Les maîtres enlumineurs de Robert Jackson Bennett, un maître mot: efficacité

Comment persuader les lecteurs de se lancer dans une nouvelle saga ?

La réponse de Bennett tient en un concept simple: de l’action et des personnages convaincants.

Et il faut reconnaître que cette formule s’avère efficace. Les 250 premières pages ne sont qu’une gigantesque course-poursuite, où l’on fait connaissance des personnages principaux, entrecoupé de passages où l’auteur expose les bases de son univers de manière simple et en les remettant en perspective dans l’histoire ce qui évite l’aspect rébarbatif de telles explications. C’est très malin de dévoiler les bases de son univers ainsi car lorsque l’intrigue se recentre sur les complots on a déjà appris à faire connaissance avec les personnages et l’univers de Tevanne.

Les personnages sont un atout précieux du récit. La piquante Sancia occupe le devant de la scène. Intrépide, courageuse, endurcie par un passé traumatisant et qui ne se laisse pas démonter par l’adversité. Sa gouaille et le duo qu’elle forme avec un autre personnage plus inattendu font d’elle une grande réussite de ce premier volume. Le reste des personnages n’est pas pas reste, Gregor est pétri d’idéaux et a plus en commun avec Sancia que l’on pourrait le croire. Orso fait partie de ses personnages délicieusement odieux dont chaque réplique est une balle de sniper entre les deux yeux. La douce bérénice complète le tableau.

L’approche de Bennett dans la création de son univers m’a paru très américaine. D’un côté on a les très riches, parqués dans des quartiers au luxe ostentatoire, et de l’autre les pauvres, cantonnés à des quartiers insalubres à la misère insoutenable. L’idée même d’ascension sociale, de justice ou d’équité est inexistante. Tout repose sur le commerce et l’appât du gain. Un univers qui transpire la critique un peu trop sommaire et sans nuances du capitalisme mais qui a le mérite d’être accessible à tous les lecteurs.

Pour un lecteur assidu de récits de fantasy Les maitres enlumineurs ne propose rien d’original mais l’originalité n’est sans doute pas le but recherché par l’auteur. À la place il signe un récit redoutable d’efficacité, doté de personnages attachants et bourré d’action.

Résumé: Toute l’économie de l’opulente cité de Tevanne repose sur une puissante magie : l’enluminure. A l’aide de sceaux complexes, les maîtres enlumineurs donnent aux objets des pouvoirs insoupçonnés et contournent les lois de la physique.Sancia Grado est une jeune voleuse qui a le don de revivre le passé des objets et d’écouter chuchoter leurs enluminures. Engagée par une des grandes familles de la cité pour dérober une étrange clé dans un entrepôt sous très haute surveillance, elle ignore que cet artefact a le pouvoir de changer l’enluminure à jamais. Quiconque entrerait en sa possession pourrait mettre Tevanne à genoux. Poursuivie par un adversaire implacable, Sancia n’aura d’autre choix que de se trouver des alliés.

  • Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel (31 mars 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 640 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2226441514
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226441515
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 650 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14 x 3.5 x 20.5 cm

American elsewhere de Robert Jackson Bennett (26 septembre 2018)

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Résumé : Veillée par une lune rose, Wink, au Nouveau-Mexique, est une petite ville idéale. À un détail près : elle ne figure sur aucune carte. Après deux ans d errance, Mona Bright, ex-flic, vient d y hériter de la maison de sa mère, qui s est suicidée trente ans plus tôt. Très vite, Mona s attache au calme des rues, aux jolis petits pavillons, aux habitants qui semblent encore vivre dans l utopique douceur des années cinquante. Pourtant, au fil de ses rencontres et de son enquête sur le passé de sa mère et les circonstances de sa mort (fuyez le naturel…), Mona doit se rendre à l évidence : une menace plane sur Wink et ses étranges habitants. Sera-t-elle vraiment de taille à affronter les forces occultes à l’ oeuvre dans ce lieu hors d Amérique ?

Chronique : Voilà un ouvrage dont je n’attendais pas grand-chose. On m’avait évoqué l’inspiration de King et de Lovecraft, j’avais peur du plagiat ou de la copie sans talent. L’épaisseur du livre, près de 800 pages mine de rien, me faisait craindre le pavé indigeste. Comme il bon parfois de se tromper.

L’auteur invoque bien l’héritage de King et Lovecraft mais il a su les assimiler et les intégrer de manière cohérente à son récit. De King on va retrouver la passion pour les petites villes hors du temps englués dans de sombres secrets, une ambiance nostalgique et des personnages cupides qui enchaînent les mauvaises décisions qui finiront par leur coûter cher. De Lovecraft, l’auteur emprunte bien plus qu’un bestiaire terrifiant et mystérieux, on y retrouve les thèmes chers à l’auteur tel que la confrontation des hommes face à des concepts qui les dépassent mais aussi l’invasion pernicieuse de créatures venue d’ailleurs. On y retrouve aussi l’exploration de ruines mystérieuses, formant l’un des meilleurs passages du livre.

Mais au-delà de cet hommage appuyé à ces deux grands noms de la littérature fantastique l’auteur parvient également à nous passionner pour la quête de son héroïne. Cette brave Mona, désespérant de trouver des réponses, déterminés à lever le voile de mystère qui plane sur Wink et qui sera amené à prendre l’une des pires décisions qu’un personnage de fiction est dû prendre un jour. Elle porte le livre sur ses épaules, elle est au centre de l’action, renvoyant dans les limbes les personnages secondaires qui ont parfois un peu de mal à coexister à ses côtés.

Le livre possède une atmosphère dense, rural durant les premières pages avec un soupçon de nostalgie sixties, elle prend très vite une tournure plus inquiétante mais jamais vraiment terrifiante. L’auteur multiplie les scènes d’épouvante et parvient de manière fugace à créer une angoisse diffuse mais qui s’estompe trop vite car le véritable danger se révèle bien trop tard. Entre temps notre héroïne aura échangé avec des créatures, certes étranges et inquiétantes, mais pas réellement hostiles. La notion de danger n’est donc pas vraiment présente. Cela tient peut-être aussi au fait que l’auteur tient absolument à expliquer tous les faits, et il y en a beaucoup, une part de suggestion aurait été souhaitable, cela aurait permis de renforcer l’aura mystérieuse de l’ouvrage.

L’auteur ne parvient pas vraiment à créer une tension autour de son récit et sa fin un peu précipité s’en ressent. Entre invraisenblance, d’où sortent soudainement les alliés de l’homme au panama ?, et un adversaire au physique, certes imposant, mais un peu décevant le récit n’atteint pas le climax qu’il aurait mérité.

Il n’en reste pas moins que, malgré ses quelques défauts, l’auteur nous livre une aventure passionnante, forte de son personnage principal attachant et empreint d’une atmosphère particulière qui ravira tout les amateurs de fantastique.

Note : 8/10

Éditeur Albin Michel
Date de publication 26 septembre 2018
Langue Français
Longueur du livre 784