Une vie de poupée d’Erik Axl Sund, quand le fond ne convient pas à la forme…

C’est avec une impression mitigée que je referme ce polar. Très vite je me suis fait la réflexion que la plume des deux auteurs, Erik Axl Sund n’étant qu’un pseudonyme, ne convenait pas à la forme choisie pour mettre en scène leur récit. Des chapitres courts qui rappelle les thrillers addictifs au rythme effréné  alors même que la plume est introspective, avec peu d’action au final. Cette dichotomie (oui j’utilise de grands mots) m’a empêché de m’immerger complètement dans cette histoire.

Les personnages de Nova et Mercy et leur destin tragique constituent la pièce maîtresse de l’intrigue mais autant les flashbacks sont convaincants et accordent au récit une  réelle densité autant leur pérégrination au présent m’a paru redondante et souffrante d’un surplace narratif.

L’enquête policière, de son côté, est plombée par un rythme erratique. Elle est mise de côté pendant trois ou quatre chapitres avant de connaître une progression soudaine amenée de manière un peu abrupte. Les pistes se présentent aux enquêteurs, personnages complètement transparents, de manière un peu trop aisée de mon point de vue. Sans parler des éléments de l’enquête qui disparaissent et refont leur apparition de manière incongrue.

Il faut donc savoir à quoi s’attendre en commençant cette lecture. Si vous vous attendez à une plongée dans le milieu de la pédopornographie par le biais d’une enquête glauque, passez votre chemin. Par contre si vous voulez lire le portrait assez fin de deux adolescentes martyres qui ont vu le pire de ce que l’humanité a à offrir alors ce livre est fait pour vous.

Résumé: Nova et Mercy ont à peine seize ans, mais cela fait déjà bien longtemps qu’elles ont perdu leur innocence. Sous le couvert de la nuit, elles s’enfuient à bord d’une voiture volée, laissant derrière elles le foyer pour jeunes filles où une autre adolescente vient de disparaître. Que fuient-elles ? Et pourquoi ?
Tara est retrouvée sans vie en bas d’un immeuble. Selon sa famille, il s’agit d’un suicide. Mais quelque chose ne colle pas dans le récit de ses parents. Et qui peut bien être la personne qui lui avait donné rendez-vous ce soir-là ? Celui que la police ne va pas tarder à surnommer le Marionnettiste vient seulement de commencer son spectacle.

  • Éditeur ‏ : ‎ Actes Sud (6 janvier 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 416 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2330143737
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2330143732
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 539 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14.5 x 3.1 x 24 cm

Rendez-vous au paradis de Heine Bakkeid, au pays des invraisemblances

Dans l’enfer de l’addiction

Ce polar norvégien, qui s’inscrit dans la tradition du page-turner, met en scène le personnage d’enquêteur le plus amoral que j’ai eu l’occasion de lire, et donc le plus plaisant à suivre au cours de la lecture. Pourtant il contient également nombre d’éléments que je ne souhaite plus retrouver dans mes lectures.

Durant ce polar dense mais dont les pages se tournent toutes seules vous serez invité à suivre Thorkild doit sa mission de la dernière chance. Il est en effet sommé par son psy d’accompagner la célèbre auteure de polar Milla Lind dans ses recherches pour son prochain ouvrage pour lequel elle a décidé d’enquêter sur la disparition de deux adolescentes. Rapidement Thorkild va se rendre compte qu’on lui cache des éléments, la mission s’avère plus compliquée que prévu.

Commençons par la grande réussite de cet ouvrage, le personnage de Thorkild Aske. Cet ancien policier est au fond du trou, mais le genre de trou que l’on a continué à creuser après avoir chuté au fond du gouffre. Il a franchi la ligne rouge depuis tellement longtemps qu’il ne la voit même plus. L’auteur a peaufiné son personnage jusqu’à faire de lui un être ravagé par ses démons, hanté par ses erreurs passées, en décalage complet avec les attentes de son entourage et capable de tout pour obtenir sa dose d’anti-douleur auxquels il est devenu accro. Un personnage tout en nuances de gris, amoral et cynique mais épris de justice pour les innocents, empêtré dans la haine qu’il se voue à lui-même mais sauvé par l’amour inconditionnel que lui vouent ses proches, doté d’un esprit acéré qui lui permet d’avoir une vision douce-amère sur sa situation. Ce personnage est une grande réussite.

Malheureusement son charisme a tendance à phagociter les autres personnages qui pâtissent de son ombre corrosive et son verbe incisif. Au mieux ils sont transparents, comme ce brave Iver, au pire ils sont insupportables de clichés comme cette pauvre Milla qui ne sait pas faire grand-chose d’autres que sangloter sans pouvoir finir ses phrases ou écarter les jambes. Elle sera d’ailleurs complètement écartée du final, n’aura même pas droit à une ligne de dialogue. Un personnage consternant, à l’utilité toute relative et pour lequel il est difficile de ressentir la moindre empathie tellement son portrait est maladroitement dressé. À moins que ce portrait à la limite du sexisme ne soit volontaire de la part de l’auteur, si c’est le cas c’est dommage.

Les seuls personnages qui parviennent à briller sont Ulf, le psychiatre de Thorkild et Gunnar son ancien patron à la police. Encore faut-il noter qu’ils ne brillent qu’en présence de ce cher Thorkild, qui est de tous les chapitres. La relation faite d’amour et de haine qui lie Gunnar et Thorkild donne lieu à des dialogues savoureux mais également à des passages perclus d’invraisemblances qui m’ont fait lever les yeux au ciel.

Deux passages m’ont véritablement exclu du récit. Difficile d’en parler dans la chronique sans révéler des éléments cruciaux de l’intrigue. Je me contenterais juste de vous signifier que l’auteur a cru bon d’utiliser le bon vieux cliché de l’escapade en milieu reculé sans aucune préparation, ni armes, ni moyen de communication pour instaurer une certaine tension vers la fin du récit. Un périple qui va bien évidemment se retourner contre nos deux compères, qui sont censés pourtant être aguerris et méfiants mais qui vont se jeter gentiment dans la gueule du loup. Un ressort scénaristique usé jusqu’à la corde que je ne veux plus retrouver dans mes lectures.

Ajoutons à ces déceptions que l’auteur a tenu à insérer des chapitres flashback focalisé sur les deux fugueuses. Des chapitres trop courts pour que ces deux personnages endossent une réelle personnalité. En l’état ces passages tiennent plus lieu d’interlude de remplissage que de réel apport narratif. Là encore c’est un cliché récurrent dans la littérature policière que je ne veux plus voir.

Une criante déception que ce rendez-vous au paradis au final. J’ai lu le livre à un rythme si effréné que j’ai dû louper une ou deux incohérences dans l’intrigue mais c’est le principe des page-turner, on les dévore sans même sans rendre compte. J’ajouterais pour conclure que ce n’est pas avec ce polar que vous voyagerez en Norvège mais ce n’est pas le but du récit qui est centré sur le parcours chaotique du personnage principal au détriment de tout le reste.

  • Éditeur : Les Arènes (12 mai 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 544 pages
  • ISBN-13 : 979-1037502957
  • Poids de l’article : 685 g
  • Dimensions : 15.8 x 3.1 x 22.2 cm

Autopsie pastorale de Frasse Mikardsson, quand les experts coupent les cheveux en quatre…

Sous le soleil de minuit

Encore un polar scandinave ? Et bien oui que voulez-vous, parfois le hasard vous enchaîne à un genre. Ce mois de janvier aura été marqué par le froid et les températures négatives aussi bien dans mes lectures que dans la réalité. Pourtant cet ouvrage possède un postulat plus original que le tout-venant de la littérature policière. Cela suffit-il à faire de lui une lecture recommandable ?

Je ne vais pas faire grand cas de mon avis je n’ai pas aimé ce polar et ce pour deux raisons spécifiques que je vais détailler plus bas. Parlons d’abord des aspects les plus réussis, l’auteur est parvenu à instaurer une narration dynamique malgré son intrigue linéaire et casanière. La majorité de l’intrigue se déroule en effet dans les locaux de l’institut médico-légal de l’hôpital universitaire de Karolinska en Suède. On comprend très vite que l’on est face à un polar scandinave atypique, l’auteur suit son propre rythme en se moquant éperdument des codes usuels du polar scandinave. Un constat qui se révèle également dans la plume, légère et empreinte d’un humour teinté d’ironie et de poésie. Une plume revigorante qui illumine les rares passages narratifs mais qui s’éteint complètement durant les longues phases d’échanges théoriques entre nos différents experts.

Tout l’intérêt du roman réside dans la question de savoir si oui ou non il y a eu meurtre ou pas. Les chapitres suivent le processus médico-légal qui entoure ce genre de cas, d’où le côté très linéaire, et l’on assiste aux réunions entre les membres de l’institut ou aux discussions entre Antal, le légiste en chef et Pierre, son élève. On a donc droit à des pages et des pages de dialogues scientifiques pointus où chacun des personnages confronte son point de vue. Des passages rébarbatifs qui se poursuivent jusqu’à la conclusion et que l’auteur ne parvient jamais à rendre attractif. Le tout assèche la narration, n’instaure aucune ambiance originale et enrobe le tout d’une aura de rapport officiel inintéressant.

Mais le point noir du roman réside surtout dans l’écriture des personnages. Si l’auteur parvient à donner un ton distinctif à la majorité des personnages secondaires, comme la brave Magdalena cheffe de service et féru de la couleur jaune, et s’en tire plutôt bien avec son portrait de celui que l’on pourrait considérer comme un personnage principal, à savoir le méticuleux Antal, il échoue par contre avec le second personnage principal, le fameux Pierre. Impossible de savoir quel été le but de l’auteur en dépeignant un personnage aussi antipathique dans les pages de son ouvrage mais si l’effet rechercher est de déclencher un sentiment de haine irrépressible c’est réussi. Tout est fait pour que l’on ressente une profonde aversion pour cet expatrié français qui condense tous les défauts que l’on reproche à mes concitoyens en temps normal, ce qui rend difficile la lecture de ce polar qui accorde déjà beaucoup d’importance à des considérations scientifiques qui finissent par lasser tant elles sont redondantes.

Original ce polar suédois l’est sans nul doute, mais sa propension à détailler tout le processus scientifique sans y instiller ni l’humour ni la poésie que l’on retrouve lors des passages narratifs épars le condamne à être réservé aux afficionados des techniques médico-légales.

Résumé: au presbytère de la petite ville suédoise de Sigtuna. Elle était malade de son cœur. La porte était fermée à clef. Un dossier apparemment simple. Le jeune interne Pierre Desprez va réaliser une autopsie de routine, supervisé par le médecin légiste Antal Bő. Pourtant, l’enquête va se transformer en un casse-tête au fur et à mesure de l’avancée des investigations. Il n’en faudra pas moins que l’intervention d’une pomologue à la retraite, d’un vieux professeur de médecine environnementale et de la femme de ménage du vicaire pour révéler une vérité insoupçonnée !

Détails sur le produit

  • Éditeur : Nouvelles éditions de l’Aube (21 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 336 pages
  • ISBN-10 : 2815939266
  • ISBN-13 : 978-2815939263
  • Poids de l’article : 380 g

Qaanaaq de Mo Malø, premiers pas maladroits sur la banquise

Ah cher capitaine Adriensen je me faisais une joie de découvrir le premier volume de vos enquêtes. Il me semble avoir, à de nombreuses reprises, fait part de ma passion pour le froid, les étendues enneigées et la poésie désespérée qui s’en dégage. Alors lorsqu’un auteur nous embarque dans l’un des derniers bastions de l’hiver éternel je ne peux décemment pas résister.

Et pourtant encore une fois, comme avec nombre d’autres auteurs qui placent leurs intrigues sous le signe de l’aurore boréale, je suis resté à quai. Est-ce le fait que derrière le pseudonyme se cache un auteur français, à savoir Frédéric Mars ? La réponse me paraît plus complexe que ça.

Je dois d’abord vous avouer quelque chose Qaanaaq rarement dans mon existence de lecteur je n’ai autant eu envie de frapper le personnage principal si tôt dans l’aventure. Arrivé à la quarantième page du livre l’auteur a tout fait pour faire de vous une tête à claques insupportable de cynisme et de condescendance. Cela s’arrange un peu par la suite mais la désagréable impression de suivre un personnage antipathique ne m’a jamais vraiment quitté. La démarche de l’auteur était sûrement de mettre en scène un personnage déraciné, un peu bourru et arraché à son quotidien, qui va devoir faire face à son passé et sa terre natale. Le résultat n’a malheureusement pas fonctionné sur moi.

Ensuite Qaanaaq il ya l’intrigue, il va falloir en parler de ça aussi. Ou plutôt les intrigues puisque l’auteur a tenu à intégrer la révélation de tes origines dans ton enquête. Il y a plusieurs choses qui me gênent dans cette intrigue. Tout d’abord les deux interludes, en plus se ne servir à rien dans la narration ils gâchent grossièrement les révélations que l’on finit par ne plus attendre car tout paraît prévisible et attendu. En ce qui concerne l’enquête principale j’ai trouvé son déroulement cohérent, là aussi rien de bien surprenant mais on se laisse porter par cette plongée dans une société groenlandaise écartelée entre préservations des traditions et course à la modernité. Malheureusement en plein milieu du récit l’auteur decide de vous écarter de l’intrigue principale, mon cher Qaanaaq, est vous expédie à l’autre bout du pays, c’est dommage je commençais à vous apprécier dans vos oripeaux d’inspecteurs. Dans le même temps il met en scène une intrigue maladroite et poussive entre deux personnages secondaires qui va amener le lecteur à connaître les dessous de l’affaire qui vous occupe alors que vous-même vous serez encore en train de patauger dans la neige du village oublié de vous partager le patronyme. Vous me pardonnerez d’être sorti de l’histoire à ce moment-là et d’avoir gentiment baillé en attendant la fin, que j’ai trouvé longue à venir.

Il reste le style, la plume de l’auteur alors pour vous faire apprécier le voyage me direz-vous. Et bien je vais encore vous décevoir mon pauvre enquêteur danois mais jamais à aucun moment je n’ai eu l’impression d’être à vos côtés, de parcourir les rues de Nuuk, d’entendre craquer la neige sous mes pas ou d’avoir eu envie de relever mon col pour me protéger du froid. Je n’ai pourtant pas l’impression d’être particulièrement exigeant mais le fait est que la plume de l’auteur qui vous met en scène m’a plusieurs fois fait sortir du récit comme si les vents polaires me rejetaient loin de cette histoire.

Et voilà déjà venus le temps de nous dire adieu Qaanaaq, vous n’êtes pas un si mauvais bougre au final et je pense même que sous la plume d’un autre auteur on aurait pu s’entendre mais étant donné la déception finale qu’est notre rencontre je crois que l’on va devoir se dire adieux. Le tumulte du quotidien et la profusion d’oeuvres, littéraires ou autres, qui se trouvent à ma portée me font sérieusement douter que l’on se retrouve un jour vous et moi.

Résumé: Adopté à l’âge de trois ans, Qaanaaq Adriensen n’a jamais remis les pieds sur sa terre natale, le Groenland. C’est à contrecoeur que ce redoutable enquêteur de Copenhague accepte d’aller aider la police locale, démunie devant ce qui s’annonce comme la plus grande affaire criminelle du pays : quatre ouvriers de plateformes pétrolières ont été retrouvés, le corps déchiqueté. Les blessures semblent caractéristiques d’une attaque d’ours polaire. Mais depuis quand les ours crochètent-ils les portes ?
Flanqué de l’inspecteur inuit Apputiku – grand sourire édenté et chemise ouverte par tous les temps –, Qaanaaq va mener l’enquête au pays des chamanes, des chasseurs de phoques et du froid assassin. Et peut-être remonter ainsi jusqu’au secret de ses origines.

  • Éditeur : La Martinière (31 mai 2018)
  • Langue : : Français
  • Broché : 496 pages
  • ISBN-10 : 2732486302
  • ISBN-13 : 978-2732486307

Le village perdu de Camilla Stein, the blaireaux ouitch project

Il n’y a tellement rien qui va dans ce « thriller » que je ne sais même pas par où commencer. Encore une fois je me suis fait piéger par les sirènes de la nouveauté et de la quatrième de couverture. Ce n’est pas compliqué, moi, vous me dites village fantôme, atmosphère brumeuse et fait divers mystérieux je fonce direct. Je dois sans doute me résigner à encore me faire avoir dans mes lectures ultérieures, ainsi va la vie de lecteur.

Qu’est-ce qui m’a le plus déçu dans ce primo roman? Entre les personnages insipides à la caractérisation pataude et bourrée d’incohérences et la narration maladroite et percluse de lourdeur stylistique mon cœur balance. Non, soyons honnêtes, je crois que c’est cette narration à double temporalité qui remporte la palme. Pour une fois je ne peux pas dire que les chapitres se déroulant dans le passé ne servent qu’à faire du remplissage. En effet c’est grâce à eux, et à eux uniquement, que le grand mystère mystérieux du village perdu sera levé. Un mystère qui n’a rien de transcendant et qui demeure survolé, la résolution se révèle prévisible, à un point que l’on se demande comment le fait divers a pu rester insoluble durant tant d’années.

Et les chapitres se déroulant dans le présent me direz-vous ? Eux doivent être intéressants, ils doivent nous plonger dans une atmosphère angoissante ? Parcourir les rues désertes du village doit nous faire ressentir une aura particulière non ? Arpenter les maisons délaissées doit nous plonger dans une ambiance glauque et nous faire ressentir l’humidité de ces murs qui gardent un secret morbide que les personnages vont s’efforcer de résoudre ? Et bien non, à aucun moment je n’ai été plongé au cœur de ce village abandonné. La faute a un style rebutant sur lequel nous reviendrons. Mais aussi à des personnages qui passent leur temps à s’enfuir parce qu’ils ont vu une ombre ou entendu des voix. La palme revenant à cette chère Alice, qui apercevant une silhouette dans leur camionnette préfère s’enfuir à toutes jambes plutôt que de la confronter enfin, sachant que son amie a disparu. Des personnages complètement inutiles, tout juste bon à mourir après que l’on soit difficilement parvenue à se souvenir de leurs noms. Jamais ils n’enquêteront sur le mystère du village, à part pour réunir deux trois dessins, alors même qu’une piste solide est évoquée au début de l’intrigue. Jamais ils ne mobiliseront leurs ressources pour s’en sortir, ils passeront l’ensemble du récit à courir de bâtisse en bâtisse dans le vain espoir d’échapper aux ombres qui les traquent. Ça en devient désespérant de paresse narrative.

Qu’en est-il du style ? Alors plutôt que de faire un paragraphe dans lequel j’exposerais pourquoi la plume de Camilla Stein est à fuir absolument je vais plutôt vous donner un exemple concret de la lourdeur narrative de ce roman. J’ai choisi un court passage qui condense tous les défauts que je lui reproche, il ne contient aucune révélation. Il s’agit de la narratrice Alice qui réagit à une réplique d’un de ses compagnons de galère.

-et combien de temps es-tu partie ?

Il y a un truc qui me dérange : sa voix, sa posture, sa façon de baisser la tête, le menton collé à la poitrine. L’absence d’étonnement dans sa voix.

Alors avec toutes ces précisons si vous n’avez pas compris que le personnage qui a lancé la réplique cache quelque chose arrêtez la lecture et consacrez-vous à une autre passion. C’est lourd, pataud alors que c’est une observation qui se fait en une fraction de seconde. Inutile d’insister autant sur la gestuelle. Une simple remarque sur l’absence de sincérité dans la voix aurait suffi au lieu d’alourdir le récit ainsi. J’ai pris cet exemple parce qu’il cristallise les défauts du récit mais dîtes-vous bien que tout le roman est écrit ainsi.

Je ne vais pas passer plus de temps sur ce roman qui est raté sur tous les points et qui n’a même pas la décence de proposer une intrigue originale à défaut d’être bien écrit. Une lecture que je vous conseille de fuir au risque de vous dégoûter du polar nordique.

Résumé: 1959. Silvertjärn. La population de cette petite cité minière s’est mystérieusement évaporée. A l’époque on a seulement retrouvé le corps d’une femme lapidé et un nourrisson.
De nos jours, le mystère reste entier.
Alice Lindstedt, une documentariste dont la grand-mère est originaire du village, part avec une équipe explorer la cité fantomatique, en quête des secrets de cette tragédie.
Mais la piste de l’ancien pasteur du temple déterrera la mémoire d’un sombre passé…
Un passé qui hante encore le présent et semble avoir réveillé les ombres du village perdu.

  • Éditeur : Le Seuil (1 octobre 2020)
  • Langue : : Français
  • Broché : 432 pages
  • ISBN-10 : 2021426521
  • ISBN-13 : 978-2021426526

Les chiens de chasse de Jørn Lier Horst, un polar calibré et solide

Il en va dans le monde du polar comme dans la littérature blanche, il y a autant d’auteurs que de livres, là où certains vont se concentrer sur l’ambiance, les personnages ou le contexte historique de leurs ouvrages, d’autres vont livrer une histoire qui manquera peut-être d’ambition ou d’ampleur mais aura le mérite d’être solide.C’est exactement le cas avec le second roman de Jørn Lier Horst.

L’ancien inspecteur de police connaît son affaire.Sa plume est certes dépourvue des aspérités qui pourraient contribuer à lui accorder du crédit auprès des lecteurs qui attendent surtout de leurs lectures une plongée immersive dans une ambiance glauque ou oppressante mais son style est efficace et sert avant tout le but premier de l’auteur, raconter une enquête criminelle. Pour cela il use d’un rythme constant, des chapitres courts qui vont droit au but et des personnages crédibles bien qu’un peu désincarné à l’image du chef adjoint Vetti qui aurait mérité un peu plus de hargne dans sa description.

Il faut dire que l’auteur n’a pas choisi la facilité en créant le personnage de William Wisting. Ce brillant inspecteur, dévoué à son métier, n’est pas alcoolique, il s’entend bien avec ses deux enfants, il a réussi à refaire sa vie après la mort de sa première femme. Un personnage positif et doux qui tranche avec la pelletée d’enquêteurs cyniques, écorchés vifs et psychologiquement instables que l’on peut voir à peu près partout ailleurs dans le paysage du polar. Pourtant, même si l’on prend plaisir à le suivre lors de son enquête, il manque un petit quelque chose pour en faire une figure incontournable du roman policier. Sa fille Line souffre elle aussi de ce côté un peu lisse malgré son professionnalisme et sa relation complice avec son père.

Et pourtant malgré ces personnages un peu fades, l’ouvrage mérite le détour pour son intrigue rondement menée. L’auteur sait où il va, il est tel un capitaine qui doit mener son vaisseau d’un port à un autre tout en évitant les tempêtes et les récifs. Lorsque l’on y regarde de plus près nombreux sont les dangers qui guettaient son intrigue, une ancienne enquête qui fait l’objet d’une révision, un meurtre qui n’a, a priori, rien à voir avec l’enquête principale, une jeune fille qui disparaît. L’auteur aurait pu s’entraîner par le fond de bien des manières mais il parvient à garder le cap en gardant en tête les éléments de l’intrigue qui doivent figurer en premier plan et ceux doivent rester en arrière. Parfois il ne faut pas plus qu’une intrigue maîtrisée pour livrer un divertissement convaincant.

Maintenant il ne reste plus qu’à Horst qu’à travailler sa plume afin de gagner en profondeur et en densité et doter ses personnages d’un supplément d’âme. En l’état c’est bien la seule chose qui manque à l’auteur pour nous immerger complètement dans les brumes norvégiennes.

Résumé: Dix-sept ans après son incarcération pour l’enlèvement et le meurtre de la jeune Cecilia Linde, Rudolf Haglund retrouve la liberté, Et son nouvel avocat affirme être en mesure de démontrer que Haglund a été condamné sur la base de preuves falsifiées. William Wisting, à l’époque jeune policier en charge de l’enquête, est devenu une figure exemplaire et respectée, incarnant l’intégrité et les valeurs d’une institution souvent mise à mal dans l’opinion publique. Au cœur d’un scandale médiatique et judiciaire, suspendu de ses fonctions, Wisting décide de reprendre un à un les éléments du dossier. Les policiers auraient-ils succombé au syndrome des «chiens de chasse», suivant la première piste que leur indique leur instinct, au risque d’en négliger d’autres, et s’acharnant à étayer leurs soupçons pour prouver la culpabilité supposée de leur «proie» ? Ou l’enquête aurait-elle été manipulée ? Mais par qui, et dans quel but ?

  • Broché : 480 pages
  • Editeur : Gallimard (8 mars 2018)
  • Collection : Série noire
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2072695007