La lune de l’âpre neige de Waubgeshig Rice

Que tout le monde reste calme

Ce roman est à la croisée des genres, post apo de par son postulat de départ, il prend rapidement des airs de thriller avec une touche de spiritualité.

Le récit s’avère très convaincant dans la description du quotidien de cette réserve indienne canadienne retirée du monde moderne. Une bourgade paisible où Evan tente de maintenir les traditions ancestrales de son peuple jusqu’à ce qu’ils perdent tout contact avec l’extérieur.

L’atmosphère du roman s’alourdit alors de manière progressive, donnant au récit des allures de huis clos en pleine nature. La tension s’installe tel un manteau de neige, couvrant les âmes et le cœur des habitants de ce bout du monde.

En sous-texte, l’auteur évoque certaines légendes indiennes. Questionnant ainsi notre humanité et les épreuves auxquelles elle se trouve confrontée en cas de privation. On frôle alors l’orée du fantastique, cela ne m’aurait pas dérangé que l’auteur aille encore plus loin et pénètre complètement dans cette forêt obscure mais je comprends aussi l’intention de rester rationnel dans un roman où tout perd son sens.

Un premier roman convaincant, empreint d’une atmosphère de fin du monde douce-amère où les peurs primaires des hommes prennent le pas sur la raison.

Résumé :

 une communauté indienne au bout des terres habitées découvre
que la civilisation s’est effondrée.

Au nord du Canada, dans une petite réserve indienne anichinabée, on chasse et on stocke des vivres à l’approche de l’hiver. Lorsqu’une panne d’électricité générale survient, peu s’en émeuvent.
Mais, au fil du temps, l’absence de moyens de communication avec l’extérieur et la diminution des stocks de nourriture font monter la tension. L’inquiétude s’installe. Le conseil de la tribu tente de gérer la situation. Des clans se forment.
Puis des étrangers viennent chercher refuge dans la réserve : le monde semble avoir sombré dans le chaos. Les mois passent, les conditions climatiques se durcissent, les premiers décès adviennent. L’affolement gagne du terrain. Les habitants comprennent que la plus grande menace ne vient pas du dehors mais de la communauté elle-même. Guidés dans le chaos par un leader improbable nommé Evan Whitesky, ils s’efforcent de rétablir l’ordre. Tous les savoirs ancestraux n’y pourront rien : quand un monde s’effondre, un autre renaît.

ASIN ‎B09XTT85FL
Éditeur ‎Les Arènes (1 septembre 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎290 pages
ISBN-13 ‎979-1037505972

American war d’Omar El Akkad

Miss American rage

Une Amérique divisée, une guerre qui ne laisse aucun répit aux civils, deux conceptions du monde qui s’affrontent sur fond de fin de règne, un univers dystopique trop semblable au nôtre. Autant de matière qui aurait dû donner une lecture réjouissante, est-ce vraiment le cas ?

L’auteur bâtit son univers patiemment, pages après pages, livrant moult détails et descriptions sur ces États-Unis fracturés dont les enfants sont fauchés par un tir de missile lancé par un drone. Lentement c’est un pays ravagé qui prend forme sous nos yeux.

Narré sous forme de journal intime, qui use des effets de prolepse, créant ainsi une attente de la part du lecteur. Le monde impitoyable dans lequel évolue la petite Sarah se révèle consistant. On foule la terre aride du Mississippi avec Sarah et sa famille, on partage leur détresse et leur désespoir. Cette narration immersive est une réussite totale et représente l’atout majeur de l’ouvrage.

Les chapitres nous montrant l’intrépide Sarah grandir dans le camp de réfugiés de Patience sont les meilleurs passages du livre. Sarah ne sera jamais aussi attachante que lorsqu’elle déambule entre les ruelles créées par les tentes de réfugiés et qu’elle tente d’apprivoiser un monde hostile. Par la suite cela se gâte.

Car à trop vouloir conter la naissance d’une guerrière, l’auteur oublie d’accorder une certaine profondeur à son récit. Montrer le quotidien d’un soldat dévoué à sa cause c’est bien, expliquer la création d’une chaîne de haine irrépressible c’est une volonté honnête mais cela ne suffit pas à porter le récit sur 500 pages. 

Il manque à l’ouvrage une réflexion sur la mentalité sudiste dont découle un tel fanatisme et une si grande fierté. En l’état, American war est une fresque guerrière convaincante mais qui manque de profondeur pour être vraiment marquante. 

Résumé : États-Unis, 2074. Une nouvelle guerre de Sécession éclate entre le Nord et le Sud, sur fond de contrôle des énergies fossiles. Lorsque son père est tué, la jeune Sarat Chestnut et sa famille n’ont d’autre choix que de fuir dans un camp de réfugiés en zone neutre.Entre les privations, les désillusions et les rencontres hasardeuses, la fillette influençable va, au fil des ans, se transformer en une héroïne implacable appelée à jouer un rôle déterminant dans le nouvel ordre mondial.

Éditeur ‎J’AI LU (6 octobre 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎512 pages
ISBN-10 ‎2290233021
ISBN-13 ‎978-2290233023

La comète de Claire Holroyde, raconte moi la chute

Une planète sur laquelle s’agite sept milliards d’êtres humains et une « petite » comète de huit kilomètres de diamètre. Devinez laquelle de ces boules dérivantes dans l’espace va remporter la partie ?

La comète est un roman surprenant à bien des égards. Introspectif mais assez en retrait dans l’émotion, la plume de l’autrice dégage une certaine froideur qui demande à être apprivoisé. La psychologie des personnages est finement reproduite au cours du récit mais toujours de manière clinique. On a parfois l’impression d’assister à une dissection psychologique à laquelle se livrerait l’auteur sur ces personnages. C’est précis mais ça manque d’empathie.

Il faut accepter aussi le parti pris de l’autrice de nous présenter certains personnages puis de les faire disparaitre aussitôt ou après quelques chapitres. Des personnages « météores » en quelque sorte, introduit pour mettre en avant une certaine situation, parfois insoutenable, avant de disparaitre. Il faut comprendre la volonté de l’autrice de raconter une destinée commune et non pas des destins en particulier.

Reste ces passages sur l’écroulement d’une société, sans doute les chapitres où on appréciera le plus le style clinique et en retrait de l’autrice. L’imagination suffit amplement à susciter l’effroi et à glacer le sang.

Sans doute l’un des seuls roman lus en 2021 que je serais incapable de classer dans mes bonnes ou mauvaises lectures. Typiquement le genre de lecture dans laquelle il faut se lancer pour savoir si elle va vous plaire.

Résumé : Jaillie de l’ombre du Soleil, la comète noire UD3 se dirige droit vers la Terre. Une collision semble inévitable, ce qui provoquerait l’apocalypse. Un jeune spécialiste de l’aéronautique, Ben Schwartz, est nommé à la tête d’une équipe internationale censée trouver le moyen de faire dévier la trajectoire de l’énorme bolide céleste. Réunis sur la base de Kourou en Guyane, coupés de leurs proches, des hommes et des femmes de tous horizons rivalisent d’ingéniosité pour affronter ce défi sans précédent. Mais contre toute attente, ce n’est pas l’exploit technologique qui se révèle le plus difficile ; en temps de crise, les passions humaines s’exacerbent, comme sur ce bateau brise-glace en route vers l’Arctique où un photographe baroudeur se rapproche d’une biologiste solitaire. Alors que le temps vient à manquer, chacun se montre sous son vrai jour.

Éditeur ‎GALLMEISTER (6 mai 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎512 pages
ISBN-10 ‎2351782313
ISBN-13 ‎978-2351782316

Lorsque le dernier arbre de Michael Christie, l’espoir gravé dans l’écorce

Cet ouvrage est bien plus qu’un énième récit post-apo brodant sur le thème éculé du déclin de l’humanité. C’est un ouvrage sur la notion de famille, sur la transmission de valeurs et aussi un formidable message d’espoir pour l’avenir.

Ce roman restera sans doute comme l’une de mes plus belles lectures de cette année. Tout simplement parce que l’auteur est parvenu à me faire changer d’avis sur ses choix de narration et sur mon ressenti concernant ses personnages, ce qui n’arrive que rarement.

En commençant l’ouvrage je me faisais la réflexion que le sujet était intéressant, la narration claire, le propos passionnant mais j’avais l’impression de regarder les personnages à travers une vitre, ce que je trouvais dommage pour une saga familiale où l’attachement aux personnages est primordial. Comme si l’intrigue se déroulait à travers un filtre et que l’auteur nous maintenait à distance de ses personnages. C’était pour mieux nous emmener à la seconde partie.

La première partie du récit, celle où la narration rebrousse le temps, sert à enraciner les thématiques de chaque personnage, à nouer le contexte dans lequel ils évoluent et à planter leurs personnalités. Puis la seconde partie déploie ses trésors d’émotions, la distance s’efface et laisse place à une intensité émotionnelle que j’ai rarement eu l’occasion de lire. Le tout avec pudeur et sobriété.

Une fois le livre refermé on ne peut s’empêcher de saluer l’ingéniosité de l’auteur qui parvient à mêler l’émotion tout en mettant en parallèle les situations vécues par les personnages à des décennies d’écarts. Il parvient à nous faire adopter le point de vue de chaque membre de cette famille atypique, on réussit à adopter leurs choix, même les plus extrêmes. Une famille où chaque branche s’ignore mais se complète, une famille qui ne sait pas communiquer mais qui se transmet pourtant des valeurs fondamentales.

Plus j’y réfléchis, plus je suis persuadé que ce livre est la meilleure lecture que j’ai pu faire cette année, non seulement pour l’émotion qu’il dégage mais aussi pour la résilience dont il fait preuve, un message d’espoir pour notre avenir. Aussi fragile et incertain soit-il.

Résumé : « Le temps ne va pas dans une direction donnée. Il s’accumule, c’est tout – dans le corps, dans le monde -, comme le bois. Couche après couche. Claire, puis sombre. Chacune reposant sur la précédente, impossible sans celle d’avant. Chaque triomphe, chaque désastre inscrit pour toujours dans sa structure. »

D’un futur proche aux années 1930, Michael Christie bâtit, à la manière d’un architecte, la généalogie d’une famille au destin assombri par les secrets et intimement lié à celui des forêts.
2038. Les vagues épidémiques du Grand Dépérissement ont décimé tous les arbres et transformé la planète en désert de poussière. L’un des derniers refuges est une île boisée au large de la Colombie-Britannique, qui accueille des touristes fortunés venus admirer l’ultime forêt primaire. Jacinda y travaille comme de guide, sans véritable espoir d’un avenir meilleur. Jusqu’au jour où un ami lui apprend qu’elle serait la descendante de Harris Greenwood, un magnat du bois à la réputation sulfureuse. Commence alors un récit foisonnant et protéiforme dont les ramifications insoupçonnées font écho aux événements, aux drames et aux bouleversements qui ont façonné notre monde. Que nous restera-t-il lorsque le dernier arbre aura été abattu ?

Éditeur ‎Albin Michel (18 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎608 pages
ISBN-10 ‎222644100X
ISBN-13 ‎978-2226441003

Le grand abandon de Cory Doctorow, dissection du domaine de la lutte

C’est le grand incendie

Si les livres étaient un gâteau celui-ci serait l’un de ses gâteaux au chocolat à étages recouverts de crème pâtissière, magnifique mais légèrement indigeste. Imaginez que vous seriez forcés d’avaler bouchées après bouchées, au début c’est délicieux mais très vite un sentiment de satiété s’installe tandis que la plus grande partie du gâteau vous attend encore.

Ce sentiment d’être repus alors que l’ouvrage n’est pas encore fini vient principalement du style. L’auteur possède en effet une plume dense, pas tellement descriptive mais très analytique. Les lecteurs qui se lanceront dans ce grand abandon n’ignoreront rien des états psychologiques par lesquels passeront les personnages. Leur état d’esprits sont en effet exposé et analysé sous les moindres coutures. Il en résulte des portraits psychologiques exhaustifs mais qui manquent de fluidité, de naturel. Une part de non-dit ou de mystères aurait été la bienvenue. Du coup malgré le soin apporté à la construction des personnages il m’a été difficile de m’attacher à eux, j’avais parfois l’impression de lire un débat philosophique sur la manière de lutter contre le capitalisme plutôt que des aventures de personnages en lutte contre le système. La police d’écriture et la mise en page n’aide pas vraiment à aérer un texte déjà très touffu.

La narration est à l’image de ces portraits, un bloc uniforme et dense mais qui manque de fluidité. Malgré l’étalement temporel et le nombre de personnages l’intrigue paraît resserrée et manque d’articulations entre ses chapitres, sans parler de la redondance que peuvent entraîner les mésaventures de nos militants d’une nouvelle société face aux capitalisme exacerbé de leurs adversaires. Chapitres qui commencent souvent par une situation donnée avant que le contexte ne nous soit donné par la suite. Les ellipses sont nombreuses et participent à ce sentiment de détachement que l’on peut ressentir à la lecture. Les personnages ne vivent pas l’aventure au fil des pages, ils en débattent, en discutent, en profitent pour confronter leurs points de vue sous tous les angles mais ne nous permettent pas de vibrer avec eux aux cours de leurs vies d’abandonneurs. Sortie des dialogues, qui versent parfois dans la philosophie hors sujet, la narration prend des allures d’audit désincarné, notamment lorsqu’il s’agit de décrire une société au bord du gouffre.

Et pourtant le monde que nous dépeint l’auteur est intéressant, terrifiant mais aussi empreint d’espoir, de résilience et malheureusement suffisamment crédible pour captiver l’attention du lecteur. Sur les ruines d’un capitalisme tyrannique, un monde nouveau tente de naître. La technologie y joue un rôle important et permet à l’auteur de démontrer que l’empilement de gadget sécuritaire n’empêche en rien l’émergence de nouvelles formes de luttes. Le futur oppressant mis en scène par l’auteur résonne de manière funeste avec les actualités des dernières années. La description de cette société où la technologie est devenue une béquille, où le travail est une denrée rare, où l’endettement est devenue la norme et les gouvernements rien d’autre que des extensions de sociétés privés fait froid dans le dos tellement elle paraît d’actualité. C’est sans doute le point fort du récit et ce qui permet de capter l’attention au travers d’une narration dense et rigide.

Ce grand abandon se révèle complexe à appréhender, handicapé par une narration rigide et une plume tatillonne, pourtant la vision de l’auteur et son propos ne manquent pas de profondeur mais ne parlera pas à tous les lecteurs.

Résumé: Dans un monde ravagé par le changement climatique, au sein d’une société dominée par la richesse, Hubert « Etc » Espinoza, Seth et Natalie n’ont nulle part où aller.

Pourtant une autre façon de vivre se dessine, grâce aux progrès de la technologie. Alors, comme des centaines de milliers d’autres, le trio décide de tourner le dos aux règles établies pour… tout abandonner.

Mais le danger est partout : les terres dévastées par le réchauffement de la planète ne connaissent plus de lois et fourmillent de prédateurs. Bravant les menaces, les premiers Abandonneurs construisent les bases de ce qui pourrait devenir une utopie de l’abondance. Avant de découvrir l’unique chose que les ultrariches n’ont jamais pu acheter : le moyen de vaincre la mort…

  • Éditeur : Bragelonne (13 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 608 pages
  • ISBN-13 : 979-1028116392
  • Poids de l’article : 490 g

L’un des tiens de Thomas Sands, ainsi meurt les hommes

L’éditeur les arènes entretient une ligne éditoriale exigeante en matière de style et de sujets à aborder. Les œuvres parus au sein de la collection equinox mélangent polars et roman noirs avec toujours cette volonté de pousser à la réflexion sur des sujets de société alarmants. Le deuxième roman de Thomas Sands ne déroge pas à la règle et pousse encore plus loin la noirceur et le désespoir.

L’auteur s’empare du genre post-apocalyptique pour nous conter un récit d’une noirceur absolue. N’espérez pas apercevoir la moindre lueur d’espoir dans ce récit sans concessions. L’auteur fait le bilan d’une société à bout de souffle, d’un modèle occidental qui s’est effondré pour laisser la part belle à la sauvagerie et la violence qui se tapissent dans le cœur des hommes. Seuls les chapitres où Timothé, le frère fugitif, occupe les paragraphes sont écrits dans un mélange de poésie naturaliste mélancolique. Une respiration bienvenue dans un récit si oppressant par ailleurs.

Les chapitres où l’on suit Marie-Jean sont très intimiste. La narration désabusée nous fait plonger dans la psyché d’un personnage en bout de course, qui n’attend plus rien du monde. Son monologue intérieur résonne comme une plainte lancinante de désespoir. C’est par son point de vue que l’auteur nous livre les détails de la chute du monde occidental et des conséquences que doivent endurer les survivants. Cela fait de lui le personnage auquel on peut le mieux s’identifier et le plus incarné du récit mais c’est également un personnage écrit à rebours, un peu comme son nom. Il part en quête alors qu’il n’a plus rien à espérer et cesse de se battre alors qu’il a enfin trouvé une raison de survivre. . En bon narrateur, Marie-Jean délivre de manière succincte les éléments qui ont fait de lui cet errant nihiliste jusqu’au final où le barrage mental de ses secrets s’effrite dans une déferlante sanglante.

Enfin il reste le troisième personnage de ce conte macabre. Une femme, Anna, il faudra attendre la page 56 pour qu’elle prononce son nom pour la première fois. L’auteur a choisi d’en faire volontairement un personnage désincarné. Un fantôme qui ne retrouvera la vie qu’au contact de Marie-Jean. Ces chapitres seront l’occasion de voir une autre facette de l’apocalypse. Ils sont écrits avec une plume plus organique, c’est la danse des corps qui se touchent, qui se pénètrent dans des étreintes sans joie comme si seul le sexe prouvait encore la vie. À mesure que son destin va se mélanger à celui de Marie-Jean, Anne s’incarnera un peu plus chapitres après chapitres, contaminée par le désespoir de son compagnon et par sa sombre quête. Le robot de chair des premiers chapitres acquiert pages après pages une âme et un cœur qui bat pour son plus grand malheur.

Par petites touches l’auteur met en avant tout ce qui pourrait mener notre société civilisée à sa perte. Des sujets certes inquiétants et qui méritent que l’on se batte pour changer de mode de vie mais qui, accoler les uns aux autres au fil du récit, s’annulent un peu et prennent un tour caricatural. Comme si l’auteur s’était efforcé de cocher toutes les cases des thèmes qui pourraient mener à l’apocalypse alors que le désastre géothermique cité en fin d’ouvrage était déjà bien suffisamment angoissant pour décrire son apocalypse.

En définitive ce roman noir et macabre, parcouru de sanglantes touches gores, m’aura bien plus convaincu par sa plume désespérément belle que par sa réflexion sur notre mode de vie occidental trop survolée et diffuse pour être pertinente.

« L’aurore est violente. Comme la fente d’une vierge ouverte avec le poing. C’est la dernière fois. Elle s’en ira.”

Résumé: Le pays s’effondre sous leurs yeux. La violence rôde. Ils sont deux à rouler à bord d’une voiture volée. Elle laisse derrière elle un amour tué par les flics. Il s’est lancé sur les traces de son frère disparu. Les régions qu’ils traversent sont des champs de bataille. Ils croisent un peuple ravagé par la peur et les épidémies. Ils apprennent à aimer ce qui leur manque. Ils essaient aussi d’inventer un chemin.

  • Broché : 299 pages
  • ISBN-13 : 979-1037500557
  • Poids de l’article : 280 g
  • Dimensions du produit : 12.5 x 1.7 x 20.5 cm
  • Éditeur : Les Arènes (30 septembre 2020)
  • Langue : : Français

Lou après tout tome deux La communauté de Jérôme Leroy (3 octobre 2019)

Résumé : Épuisée, Lou revient vers la mer afin de se laisser mourir sur la plage où Guillaume lui a appris à nager. Marchands d’esclaves, pillards, Entre-Deux… avec son lot d’horreurs, la vie d’après le Grand Effondrement mérite-t-elle que l’on se batte encore pour elle ?
Plusieurs rencontres inattendues amènent Lou à continuer, malgré tout. Chez les Wims, elle découvre une communauté harmonieusement organisée sous l’autorité d’un Délégué. Et puis, il y a Amir… Une promesse d’apaisement, enfin.
Lou le savait pourtant bien : c’est au moment précis où l’on baisse la garde que surviennent les pires dangers.

Chronique : Après un premier tome qui posait les bases de ce monde apocalyptique, Jérôme Leroy nous revient avec le deuxième volume de sa trilogie sur la fin du monde.

Le premier volume introduisait le duo touchant composé de Guillaume et de Lou. Le monde en ruine décrit par l’auteur n’avait rien d’original mais avait le mérite d’être suffisamment captivant pour nous tenir en haleine. La force du récit tenait surtout à la complicité entre les deux protagonistes. Mais ce postulat de départ ayant volé en éclat, l’auteur peut-il encore nous intéresser à son récit ?

Le style est toujours aussi fluide, les mots s’echouent sur les pages comme les vagues sur la plage. Pour tous les amateurs de récits post-apocalyptique le récit ne propose rien de bien original. On y retrouve les thèmes chers à ce genre : l’homme est un loup pour l’homme, la difficulté de survivre face aux hordes innombrables de morts-vivants, le groupe de survivants très bien organisés à la tête de laquelle se trouve un despote qui rappellera forcément un certain gouverneur. Les thèmes sont vus et revus certes mais ils sont mis en scène de manière efficace. En choisissant de situer son récit sur le littoral du nord de la France rend le récit encore plus vivant. Une certaine poésie se dégage de ces paysages ravagés par l’homme et qui retrouvent lentement leurs états sauvages.

Lou, la jeune guerrière solitaire, incarne l’âme du livre. Son portrait est finement dressé, jamais trop aguerri car elle reste une jeune fille dans un monde sans foi ni loi, mais jamais trop naïve non plus car les épreuves qu’elle a traversées on fait d’elle une véritable amazone prête à relever tous les défis. Son amour pour l’odyssée d’Homère et la poésie d’Apollinaire font d’elle un pont culturel entre la civilisation disparue et ce nouveau monde barbare ainsi que la preuve que l’humanité n’a pas encore complètement sombré dans la bestialité.

Portée par une héroïne solide et extrêmement attachante, cette trilogie offre une variante qui manque peut-être d’originalité mais qui offre mine de rien un récit épique. Il ne reste plus qu’à espérer que le troisième et dernier volume nous offre une conclusion à la hauteur de nos attentes.

Note : 8/10

Éditeur Syros Jeunesse
Date de publication 3 octobre 2019
Langue Français
Longueur du livre 432
ISBN-10 2748526449