciste qui exulte de pouvoir exercer son autorité, Lamar qui espère propulser sa carrière politique, et Nathalie et Wag, qui espèrent juste que le pouvoir change de main.

Le style est clair, concis à la manière d’un reportage de guerre. Un rapide portrait des personnages plante le décor puis les pages s’enfilent comme le compte à rebours d’un explosif.

Et lorsque la détonation retentit le récit s’imprègne d’une tension qui ne le quittera plus. La suite du roman se lit d’une traite. La déflagration qui s’empare du lecteur s’accompagne d’un état de sidération à la lecture des faits qui se sont déroulés dans l’école Diaz et la caserne de Bolzenato.

Les faits rapportés par l’auteur sont tellement révoltants et effarants qu’il est difficile de croire qu’ils aient pu être aussi facilement occultés. J’aurais aimé que l’auteur présente une bibliographie afin de pouvoir prolonger la plongée dans cet abysse de noirceur.

Un roman qui laisse un arrière-goût dans la bouche et qui rappelle que dans la vraie vie rare sont les fois où les coupables payent pour leur crime.

Résumé : Les chefs d’État des huit pays les plus riches de la planète se retrouvent lors du G8. Face à eux, en marge du sommet, 500 000 personnes se sont rassemblées pour refuser l’ordre mondial qui doit se dessiner à l’abri des grilles de la zone rouge. Parmi les contestataires, Wag et Nathalie sont venus de France grossir les rangs du mouvement altermondialiste. Militants d’extrême-gauche, ils ont l’habitude des manifs houleuses et se croient prêts à affronter les forces de l’ordre. Mais la répression policière qui va se déchaîner pendant trois jours dans les rues de la Superbe est d’une brutalité inédite, attisée en coulisses par les manipulations du pouvoir italien. Et de certains responsables français qui jouent aux apprentis-sorciers.
Entre les journalistes encombrants, les manœuvres de deux agents de la DST, et leurs propres tiraillements, Wag et Nathalie vont se perdre dans un maelstrom de violence. Il y aura des affrontements, des tabassages, des actes de torture, des trahisons et tant de vies brisées qui ne marqueront jamais l’Histoire. Qui se souvient de l’école Diaz ? Qui se souvient de la caserne de Bolzaneto ? Qui se souvient encore de Carlo Giuliani ?

Éditeur ‎Agullo (9 septembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎288 pages
ISBN-10 ‎2382460032
ISBN-13 ‎978-2382460030

Désert noir d’Adrien Pauchet

Drogue, fantômes et fusillades

Le risque lorsqu’un auteur écrit un récit à la croisée des genres c’est que l’un d’entre eux prenne le pas sur les autres et éclipse le propos initial. Malheureusement pour Adrien Pauchet c’est ce qui s’est passé pour son ouvrage Désert noir.

Le récit bouillonne de bonnes idées mal, ou peu, exploitées. Comme une recette qui dispose de bons ingrédients mais qui donne un résultat brouillon. L’auteur brasse quantité de thèmes sans jamais réellement les développer, la difficulté de faire son deuil, la rédemption, la résilience et bien d’autres encore. Un traitement de surface peu satisfaisant dû à une narration trop axée sur le thriller au détriment du développement des personnages, peut-être trop nombreux aussi.

Perdus entre la frénésie narrative d’un thriller grand public et la réflexion sur le deuil, l’ouvrage ne raconte finalement pas grand-chose. L’aspect onirique de l’intrigue offre une jolie mise en page qui invoque le néant mais peine à faire oublier les incohérences et le manque d’approfondissement de l’intrigue et des personnages.

Désert noir s’avère être une œuvre brouillonne qui veut trop en dire sur trop de sujets, qui aurait mérité un affinage de son intrigue et de ses personnages. Une jolie attention gâchée. 

Résumé : Jocelyn est un jeune flic qui, après une sale affaire, se retrouve mis à l’épreuve. Il intègre une équipe qui a pour mission de démanteler un trafic à Paris d’une nouvelle drogue qui permet, à celui qui la consomme, de revoir chacun des êtres chers qu’il a perdus. En butte à l’hostilité d’une partie de la police, sur le qui-vive, il finit par avoir l’impression de chercher à sauver une société qui ne veut pas l’être.

Éditeur ‎FORGES VULCAIN (9 octobre 2020)
Langue ‎Français
Broché ‎240 pages
ISBN-10 ‎2373050587
ISBN-13 ‎978-2373050585

La ville dans le ciel de Chris Brookmyre, Vers le whisky et au-delà !!

Voilà un roman qui aura bien du mal à se faire une place dans les cases parfois rigides que, éditeurs comme lecteurs, dressent pour classer leurs ouvrages. On parle d’un polar qui prend place sur une station spatiale internationale. Une lecture originale et addictive.

L’aspect SF exige une concentration de la part du lecteur, tout du moins au début du roman, afin d’intégrer toutes les subtilités de cet univers. Heureusement très rapidement les codes du polar reprennent le dessus avec une enquête menée tambour battant, des mystères qui s’empilent, des courses-poursuites et des règlements de comptes sans pitié.

L’auteur a opté pour une science-fiction positive, à contre-courant de la production actuelle, la terre n’est pas au bord de la destruction, la construction de vaisseaux spatiaux est vécue comme un espoir coûteux mais indispensable pour l’humanité sans notion d’urgence climatique mais ne croyez pas pour autant que tout va bien sur la ville dans le ciel.

L’auteur s’est inspiré des nombreux microcosme qui ont fleuri à travers les âges et en a conclu un principe simple, plus les interdits sont sévères, plus les transgressions sont grandes. Les amateurs de polar urbain où règnent la corruption et les passions humaines débridées ne seront pas déçu du voyage. La ciudad de cielo est en effet un repaire de crapules en tous genres qui font régner alcool, drogue, perversion sexuelle diverses et variées, prostitution, combats clandestins. Un véritable nid de serpents.

Dans ce dédale de luxure et de corruption généralisée Alice tente d’y voir plus clair, guidé par ce lapin blanc peu fiable qu’est Nikki. L’auteur brosse le portrait de deux personnages pétris d’assurance qui vont voir leurs certitudes volées en éclats à mesure qu’elles vont s’approcher de la vérité. Le portrait de Nikki aurait pu être affiné, notamment la raison de son départ pour la station, mais l’écriture de ces deux personnages est solide et crédible.

Même si l’intrigue en elle-même se révèle prévisible avec une conclusion quelque peu confuse, ce thriller d’anticipation se révèle d’excellente facture.

Résumé : En orbite autour de la Terre, Ciudad de Cielo est la première marche permettant à l’humanité d’atteindre les étoiles. Décrite comme un lieu utopique où le crime n’existe pas, la station spatiale est néanmoins contrôlée par des gangs qui se livrent une guerre sans merci : prostitution, contrebande et racket sont omniprésents. Jusqu’ici, les autorités ont toujours fermé les yeux. Mais les choses vont changer : un cadavre vient d’être découvert, flottant en mille morceaux dans la microgravité de cette ville dans le ciel.L’enquête sur ce meurtre est confiée à Nikki « Fix » Freeman. Corrompue jusqu’à la moelle, c’est peu dire qu’elle n’est pas ravie d’être chaperonnée par Alice Blake, une jeune envoyée du gouvernement terrien fraîchement arrivée sur la station et particulièrement stricte dès qu’il s’agit du règlement.Alors que les morts s’accumulent, les masques vont finir par tomber, et les vraies raisons de ce déchaînement de violence se révéler au grand jour.

Éditeur ‎DENOEL (22 septembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎512 pages
ISBN-10 ‎2207144801
ISBN-13 ‎978-2207144800

La pluie de néon de James Lee Burke, Sale temps pour les salauds

Il était temps que je me lance à la découverte des enquêtes de Dave Robicheaux, après un faux départ il y a quelques années. La saga de James Lee Burke est sans doute l’une des plus longues de l’histoire du polar, on peut donc se demander si la première enquête, publiée en 1987 a encore quelque chose à apporter au lecteur d’aujourd’hui.

Force est de constater que cette première enquête est d’un classicisme qui peut paraître rébarbatif. Une large place est laissée à l’action, les retournements de situation se révèlent prévisibles et les développements de l’enquête poussifs. Ce n’est pas vraiment l’aspect de l’ouvrage qui a le mieux vieilli.

La caractérisation de Robicheaux s’inscrit dans la droite lignée des enquêteurs dur à cuir issus du roman noir. C’est un homme qui a roulé sa bosse, cynique et dépourvu d’illusions mais avec des idéaux de justice chevillés à son âme. Il penche parfois plus du côté du justicier à la inspecteur Harry que du simple flic mais il faut bien ça pour survivre aux prédateurs bipèdes de la Louisiane.

Ce qui sauve ce premier volume c’est la plume de Burke. Le style est là, une aura de mélancolie imprègne le récit et se diffuse lentement à travers les pages du récit. Le regard désabusé que porte Robicheaux sur la société et la description des paysages de la Louisiane font le reste.

Si comme moi vous voulez découvrir ce monument de la littérature policière dans l’ordre alors La pluie de néon est un passage obligé. Il faudra juste revoir à la baisse vos exigences en matière d’enquête policière et ne pas oublier que ce premier volume à bientôt quarante ans.

Résumé : Avant de passer sur la chaise électrique, Johnny Massina rapporte au lieutenant Dave Robicheaux que sa tête serait mise à prix par les Colombiens. Il semble que Dave ait commis l’erreur de fourrer son nez là où il ne le fallait pas ; et d’avoir insisté.

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (12 juin 2019)
Langue ‎Français
Poche ‎393 pages
ISBN-10 ‎2743647809
ISBN-13 ‎978-2743647803

De si bonnes mères de Céline de Roany, Cachez ce ventre que je ne saurais voir

Un parc naturel en Bretagne, des jeunes femmes retrouvées mutilées, une communauté pleine de secrets et face à eux une enquêtrice revenue de l’enfer prête à tout pour faire la lumière sur cette affaire aux ramifications insoupçonnées.

La nouvelle enquête de Céline est solide et palpitante. L’autrice maîtrise la notion de suspens. L’enquête se suit avec plaisir, les mystères s’accumulent ainsi que les fausses pistes. Mais il en faut plus pour décourager Céleste Ibar, une enquêtrice qui ne s’en laisse compter par personne. 

Un personnage qui est à la limite de ces clichés de femmes flic badass et déterminées que l’on rencontre un peu partout dans le polar en ce moment mais l’autrice parvient à faire d’elle un véritable personnage consistant. Un personnage sauvé par son dévouement aux victimes, sa complicité avec ses collègues et sa famille moderne et aimante. 

Le seul reproche que je pourrais faire à l’ouvrage est un étirement de l’intrigue. Surtout vers la fin avec une énième péripétie qui place Céleste dans une situation délicate vue et revue et qui alourdit l’intrigue sans apporter grand-chose. Tout ça pour mener à une conclusion expédiée. Un final décevant qui apporte toutes les réponses aux questions mais sans LA scène qui aurait dû apporter le climax haletant auquel on serait en droit de s’attendre.

De si bonnes mères est un polar convaincant qui va vous faire passer un joli moment de lecture. Je regrette juste que l’intrigue se perde dans des retournements de situation dispensable au lieu d’offrir un véritable final.

Résumé :

Dans le parc régional de Brière, où vit une petite communauté soudée autour d’un restaurant et d’un bistrot, se cache un criminel au sang froid qui mutile des femmes enceintes. Dépêchés sur les lieux, Céleste Ibar et son fidèle lieutenant sauront-ils déchiffrer les signes laissés par le tueur ?

Céleste Ibarbengoetxea, capitaine à la PJ de Nantes. Un nom imprononçable. Un visage balafré. Un passé terrible : séquestrée et martyrisée, elle a survécu en faisant preuve d’une violence inhumaine. Depuis, pour certains comme à ses propres yeux, Céleste Ibar est un monstre. C’est pourtant parce qu’elle est une épouse aimante, une mère attentive et une collègue dévouée qu’elle va résoudre l’une de ces tragiques affaires criminelles qui marquent un flic à jamais.

Éditeur ‎Presses de la Cité (31 mars 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎474 pages
ISBN-10 ‎225819606X
ISBN-13 ‎978-2258196063

Rien que le noir de William McIlvanney et Ian Rankin, Glasgow by night

Après qu’un destin funeste ait frappé William McIlvanney, le créateur original du personnage de Jack Laidlaw, c’est Ian Rankin, un autre grand nom du polar anglo-saxon, qui a repris en main le manuscrit afin de narrer l’une des premières enquêtes de ce personnage dont j’ai fait la découverte avec cet ouvrage.

D’emblée on ne peut pas dire que ce fût le coup de foudre entre Laidlaw et moi. Ce personnage au fort caractère m’est apparu arrogant, prétentieux et acariâtre. Il ne cherche même pas à faire connaissance avec ses nouveaux collègues qu’il dénigre immédiatement.

Son rapport à la hiérarchie est simple, ses supérieurs sont des incapables qui ne possèdent pas sa vision des choses et ne méritent donc que son dédain. Son impertinence pourrait le faire passer pour un rebelle intransigeant, ce qui est sans doute le but des auteurs, mais ne fait que mettre en avant son ego agressif et son complexe de supériorité.

Difficile de savoir si Laidlaw est décrit comme ça dans la trilogie originale de McIlvanney ou s’il s’agit d’un apport de Rankin mais le fait est que, à part ses talents d’enquêteur solitaire, rien n’est fait pour le rendre sympathique.

En passant outre mon aversion pour le personnage principal j’ai tout de même apprécié cette enquête dans les bas fond de Glasgow. L’intrigue est d’un classicisme absolue mais solide. Une galerie de personnages peu recommandables, convaincante à défaut d’être originale, nous est dépeinte tout au long de cette intrigue où les loups sont sur le point de s’entredévorer.

Il ne me reste maintenant plus qu’à découvrir si Laidlaw est d’un naturel plus avenant sous la seule plume du regretté McIlvanney ou si vraiment, lui et moi, on n’est pas fait pour s’entendre.

Résumé : A sa mort, William McIlvanney, auteur de la trilogie Laidlaw a laissé un manuscrit inachevé. Sa compagne a demandé à l’écrivain Ian Rankin, grand admirateur de McIlvanney, de le remettre en forme et de le compléter. Le résultat est The Dark Remains, une aventure de jeunesse de l’inspecteur Jack Laidlaw.

Éditeur ‎Rivages (6 avril 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎288 pages
ISBN-10 ‎2743655720
ISBN-13 ‎978-2743655723

Le chat qui ne pouvait pas tourner d’Anne Dhoquois, Un flic dans la brume

Paris, des femmes retrouvées sauvagement poignardées, un flic désabusé et alcoolique, un résumé qui fait penser à des centaines d’autres polars déjà présents en librairie et c’est bien le problème de ce premier polar.

La première enquête de David Sterling, bien que de facture honnête dans son ensemble, souffre de deux défauts qui ne sont en rien rédhibitoires mais qui empêcheront tout amateur de polar de lui trouver un quelconque intérêt. Dès les prémices de l’enquête, le lecteur comprend qu’il est face à un polar d’un classicisme absolu. Un classicisme qui n’a rien de déméritant en soi mais dont il aurait fallu parvenir à se détacher afin de proposer quelque chose de plus original, qui aurait permis au récit de se démarquer du reste de la production littéraire policière.

Le second défaut tient surtout au portrait du capitaine Sterling trop scolaire pour être vraiment convaincant. Un flic solitaire, à la belle gueule fatigué, désabusé par la société dans laquelle il ne fait que passer pour ramasser les pires horreurs, captif d’une colère dont il ignore l’origine et légèrement alcoolique. Une description qui, sans être honteuse, correspond à des dizaines d’autres personnages de roman et à laquelle l’autrice ne parvient pas à donner une réelle consistance malgré ses efforts louables.

Ces défauts n’empêchent pas de passer un bon moment. L’intrigue se suit sans déplaisir à travers des chapitres rythmés, des suspects et des fausses pistes jusqu’à un final malheureusement prévisible. La conclusion est à la hauteur du récit, sans originalité mais honnête dans sa proposition.

Un polar à réserver aux lecteurs curieux de découvrir le genre. Mais dont le côté classique et scolaire empêchera tout autre lecteur plus assidu d’y trouver son compte.

Résumé : David Sterling est capitaine de police au 3e DPJ de Paris. Chef d’enquête pour le meurtre d’une jeune femme tuée à l’arme blanche sur les berges de la Seine, il pressent dès le départ une affaire hors du commun. La suite des événements va lui donner raison. Les meurtres de femmes s’enchaînent, tous commis dans des arrondissements de la rive gauche, le territoire du 3e DPJ. Est-ce un hasard ? Au capitaine et à ses lieutenants de percer le mystère, de fausses pistes en rebondissements, qui mettront Sterling à rude épreuve. Enquêteur renommé, instinctif, séducteur et torturé…et si le chat qui ne pouvait pas tourner, c’était lui ?

ASIN ‎B09NPDYHCR
Éditeur ‎Les Arènes (17 mars 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎317 pages
ISBN-13 ‎979-1037505859

Le goût du rouge à lèvres de ma mère de Gabrielle Massat, Walk on the wild side

Lorsqu’on est lecteur boulimique de polar comme moi on a tendance à croire que tout a été fait, que surprendre le lecteur est une tâche impossible. Avec son premier polar Gabrielle Massat nous prouve que tout est encore possible. Une sacrée bonne leçon pour le lecteur blasé que je suis.

Arrêtons nous d’abord sur ce qui constitue l’atout majeur du récit, le personnage principal, Cyrus Colfer. Son portrait psychologique est profond, ciselé et parsemé de nuances. Tiraillés entre son orgueil de malvoyant, son complexe d’Électre, sa morale ambivalente et sa volonté de faire ses preuves, on tient là un personnage marquant, rendu attachant par ses failles. Tant mieux car il va nous accompagner durant toute notre plongée dans les méandres de San Francisco.

La célèbre ville prend une autre couleur dans le récit, plus sombre, d’un rouge sale, comme celui que les filles de joie étalent sur leur joue après une altercation avec leur proxénète. Le décor idéal pour ce polar au contexte mafieux très fouillé, très documenté sur l’histoire mafieuse de la ville. Des personnages secondaires à la psychologie très bien étudiée complètent le tableau. 

L’autrice n’a pas misé uniquement sur ces personnages où son décor, l’intrigue réserve quelques surprises, comme la manière dont Cyrus s’immisce dans l’enquête. Une maîtrise narrative qui fait oublier la révélation prévisible sur l’identité du tueur tant le reste de l’intrigue recèle son lot de coups de théâtre.

Avec un ton acide et une bonne dose d’humour noir, l’autrice s’est d’ores et déjà taillé la part du lion dans le monde très compétitif du polar. Je n’ai qu’une seule hâte qu’elle en écrive un autre tout aussi jouissif.

Résumé : Qui a assassiné Amy Colfer, proxénète notoire ? Telle est la question qui ne cesse de hanter son fils, Cyrus, depuis une quinzaine d’années. Un nouveau meurtre relance le cold-case. Le jeune homme décide alors de revenir à San Francisco, dans le milieu interlope qui était le sien. Guidé par une soif de vérité et de vengeance, Cyrus Colfer – mi-truand, mi-indic – mène l’enquête de son côté, avec détermination. À un détail près : il est devenu aveugle.

Éditeur ‎Points (10 juin 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎528 pages
ISBN-10 ‎2757888080
ISBN-13 ‎978-2757888087

Je suis le feu de Max Monnehay, une âme de cendres


Il y a des formules, des modèles de narration qui ont fait leurs preuves et qui continuent de fonctionner auprès du lectorat, l’un d’entre eux consiste à dresser le portrait d’un personnage meurtri par la vie, l’âme percluse de multiples traumatismes. L’autrice Max Monnehay l’a très bien compris et signe un agréable polar, second volume des enquêtes de Victor Carrene.

Le personnage du psychologue Victor Carrene soutient le récit tout entier. Il est la source à laquelle s’abreuve l’intrigue principale mais aussi toutes les sous-intrigues du récit, il est le baril de poudre qui vient se frotter à l’allumette. Sa caractérisation se devait d’être convaincante. C’est le cas. Ancré dans la tradition des détectives dur à cuire, aimant à ennuis et punching-ball à voyous, ce personnage entraîne le lecteur dans une escapade Rochelaise digne des meilleurs romans noirs.

Son portrait psychologique crédible et soigné tranche avec les personnages secondaires un peu plus caricaturaux. Ainsi son entourage professionnel paraît un peu plus fade et moins agréable à suivre. Cela n’enlève rien au plaisir que l’on prend à le suivre dans son périple à travers La Rochelle surtout grâce au rythme infernal que l’autrice impose à son récit. Les interactions avec sa famille sont beaucoup plus touchantes et pertinentes, à tel point que l’on prend à espérer une présence plus importante du cercle familial dans les prochaines enquêtes de ce psychologue atypique.

Les traditionnels passages consacrés à l’assassin font l’effort de ne pas être redondant et donnent du corps à cette série de crimes odieux. L’autrice est parvenue à décrire un monstre crédible, complexe sans trop s’appesantir non plus sur sa psyché. La traque reste la priorité du récit.

Alors que je voyais le récit se diriger vers une conclusion peu originale, l’autrice est encore parvenue à me surprendre à l’aide de quelques feintes narratives qui achèvent de me convaincre que l’on tient là une plume prometteuse même s’il faudrait creuser le portrait des personnages secondaires.

Résumé : La Rochelle, mois de juillet. Une femme est retrouvée égorgée chez elle face à son fils de dix ans ligoté, qu’un bandeau et un casque audio ont préservé de l’intolérable spectacle. C’est la deuxième en l’espace de quelques semaines et les flics n’ont pas la moindre piste. Le commissaire Baccaro va alors faire appel à Victor Caranne, psychologue carcéral et oreille préférée des criminels multirécidivistes de la prison de l’île de Ré. Mais le tueur est une ombre insaisissable qui va bientôt faire basculer la ville dans la psychose.

Éditeur ‎SEUIL (4 mars 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎400 pages
ISBN-10 ‎2021488136
ISBN-13 ‎978-2021488135

16 de Greg Buchanan, mornes plaines


L’ambiance, l’atmosphère, c’est sûr ces concepts ambitieux mais hasardeux que certains auteurs décident de bâtir leurs œuvres. L’intrigue en elle-même passe au second plan au profit d’un aura mystérieux, promesse d’une évasion sur des terres inconnues. Encore faut-il que la promesse soit tenue.

L’intrigue prometteuse de 16 nous convie dans la ville d’Ilmarsh en Écosse et nous promet de révéler tous les sales petits secrets de la petite ville. Pourtant en refermant l’ouvrage je serais bien incapable de citer un habitant de la bourgade ou une spécificité de celle-ci. L’auteur échoue à créer une véritable atmosphère autour du décor de son intrigue. Cela manque de contexte, d’interactions quotidiennes, de vie en somme.

L’auteur a préféré se concentrer sur les portraits de ces deux enquêteurs, autant le personnage d’Alec s’en sort plutôt bien, malgré un côté passif et naïf assez irritant, autant celui de Cooper, la vétérinaire, est complètement raté. L’auteur a essayé de faire quelque chose avec elle, il souligne un trait de caractère assez original mais qui m’a complètement sortie de l’histoire. Je ne croyais plus en ce que je lisais. Difficile alors de développer de l’empathie pour ce duo qui gémit plus qu’il n’enquête. 

Le gros point noir pour moi vient surtout de la narration. Trop occupé à répandre désespérément les brumes d’Ilmarsh l’auteur oublie de nous intéresser à son intrigue. Ainsi les développements de l’enquête nous sont-ils transmis de manière formelle, comme si l’on lisait un rapport dénué d’emphase mais aussi de toute tension, de tout suspens, alourdie par des flash-back inutiles et une stagnation du récit. La résolution se révèle décevante et retombe dans les travers des pires polars, à l’image d’une intrigue qui jamais ne décolle.

Un premier roman au résumé original qui se veut audacieux dans son traitement de l’intrigue et des personnages mais qui se révèle terne dans son atmosphère, inconsistant dans ses personnages et frustrant dans son intrigue. Dommage.

Résumé : Dans la campagne marécageuse et pittoresque d’Ilmarsh, les apparences sont malheureusement trompeuses…
L’inspecteur Alec Nichols et la vétérinaire Cooper Allen vont le découvrir à leurs dépens. Leur quotidien paisible vole en éclats le jour où ils se rendent sur la scène d’un crime atroce et unique : face à eux, seize cadavres de chevaux. Impossible de cerner le profil de ce tueur si spécial, ses intentions, ou de déterminer qui sera sa prochaine cible.
Les deux enquêteurs vont vite comprendre que le mal sommeille à Ilmarsh : mensonges, incendies, meurtres en série… personne ne sera épargné.
Cette petite ville tranquille survivra-t-elle à la vérité ?

Éditeur ‎Calmann-Lévy (2 mars 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎486 pages
ISBN-10 ‎2702167551
ISBN-13 ‎978-2702167557