Nuages baroques de Antonio paolacci et Paola Ronco

Crimina dell’arte

Il y a certains auteurs qui parviennent à s’imprégner d’une atmosphère avant de la retranscrire dans leur récit, c’est le cas du duo Paolacci-Ronco qui livre un polar enchanteur où l’esprit Italien occupe la première place. 

Les premières pages et la présentation des différents personnages donnent l’impression d’être au théâtre. D’un trait les auteurs plantent leur décor dans une ville de Gêne attachante, où les vieux immeubles se montent à pied, où la moindre parole donne l’impression d’être chantée. Un décor enchanteur qui reste réaliste grâce à une intrigue qui met en avant les travers de la société italienne.

Les personnages sont décrits par un trait de caractère qui permet de saisir immédiatement l’âme du personnage. Caccialepori, le malade imaginaire au regard affûté, l’adjointe Santamaria avec sa pipe constamment collée à la bouche et qui n’a pourtant pas sa langue dans sa poche, Musso le poseur avec ses costumes hors de prix. L’équipe d’enquêteurs fait très vite penser à une troupe de théâtre où chacun joue son rôle à la perfection. On est parfois à la limite du cliché mais la complicité des dialogues et le dynamisme de la narration fait oublier tout ça.

Évidemment l’atout majeur du roman est le sous-préfet Paolo Nigra qui nous fait découvrir son amour pour la ville de Gêne, sa résilience face à l’homophobie rampante de certains de ses collègues et de la société et son couple avec un acteur qui a fait le choix de taire sa vie amoureuse. Une relation touchante qui concentre toute la finesse d’écriture du duo d’auteurs. De quoi achever de faire tomber le lecteur sous le charme de ce polar, italien jusqu’au bout de sa plume.

Mais que cette légèreté apparente ne fasse pas oublier qu’une intrigue doit être menée. Si l’enquête se révèle classique et sans grande surprise, elle est cependant assez efficace pour captiver le lecteur et a le mérite d’intégrer le récit à la société italienne contemporaine en évoquant le pacte d’union civile, le G8 de 2001 et l’homophobie ordinaire à laquelle doivent faire face les homosexuels italiens encore aujourd’hui.

Un excellent premier volume d’une saga policière qui possède son propre ton, léger mais pas niais et une galerie de personnages haut en couleur. 

Résumé :

Un jeune étudiant en architecture d’une vingtaine d’années, vêtu d’un manteau rose vif, est retrouvé battu à mort au petit matin, non loin du lieu où se tenait une fête en soutien à l’union civile qui doit bientôt consacrer en Italie le mariage homosexuel. Sur les lieux, auprès de son équipe de policiers aussi disparate qu’efficace, arrive bientôt sur sa moto Guzzi l’imperturbable sous- préfet de police Paolo Nigra, bel homme à la quarantaine élégante, sorte de Gian Maria Volonte au charisme évident.

Tout semble indiquer un crime homophobe, mais Nigra se méfie des évidences…

Éditeur ‎Rivages (12 octobre 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎352 pages
ISBN-10 ‎2743657863

Le temps du passé de Lee Child

Rien ne peut arrêter Reacher

Le verbe To reach en anglais signifie atteindre, et s’il y en a bien un qui sait atteindre sa cible c’est lui, Jack Reacher, le héros de Lee Child. Après plus de vingt volumes l’auteur se décide enfin à explorer les origines de son héros.

Mais avant tout Reacher c’est qui ? Fils de Marines, rompu à une discipline militaire draconienne, il a été officier dans la police militaire avant de démissionner lorsque l’armée américaine se transforme en complexe industriel se fichant de la vie des hommes auxquels elle fait porter l’uniforme. Depuis il erre sur les routes des USA, vagabond moderne qui se contente de peu mais qui donne tout lorsqu’il se heurte à l’injustice et la malveillance.

Ces quelques lignes résument le concept de la saga Reacher. Chaque volume peut se lire de manière indépendante. L’atout majeur est bien sûr le personnage de Reacher, bloc de granit incassable à l’esprit analytique aussi affûté que la vision d’un aigle. Un savant équilibre entre Sherlock Holmes et Chuck Norris. Une saga qui assume pleinement son aspect série B.

Ce volume ne fait pas exception à la règle. Reacher débarque dans un patelin pas si tranquille et commence à mettre son nez là où personne ne veut qu’il le mette. Parallèlement on va suivre les mésaventures d’un jeune couple de canadiens qui vont faire un choix qui va s’avérer funeste.

Si la partie concernant Patty et Shorty se révèle très vite prévisible, elle a le mérite d’offrir un final explosif où l’auteur démontre son talent pour le récit de combat nerveux. L’intrigue concernant Reacher et les secrets de sa famille se révèle éparse et moins passionnante. Comme si l’auteur regrettait, après coup, d’avoir entraîné son personnage dans cette voie. Car, pour le bien de la saga, Reacher se doit de rester cet homme sans attache, sans passé ni avenir.

Pour compenser l’auteur confronte son personnage à quelques bouseux vindicatifs autour d’une vague question d’expansion illégale d’une pommeraie et d’agression sexuelle. On est loin des complots que l’auteur se plaisait à démanteler dans les tomes précédents.

Un volume un peu en deçà de ce que l’auteur avait l’habitude de proposer et qui accentue un essoufflement de la saga qui se fait sentir depuis quelques tomes. Le final épique ne suffit pas à rattraper l’ensemble, un brin mollasson.

Résumé :  au bord d’une route, le pouce levé, Jack Reacher a la ferme intention de traverser les États-Unis en stop. Mais dans les bois de la Nouvelle-Angleterre, un panneau lui indique une ville au nom familier : Laconia, où son père est né. Il décide de faire le détour et découvre qu’aucun Reacher n’y a jamais vécu. Lui a-t-on menti ?
Non loin de là, un couple de jeunes Canadiens tombe en panne et échoue dans un motel. Les propriétaires promettent de les aider à repartir. Mais ces derniers disent-ils toute la vérité ?
Les chemins de tous ces personnages vont se croiser dans de terribles circonstances, car la mort rôde dans les parages… et Reacher, fidèle à lui-même, va devoir s’en mêler

Éditeur ‎Calmann-Lévy (21 septembre 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎432 pages
ISBN-10 ‎2702180019
ISBN-13 ‎978-2702180013

L’homme aux lèvres de saphir de Hervé Le Corre

Maldoror, mon amour

Lorsque que l’un des meilleurs auteurs du roman noir français s’empare du genre littéraire du thriller cela donne l’un des meilleurs représentants du genre.

Hervé Le Corre s’amuse avec le genre, si populaire, du thriller pour livrer un récit dense, imprégné d’une puissance narrative rare. L’intrigue de base se résume à une impitoyable chasse à l’homme mais l’arrière-plan historique ainsi que la matière littéraire dans lequel baigne le récit le dote d’une aura qui l’éloigne du tout venant de la production.

Car la plume d’Hervé Le Corre ne fait pas que raconter une histoire, elle immerge le lecteur dans une ambiance, une atmosphère que peu d’auteurs parviennent à retranscrire. Avec Le Corre on entend le bruit des sabots sur les pavés, on sent la crasse d’un Paris du 19ème siècle, on comprend la douleur et la colère de ces personnages qui rêvent d’un monde plus juste. 

Les dialogues ne font que renforcer cette immersion, le Paris communard de Le Corre vibre de ressentiments, grouille de vice et de misère mais il vit sous les yeux du lecteur. Bien plus qu’un simple thriller, le récit se transforme en leçon d’histoire. Un cri d’amour en faveur de la liberté et de la justice.

Loin des étiquettes et des cases dans lesquelles on essaie de faire rentrer les auteurs, Hervé Le Corre bâtit patiemment une œuvre qui fait de lui l’un des meilleurs auteurs français contemporains. 

Résumé : Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfié la police, fort dépourvue face à ces crimes d’un genre nouveau. Le meurtrier, lui, se veut « artiste » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage a celui qu’il considère comme le plus grand écrivain du XIXe siècle, Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie méconnu. Dans le labyrinthe d’une ville grouillante de vie et de misère, entre l’espoir de lendemains meilleurs et la violence d’un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que la vie n’a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l’assassin. Nul ne sortira indemne de cette redoutable rencontre.

Éditeur ‎Rivages (1 octobre 2004)
Langue ‎Français
Poche ‎512 pages
ISBN-10 ‎2743613092
ISBN-13 ‎978-2743613099

Le carré des indigents de Hugues Pagan

Un flic dans la ville

Voilà le genre de polar que j’aimerais lire plus souvent. Un personnage charismatique, une plume qui rend hommage aux grandes heures du polar et une ambiance digne des meilleurs films noirs.

Écartons d’emblée les attentes par rapport à l’enquête. Celle-ci est rondement menée, détaillée et intéressante mais ne recèle aucune réelle surprise. le cœur du roman est ailleurs

Et ce cœur s’appelle Schneider. Ce flic taciturne et intransigeant hante le roman de son regard pénétrant et de ses phrases lapidaires. Habité par sa mission de justice, il ne laisse personne se mettre en travers de son chemin, ni les criminels ni ses supérieurs. Une immense réussite.

Au-delà d’une simple enquête, le récit est surtout celui d’une équipe d’enquêteurs. L’auteur nous plonge dans leur quotidien de flics des années 70, les personnages secondaires sont tout aussi charismatiques que Schneider. Une tranche de vie d’une époque révolue.

Enfin la plume d’Hugues Pagan a trempé dans l’encrier le plus noir afin de retranscrire le plus fidèlement possible les années 70, son argot et la mentalité des protagonistes. Le tout avec une classe folle et un sens du dialogue savoureux.

Un polar que tous les amoureux de vieux films noirs devraient apprécier.

Résumé : Novembre 1973. L’inspecteur principal Claude Schneider revient dans la ville de sa jeunesse après un passage par l’armée et la guerre d’Algérie dont il ne s’est pas remis. Il aurait pu rester à Paris et y faire carrière, mais il a préféré revenir « chez lui ». Nommé patron du Groupe criminel, il ne tarde pas à être confronté à une douloureuse affaire : Betty, la fille d’un modeste cheminot, n’est pas rentrée alors que la nuit est tombée depuis longtemps. Son père est convaincu qu’elle est morte. Schneider aussi. Schneider est flic, et pourtant, il n’arrive toujours pas à accepter la mort. Surtout celle d’une adolescente de quinze ans au petit visage de chaton ébouriffé. Faire la lumière sur cette affaire ne l’empêchera pas de demeurer au pays des ombres.

Éditeur ‎Rivages (5 janvier 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎448 pages
ISBN-10 ‎2743654937

Sur l’autre rive d’Emmanuel Grand

Sur le banc de touche

Ce polar propose bien plus qu’une simple enquête criminelle, il nous plonge dans la psyché de personnages torturés et nous invite à la découverte d’une ville et de ses zones d’ombres, Saint Nazaire.

L’intrigue est narrée d’une plume simple, minutieuse parfois très proche d’un reportage mais cette absence de romanesque permet à l’auteur de brosser une galerie de personnages à la psychologie complexe et nuancée.

Le récit reste passionnant malgré la direction empruntée par l’auteur. Deux flashback tranchent la dynamique de l’enquête pour nous révéler l’ensemble des faits ayant conduit à la mort de Franck. Un choix déroutant qui s’explique par la volonté de l’auteur de détailler la psychologie de ses personnages au mieux.

Au niveau des regrets j’aurais apprécié que les relations envers Julia et sa famille, les raisons de son départ des années plus tôt soient plus étayés et mis en scène mais cela n’enlève rien à la qualité de ce polar.

À l’aide de son style minutieux, Emmanuel Grand brosse le portrait de personnages en souffrance ainsi que d’une ville qui a dû mettre à quai ses rêves de grandeur.

Résumé : Saint-Nazaire, ses chantiers navals, une forêt de silos et de grues, les marais et l’océan à perte de vue, un pont entre deux rives. Pour Franck Rivière, 21 ans, jeune espoir du football local, des rêves plein la tête, c’est aussi la fin du voyage : une chute de 68 mètres et son corps glacé repêché au petit matin. 

Tandis que le capitaine Marc Ferré doute de ce suicide, Julia, la soeur de Franck, brillante avocate « montée » à Paris, se heurte aux vérités d’une ville qui cache mal sa misère, ses magouilles et son pouvoir secret : que le bizness paie peut-être plus que le ballon rond, que Saint-Nazaire ne l’a jamais quittée, et qu’on n’enterre pas aussi facilement un amour d’adolescence.

Éditeur ‎Albin Michel (31 mars 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎528 pages
ISBN-10 ‎2226459103
ISBN-13 ‎978-2226459107

La nuit tombée sur nos âmes de Frédéric Paulin

L’abysse capitaliste.

Un récit choc sur un évènement ignoble, le G8 et les manifestations qu’il a entraîné. Lors de cette table ronde des puissants, l’Italie s’est enfoncé dans un abysse de violence sans fond.

Le G8 est un puits de gravité qui attire à lui tout un tas de personnes avec des désirs contradictoires mais qui partage un thème en commun, le pouvoir. Il y a Carli, le fasciste qui exulte de pouvoir exercer son autorité, Lamar qui espère propulser sa carrière politique, et Nathalie et Wag, qui espèrent juste que le pouvoir change de main.

Le style est clair, concis à la manière d’un reportage de guerre. Un rapide portrait des personnages plante le décor puis les pages s’enfilent comme le compte à rebours d’un explosif.

Et lorsque la détonation retentit le récit s’imprègne d’une tension qui ne le quittera plus. La suite du roman se lit d’une traite. La déflagration qui s’empare du lecteur s’accompagne d’un état de sidération à la lecture des faits qui se sont déroulés dans l’école Diaz et la caserne de Bolzenato.

Les faits rapportés par l’auteur sont tellement révoltants et effarants qu’il est difficile de croire qu’ils aient pu être aussi facilement occultés. J’aurais aimé que l’auteur présente une bibliographie afin de pouvoir prolonger la plongée dans cet abysse de noirceur.

Un roman qui laisse un arrière-goût dans la bouche et qui rappelle que dans la vraie vie rare sont les fois où les coupables payent pour leur crime.

Résumé : Les chefs d’État des huit pays les plus riches de la planète se retrouvent lors du G8. Face à eux, en marge du sommet, 500 000 personnes se sont rassemblées pour refuser l’ordre mondial qui doit se dessiner à l’abri des grilles de la zone rouge. Parmi les contestataires, Wag et Nathalie sont venus de France grossir les rangs du mouvement altermondialiste. Militants d’extrême-gauche, ils ont l’habitude des manifs houleuses et se croient prêts à affronter les forces de l’ordre. Mais la répression policière qui va se déchaîner pendant trois jours dans les rues de la Superbe est d’une brutalité inédite, attisée en coulisses par les manipulations du pouvoir italien. Et de certains responsables français qui jouent aux apprentis-sorciers.
Entre les journalistes encombrants, les manœuvres de deux agents de la DST, et leurs propres tiraillements, Wag et Nathalie vont se perdre dans un maelstrom de violence. Il y aura des affrontements, des tabassages, des actes de torture, des trahisons et tant de vies brisées qui ne marqueront jamais l’Histoire. Qui se souvient de l’école Diaz ? Qui se souvient de la caserne de Bolzaneto ? Qui se souvient encore de Carlo Giuliani ?

Éditeur ‎Agullo (9 septembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎288 pages
ISBN-10 ‎2382460032
ISBN-13 ‎978-2382460030

Désert noir d’Adrien Pauchet

Drogue, fantômes et fusillades

Le risque lorsqu’un auteur écrit un récit à la croisée des genres c’est que l’un d’entre eux prenne le pas sur les autres et éclipse le propos initial. Malheureusement pour Adrien Pauchet c’est ce qui s’est passé pour son ouvrage Désert noir.

Le récit bouillonne de bonnes idées mal, ou peu, exploitées. Comme une recette qui dispose de bons ingrédients mais qui donne un résultat brouillon. L’auteur brasse quantité de thèmes sans jamais réellement les développer, la difficulté de faire son deuil, la rédemption, la résilience et bien d’autres encore. Un traitement de surface peu satisfaisant dû à une narration trop axée sur le thriller au détriment du développement des personnages, peut-être trop nombreux aussi.

Perdus entre la frénésie narrative d’un thriller grand public et la réflexion sur le deuil, l’ouvrage ne raconte finalement pas grand-chose. L’aspect onirique de l’intrigue offre une jolie mise en page qui invoque le néant mais peine à faire oublier les incohérences et le manque d’approfondissement de l’intrigue et des personnages.

Désert noir s’avère être une œuvre brouillonne qui veut trop en dire sur trop de sujets, qui aurait mérité un affinage de son intrigue et de ses personnages. Une jolie attention gâchée. 

Résumé : Jocelyn est un jeune flic qui, après une sale affaire, se retrouve mis à l’épreuve. Il intègre une équipe qui a pour mission de démanteler un trafic à Paris d’une nouvelle drogue qui permet, à celui qui la consomme, de revoir chacun des êtres chers qu’il a perdus. En butte à l’hostilité d’une partie de la police, sur le qui-vive, il finit par avoir l’impression de chercher à sauver une société qui ne veut pas l’être.

Éditeur ‎FORGES VULCAIN (9 octobre 2020)
Langue ‎Français
Broché ‎240 pages
ISBN-10 ‎2373050587
ISBN-13 ‎978-2373050585

La ville dans le ciel de Chris Brookmyre, Vers le whisky et au-delà !!

Voilà un roman qui aura bien du mal à se faire une place dans les cases parfois rigides que, éditeurs comme lecteurs, dressent pour classer leurs ouvrages. On parle d’un polar qui prend place sur une station spatiale internationale. Une lecture originale et addictive.

L’aspect SF exige une concentration de la part du lecteur, tout du moins au début du roman, afin d’intégrer toutes les subtilités de cet univers. Heureusement très rapidement les codes du polar reprennent le dessus avec une enquête menée tambour battant, des mystères qui s’empilent, des courses-poursuites et des règlements de comptes sans pitié.

L’auteur a opté pour une science-fiction positive, à contre-courant de la production actuelle, la terre n’est pas au bord de la destruction, la construction de vaisseaux spatiaux est vécue comme un espoir coûteux mais indispensable pour l’humanité sans notion d’urgence climatique mais ne croyez pas pour autant que tout va bien sur la ville dans le ciel.

L’auteur s’est inspiré des nombreux microcosme qui ont fleuri à travers les âges et en a conclu un principe simple, plus les interdits sont sévères, plus les transgressions sont grandes. Les amateurs de polar urbain où règnent la corruption et les passions humaines débridées ne seront pas déçu du voyage. La ciudad de cielo est en effet un repaire de crapules en tous genres qui font régner alcool, drogue, perversion sexuelle diverses et variées, prostitution, combats clandestins. Un véritable nid de serpents.

Dans ce dédale de luxure et de corruption généralisée Alice tente d’y voir plus clair, guidé par ce lapin blanc peu fiable qu’est Nikki. L’auteur brosse le portrait de deux personnages pétris d’assurance qui vont voir leurs certitudes volées en éclats à mesure qu’elles vont s’approcher de la vérité. Le portrait de Nikki aurait pu être affiné, notamment la raison de son départ pour la station, mais l’écriture de ces deux personnages est solide et crédible.

Même si l’intrigue en elle-même se révèle prévisible avec une conclusion quelque peu confuse, ce thriller d’anticipation se révèle d’excellente facture.

Résumé : En orbite autour de la Terre, Ciudad de Cielo est la première marche permettant à l’humanité d’atteindre les étoiles. Décrite comme un lieu utopique où le crime n’existe pas, la station spatiale est néanmoins contrôlée par des gangs qui se livrent une guerre sans merci : prostitution, contrebande et racket sont omniprésents. Jusqu’ici, les autorités ont toujours fermé les yeux. Mais les choses vont changer : un cadavre vient d’être découvert, flottant en mille morceaux dans la microgravité de cette ville dans le ciel.L’enquête sur ce meurtre est confiée à Nikki « Fix » Freeman. Corrompue jusqu’à la moelle, c’est peu dire qu’elle n’est pas ravie d’être chaperonnée par Alice Blake, une jeune envoyée du gouvernement terrien fraîchement arrivée sur la station et particulièrement stricte dès qu’il s’agit du règlement.Alors que les morts s’accumulent, les masques vont finir par tomber, et les vraies raisons de ce déchaînement de violence se révéler au grand jour.

Éditeur ‎DENOEL (22 septembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎512 pages
ISBN-10 ‎2207144801
ISBN-13 ‎978-2207144800

La pluie de néon de James Lee Burke, Sale temps pour les salauds

Il était temps que je me lance à la découverte des enquêtes de Dave Robicheaux, après un faux départ il y a quelques années. La saga de James Lee Burke est sans doute l’une des plus longues de l’histoire du polar, on peut donc se demander si la première enquête, publiée en 1987 a encore quelque chose à apporter au lecteur d’aujourd’hui.

Force est de constater que cette première enquête est d’un classicisme qui peut paraître rébarbatif. Une large place est laissée à l’action, les retournements de situation se révèlent prévisibles et les développements de l’enquête poussifs. Ce n’est pas vraiment l’aspect de l’ouvrage qui a le mieux vieilli.

La caractérisation de Robicheaux s’inscrit dans la droite lignée des enquêteurs dur à cuir issus du roman noir. C’est un homme qui a roulé sa bosse, cynique et dépourvu d’illusions mais avec des idéaux de justice chevillés à son âme. Il penche parfois plus du côté du justicier à la inspecteur Harry que du simple flic mais il faut bien ça pour survivre aux prédateurs bipèdes de la Louisiane.

Ce qui sauve ce premier volume c’est la plume de Burke. Le style est là, une aura de mélancolie imprègne le récit et se diffuse lentement à travers les pages du récit. Le regard désabusé que porte Robicheaux sur la société et la description des paysages de la Louisiane font le reste.

Si comme moi vous voulez découvrir ce monument de la littérature policière dans l’ordre alors La pluie de néon est un passage obligé. Il faudra juste revoir à la baisse vos exigences en matière d’enquête policière et ne pas oublier que ce premier volume à bientôt quarante ans.

Résumé : Avant de passer sur la chaise électrique, Johnny Massina rapporte au lieutenant Dave Robicheaux que sa tête serait mise à prix par les Colombiens. Il semble que Dave ait commis l’erreur de fourrer son nez là où il ne le fallait pas ; et d’avoir insisté.

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (12 juin 2019)
Langue ‎Français
Poche ‎393 pages
ISBN-10 ‎2743647809
ISBN-13 ‎978-2743647803

De si bonnes mères de Céline de Roany, Cachez ce ventre que je ne saurais voir

Un parc naturel en Bretagne, des jeunes femmes retrouvées mutilées, une communauté pleine de secrets et face à eux une enquêtrice revenue de l’enfer prête à tout pour faire la lumière sur cette affaire aux ramifications insoupçonnées.

La nouvelle enquête de Céline est solide et palpitante. L’autrice maîtrise la notion de suspens. L’enquête se suit avec plaisir, les mystères s’accumulent ainsi que les fausses pistes. Mais il en faut plus pour décourager Céleste Ibar, une enquêtrice qui ne s’en laisse compter par personne. 

Un personnage qui est à la limite de ces clichés de femmes flic badass et déterminées que l’on rencontre un peu partout dans le polar en ce moment mais l’autrice parvient à faire d’elle un véritable personnage consistant. Un personnage sauvé par son dévouement aux victimes, sa complicité avec ses collègues et sa famille moderne et aimante. 

Le seul reproche que je pourrais faire à l’ouvrage est un étirement de l’intrigue. Surtout vers la fin avec une énième péripétie qui place Céleste dans une situation délicate vue et revue et qui alourdit l’intrigue sans apporter grand-chose. Tout ça pour mener à une conclusion expédiée. Un final décevant qui apporte toutes les réponses aux questions mais sans LA scène qui aurait dû apporter le climax haletant auquel on serait en droit de s’attendre.

De si bonnes mères est un polar convaincant qui va vous faire passer un joli moment de lecture. Je regrette juste que l’intrigue se perde dans des retournements de situation dispensable au lieu d’offrir un véritable final.

Résumé :

Dans le parc régional de Brière, où vit une petite communauté soudée autour d’un restaurant et d’un bistrot, se cache un criminel au sang froid qui mutile des femmes enceintes. Dépêchés sur les lieux, Céleste Ibar et son fidèle lieutenant sauront-ils déchiffrer les signes laissés par le tueur ?

Céleste Ibarbengoetxea, capitaine à la PJ de Nantes. Un nom imprononçable. Un visage balafré. Un passé terrible : séquestrée et martyrisée, elle a survécu en faisant preuve d’une violence inhumaine. Depuis, pour certains comme à ses propres yeux, Céleste Ibar est un monstre. C’est pourtant parce qu’elle est une épouse aimante, une mère attentive et une collègue dévouée qu’elle va résoudre l’une de ces tragiques affaires criminelles qui marquent un flic à jamais.

Éditeur ‎Presses de la Cité (31 mars 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎474 pages
ISBN-10 ‎225819606X
ISBN-13 ‎978-2258196063