Cadavre exquis de Agustina Bazterrica

Bien saignant le steak s’il vous plaît

Dans un monde où la notion même d’être humain est remise en cause comment conserver une part d’humanité ? Comment ne pas s’avilir et devenir un robot à visage humain ? Comment garder foi en l’avenir ? Le roman d’ Agustina Bazterrica apporte une certaine forme de réponse mais pas forcément celle que l’on attendait.

Lorsque le récit commence, le narrateur, Marcos est un chêne malade. Ses racines se meurent lentement dans une institution pour personnes dépendantes, ses jeunes branches sont mortes et son écorce se dépérit morceaux après morceaux sous les coups d’une vie d’automate au service d’une société qui a érigé la cruauté en institution.

La plume de l’autrice est telle une lame de couteau, froide et métallique. Ses mots d’un ton glacial et clinique tranchent notre imaginaire de lecteur, y laissant des plaies béantes où macère l’horreur banale d’un monde sans âme ni conscience.

Le regard exsangue de Marcos nous invite dans un banquet des horreurs pour tenter de comprendre comment une société s’est livrée d’elle-même à un système digne de 1984. Une galerie des horreurs qui sculpte en contrejour le portrait d’un homme tellement meurtri qu’il ne se voit même plus saigner.

Mais tout arbre peut guérir et, suite à une arrivée inattendue, Marcos va retrouver la force de désiré, d’aimer, d’espérer, de se rebeller face à une société qu’il vomit de tout son être. C’est là tout l’intérêt du roman, sans jamais se départir de ce détachement clinique, on assiste à la renaissance d’un homme. Un retour à la vie dans un monde de carcasses sur deux jambes.

Puis survient la fin, un dénouement brutal qui rappelle que l’on a beau ignorer les coups de couteau que l’on nous inflige, ceux-ci laissent toujours une blessure profonde au creux de l’âme, qui ne peut pas toujours se cicatriser.

Résumé : Un virus a fait disparaître la quasi-totalité des animaux de la surface de la Terre. Pour pallier la pénurie de viande, des scientifiques ont créé une nouvelle race, à partir de génomes humains, qui servira de bétail pour la consommation.Ce roman est l’histoire d’un homme qui travaille dans un abattoir et ressent un beau jour un trouble pour une femelle de « première génération ». Or, tout contact inapproprié avec ce qui est considéré comme un animal d’élevage est passible de la peine de mort. À l’insu de tous, il va peu à peu la traiter comme un être humain. Le tour de force d’Agustina Bazterrica est de nous faire accepter ce postulat de départ en nous précipitant dans un suspense insoutenable. Roman d’une brûlante actualité, tout à la fois allégorique et réaliste, Cadavre exquis utilise tous les ressorts de la fiction pour venir bouleverser notre conception des relations humaines et animales.

Quatrième de couverture
Un virus a fait disparaître la quasi-totalité des animaux de la surface de la Terre. Pour pallier la pénurie de viande, des scientifiques ont créé une nouvelle race, à partir de génomes humains, qui servira de bétail pour la consommation.Ce roman est l’histoire d’un homme qui travaille dans un abattoir et ressent un beau jour un trouble pour une femelle de « première génération ». Or, tout contact inapproprié avec ce qui est considéré comme un animal d’élevage est passible de la peine de mort. À l’insu de tous, il va peu à peu la traiter comme un être humain. Le tour de force d’Agustina Bazterrica est de nous faire accepter ce postulat de départ en nous précipitant dans un suspense insoutenable. Roman d’une brûlante actualité, tout à la fois allégorique et réaliste, Cadavre exquis utilise tous les ressorts de la fiction pour venir bouleverser notre conception des relations humaines et animales.

Biographie de l’auteur
Agustina Bazterrica est née à Buenos Aires en 1974. Cadavre exquis, son premier roman, a remporté le prestigieux prix Clarín en 2017.

Éditeur ‎FLAMMARION (21 août 2019)
Langue ‎Français
Broché ‎304 pages
ISBN-10 ‎2081478390
ISBN-13 ‎978-2081478398

Un tesson d’éternité de Valérie Tong Cuong

Dans des flots insondables, elle se noie

Que se passe-t-il lorsque le petit îlot de bonheur familial que l’on a patiemment construit prend soudainement l’eau de toute part ? Comment réagir lorsque les eaux sombres s’infiltrent dans notre petite vie tranquille alors même que nos vieux démons remontent à la surface ?

C’est exactement ce qui arrive à Anna, mère de famille aisée dans un petit village dont le fils se retrouve subitement sur le banc des accusés. Son univers de bourgeoise propre sur elle se craquelle soudainement et alors qu’elle doit faire face à la machine judiciaire et au jugement populaire, de terribles souvenirs d’enfance se rappellent à elle et menacent de l’engloutir définitivement.

Le récit est un tumulte de pensée, une frénésie d’émotions contradictoires qui se télescopent, se chevauchent, s’entrecroisent sans jamais nuire à la limpidité de la narration. Ce fait d’armes est à mettre au crédit de l’auteur et de son style qui retranscrivent à merveille la crise que traverse cette famille. On suit Anna dans sa lente mais inexorable plongée en eaux troubles tout en passant aux autres protagonistes d’une phrase lapidaire. L’ouvrage est un précis du torrent émotionnel qui s’empare de tout un chacun en situation de crise.

Le portrait d’Anna forme donc la clé de voûte du récit. Son point fort mais aussi son point faible. Les autres personnages souffrent de la finesse psychologique du personnage. Hugues, le père, demeure un arriviste cupide et machiste tandis que Léo, le fils, ne se dépare pas d’une bulle d’ambiguïté qui empêche de l’apprécier complètement. Le récit aurait pu être une saga familiale plus consistante mais on ne peut en vouloir à l’autrice de s’être attaché au portrait d’Anna, tant celui-ci est réussi.

Un tesson d’éternité est l’occasion d’assister au naufrage d’une femme, dont les SOS n’ont pas été entendus et qui ne parvient plus à retenir la lame de fond qui finit par l’emporter.

Résumé : Anna Gauthier mène une existence à l’abri des tourments entre sa pharmacie, sa villa surplombant la mer et sa famille soudée.
Dans un climat social inflammable, un incident survient et son fils Léo, lycéen sans histoire, se retrouve aux prises avec la justice. Anna assiste impuissante à l’écroulement de son monde, bâti brique après brique, après avoir mesuré chacun de ses actes pour en garder le contrôle.
Qu’advient-il lorsqu’un grain de sable vient enrayer la machine et fait voler en éclats les apparences le temps d’un été ?

Éditeur ‎JC Lattès (18 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎272 pages
ISBN-10 ‎2709668645
ISBN-13 ‎978-2709668644

A star is bored de Byron Lane

Une saison en enfer

Sur le thème éculé de la rencontre de deux solitaires évoluant dans des sphères différentes, Byron Lane aurait pu écrire un récit corrosif sur l’aspect néfaste de la célébrité malheureusement à trop vouloir décrire le quotidien d’un assistant sans creuser son sujet il a loupé l’occasion.

Pourtant il y avait largement de quoi faire avec les personnages de Charlie d’un côté, pigiste paumé et peu sûr de lui qui étouffe dans Los Angeles et sa course à la réussite, et Kathi Kannon de l’autre, une actrice sur le retour qui vit sur sa renommée et qui souffre de légers troubles mentaux.

Ces deux êtres fracassés vont se trouver, s’apprivoiser, se compléter. La relation interdépendante entre les deux personnages est touchante et offre les meilleurs passages du récit, notamment une scène hilarante dans un restaurant japonais. 

Les relations toxiques avec leurs parents, le père pour Charlie et la mère pour Kathi, offrent également un aperçu de ce que le l’ouvrage aurait pu offrir. Durant ces passages les personnages se retrouvent dénudés et démunis face à la figure imposante de leur géniteur, l’empathie pour les personnages est totale.

Malheureusement de ce terreau psychologique l’auteur n’en fera rien, préférant aligner les scènes de comportement absurde de Kathi, ses crises maniaques, sa consommation de substances qu’elles avale comme si c’était des pastilles pour la gorge. Un long naufrage auquel assiste impuissant Charlie dans un récit qui tourne très vite en rond, aussi inspiré du réel soit-il.

La lecture s’en trouve donc mitigée, l’envers du décor hollywoodien ne se révèle pas suffisamment passionnant pour porter le récit tout comme le personnage de Kathi dont on ne fait que gratter la surface sans jamais explorer ce qui se cache derrière ses addictions et son mal-être.   

Résumé : Tous les matins, vous devez aller dans sa chambre, la réveiller doucement, lui donner ses pilules pour la journée bien gentiment, et vous assurer qu’elles ne vont pas la tuer.

Au petit déjeuner, Kathi prend un sachet de céréales amaigrissantes. Sans lait. Vous devez aussi lui apporter un verre rempli de glaçons avec une canette de Coca Zéro. Vous versez le Coca sur les glaçons pendant que vous êtes dans la chambre de façon à ce qu’elle entende le bruit des glaçons qui craquent. Ça va lui donner envie de boire et l’aider à se réveiller.

Éditeur ‎Michel Lafon (10 novembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎352 pages
ISBN-10 ‎2749945348
ISBN-13 ‎978-2749945347

Campagne de Matthieu Falcone, réflexion champêtre

Diagonale du vide, territoire abandonné ou plus familièrement trou perdu, on ne manque pas de termes pour désigner la campagne cet espace vital à notre survie mais fuis par une grande majorité de la population. Avec son ouvrage l’auteur rappelle, qu’aussi éloigné soit-elle des grandes agglomérations frémissantes d’activités, la campagne est un espace à redécouvrir, à reconquérir et porte en son sein des enjeux fondamentaux pour notre avenir.

Sous le regard de son narrateur, tantôt désabusé, tantôt léger et tantôt acerbe l’auteur nous invite à découvrir ce village en butte aux enjeux sociaux. La terre tout d’abord, cette terre que l’on s’approprie, que l’on exploite, que l’on veut sauver. Cette terre qui boit les larmes des agriculteurs abandonnés et qui se craquelle de notre avidité à tous.

Mais ce village c’est aussi des hommes et des femmes qui boivent, qui s’agitent, qui surjouent l’amusement pour oublier qu’ils s’ennuient que rien ne viendra combler ce vide qu’ils ressentent et qu’ils croisent dans le regard de leur compagnon de beuverie. Un vide qui pourrait mener au pire.

D’une plume dense et contemplative, l’auteur dépeint un monde qui se meurt en apparence, au rythme des saisons, mais mute, évolue malgré tout, accompagné par la clameur des uns et des autres, nouveaux venus comme anciens qui veulent faire entendre leur voix. 

Entre essai sociologique et étude sur le paysage campagnard, Matthieu Falcone signe un roman qui interpelle, qui interroge sur l’état actuel de notre monde par le prisme d’un monde dont on ne parle pas assez.

Résumé :« Quoi que l’on fasse, de quelque partie que l’on vienne, le village se cache, ne se montre pas de loin. C’est un village tout plié sur lui-même, en boule la tête dans le cul, comme un chat endormi. Au milieu coule une rivière. C’est-à-dire qu’elle était au milieu, avant qu’il soit désaxé, le village, étendu vers le sud pour les nouvelles constructions. Ici, au village, on en trouve comme cela, qui disent à présent qu’il faut sauver la Terre. Sauver la Terre, je veux bien moi, mais qui nous sauvera, nous ? »

De jeunes citadins, pétris de certitudes, se sont installés dans un village de la France profonde afin d’y organiser une « grande fête participative ». Entre eux et les paysans, le choc est inévitable, le drame annoncé.
Roman féroce et plein d’humanité sur le nouveau monde rural que s’approprient les urbains, modifiant ses règles et bouleversant ses coutumes ancestrales, Campagne est une réflexion profonde sur le désarroi des hommes et la puissance de la nature.

Éditeur ‎Albin Michel (18 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎304 pages
ISBN-10 ‎222645778X
ISBN-13 ‎978-2226457783

Invasions domestiques d’Élodie Llorca, comme un léger malaise

Invasions domestiques raconte comment un personnage, Thomas, en perte de repère sombre lentement jusqu’à s’évanouir complètement.

En à peine deux cents pages, l’autrice dépeint un personnage, spectateur de sa propre vie, artiste dilettante et en manque d’assurance, qui voit défiler sur la scène de son appartement des acteurs aux caractères affirmés qui représentent tous une part de son mal-être, ses parents qui le méprisent, sa partenaire qui le domine et surtout Joël, l’irrévérencieux, le jovial Joël qui réussit là où Thomas échoue. 

À mesure que Joël s’impose dans la vie de Thomas celui-ci va perdre pied. Le temps se fait fugitif, les relations se durcissent et une tension délicate s’installe. Ces personnages sont-ils réels ou ne sont-ils que l’incarnation de la dépression du jeune homme ? L’autrice entretient un doute malicieux qui enrobe son récit d’une atmosphère vaporeuse, entre vaudeville et théâtre de l’absurde

De sa plume acérée et teintée d’onirisme, l’autrice décortique l’esprit de son personnage principal jusqu’à ce qu’il ne lui reste rien et qu’il se rende compte qu’il lui reste tout. Derrière ces apparences de récit un brin absurde se cache une réflexion délicate sur la dépression et la perte de contrôle.

Résumé : Thomas Thomassin, téléopérateur quasi propriétaire à Paris, mène une vie solitaire et bien réglée jusqu’à sa rencontre avec Joël, un plombier lunatique.
Après des débuts cocasses et chaotiques, une amitié naît entre eux, nourrie par une connivence artistique – Thomas a une passion secrète : le collage. Joël le pousse à travailler sans relâche pour proposer ses œuvres à une galerie. Au centre de celles-ci se trouve la figure énigmatique d’une femme au regard inquisiteur, inspirée de sa collègue Kim-Ly qui l’a toujours fasciné. Encouragé par son nouvel ami, Thomas entame une relation avec la jeune femme.
Le trio ainsi formé libère le protagoniste de sa solitude et de sa morosité. Mais peu à peu les choses se grippent, et les intentions de Joël et de Kim-Ly apparaissent troubles…

Éditeur ‎Rivages (4 mai 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎208 pages
ISBN-10 ‎2743656565
ISBN-13 ‎978-2743656560

Il n’est pire aveugle de John Boyne, Et délivre nous du mal

Voilà un ouvrage qui va vous faire voyager, vous faire ressentir tout un tas d’émotions contradictoires mais puissantes, mais aussi vous interpellez sur notre propension à généraliser. Le tout servi par l’une des plus magnifiques plumes qui m’ait été donné de lire.

La plume de John Boyne est véritablement ce qui m’a ravi durant cette lecture. Une écriture ronde, chaleureuse, une narration introspective mais ouverte sur le monde. À chaque paragraphe un sentiment de plénitude m’envahissait, la sensation d’être avec un personnage que je comprenais et que j’appréciais entièrement. 

La temporalité du récit est parfaitement maîtrisée. Le prêtre Ordran évoque les épisodes les plus marquants de sa vie dans un ordre non chronologique sans que jamais l’on se sente perdu dans le récit. L’on parvient à saisir toutes les subtilités de l’intrigue, les non-dits des personnages secondaires et le contexte de chaque épisode en quelques lignes. 

Enfin malgré la difficulté du sujet, le texte reste pudique et intime. Jamais le voyeurisme ne s’invite dans ce chemin de vie d’un personnage en pleine remise en question. C’est tout à l’honneur de l’auteur d’être parvenu à évoquer un sujet qui secoue encore l’Église catholique irlandaise sans jamais verser dans le scabreux.

La prouesse de John Boyne est d’être parvenue à traiter d’un sujet difficile à travers les yeux d’un personnage qui se verra forcer de remettre en question tout ce qu’il pensait acquis. Ce qui fait de cette lecture un pur moment de grâce. 

Résumé : Propulsé dans la prêtrise par une tragédie familiale, Odran Yates est empli d’espoir et d’ambition. Lorsqu’il arrive au séminaire de Clonliffe dans les années 1970, les prêtres sont très respectés en Irlande, et Odran pense qu’il va consacrer sa vie au « bien ».
Quarante ans plus tard, la dévotion d’Odran est rattrapée par des révélations qui ébranlent la foi du peuple irlandais. Il voit ses amis jugés, ses collègues emprisonnés, la vie de jeunes paroissiens détruite, et angoisse à l’idée de s’aventurer dehors par crainte des regards désapprobateurs et des insultes. 
Mais quand un drame rouvre les blessures de son passé, il est forcé d’affronter les démons qui ravagent l’Église, et d’interroger sa propre complicité. 

Éditeur ‎JC Lattès (7 avril 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎380 pages
ISBN-10 ‎2709665395
ISBN-13 ‎978-2709665391

Shuggie Bain de Douglas Stuart, Chère Shuggie

Chère Shuggie

J’aurais tant de choses à te dire sur le récit de ta vie. Un tourbillon d’émotions s’empare de moi au souvenir de tout ce que tu as dû traverser. Je doute de trouver la force d’exprimer tout ce que j’ai ressenti à la lecture de ton destin tragique.

Un ciel lourd barre ton avenir et assombrit ton quotidien. Il faut dire qu’il n’était pas bon de vivre du mauvais côté de la barrière sociale en 1980 dans l’Angleterre rigide de Margaret Thatcher. Tu vas subir de plein fouet la misère, la maltraitance, l’alcoolisme, la violence, le mépris, le harcèlement et la malnutrition, le tout sans jamais te départir de ton optimisme et de ton regard d’enfant désarmant de naïveté et d’innocence.

Le récit de ton enfance est aussi celui de ta mère, Agnes, ou plutôt de sa déchéance dans le puits sans fond d’une canette de special brew. Le récit parvient à se focaliser sur l’empathie envers le sort cruel que vous réserve le destin, à toi et à ta famille, sans jamais que l’on ressente un quelconque mépris envers le personnage complexe qu’est ta mère.

J’ai été surpris je l’avoue de voir que l’on s’attardait autant sur le sort de ta génitrice, à tel point que je ne comprenais pas pourquoi le récit porte ton nom alors que l’on te voit si peu, avant de comprendre qu’il s’agit d’une chronique sociale intime et bouleversante et pas uniquement des mémoires d’un enfant de la classe ouvrière.

La description minutieuse de ton quotidien miséreux entre brimades de la part de tes camarades, violences psychologiques et lutte incessante pour conserver le peu de dignité qu’il reste à ta mère est poignante. Tu ne nous épargne rien de ce que tu as subi, et alors que l’on pensait qu’il ne pouvait plus rien t’arriver de pire, le sort s’acharne encore. Pourtant, seulement armé de ton courage et de ton abnégation, tu affrontes les démons qui la dévorent, déchiré par l’amour que tu portes à ta mère.

Voilà que j’arrive au bout du temps qu’il m’est imparti pour t’exprimer tout ce que j’ai ressenti à la lecture de ton récit Shuggie et j’ai l’impression de n’avoir qu’effleurer la surface des émotions que tu provoques en moi. Adieu Shuggie ton calvaire restera gravé dans ma mémoire.

Résumé : Glasgow, années 1980, sous le règne de fer de Margaret Thatcher. Agnes Bain rêvait d’une belle maison bien à elle, d’un jardin et d’un homme qui l’aime. A la place, son dernier mari la lâche dans un quartier délabré de la ville où règnent le chômage et la pauvreté. Pour fuir l’avenir bouché, les factures qui s’empilent, la vie quotidienne en vrac, Agnes va chercher du réconfort dans l’alcool, et, l’un après l’autre, parents, amants, grands enfants, tous les siens l’abandonnent pour se sauver eux-mêmes. Un seul s’est juré de rester, coûte que coûte, de toute la force d’âme de ses huit ans. C’est Shuggie, son dernier fils. Il lui a dit un jour : « Je t’aime, maman. Je ferai n’importe quoi pour toi ». Mais Shuggie peine d’autant plus à l’aider qu’il doit se battre sur un autre front : malgré ses efforts pour paraître normal, tout le monde a remarqué qu’il n’était pas « net ». Harcèlement, brimades, injures, rien ne lui est épargné par les brutes du voisinage. Agnes le protégerait si la bière n’avait pas le pouvoir d’effacer tous ceux qui vous entourent, même un fils adoré. Mais qu’est-ce qui pourrait décourager l’amour de Shuggie ?

Quatrième de couverture
BOOKER PRIZE 2020 – Glasgow, années 1980, sous le règne de fer de Margaret Thatcher. Agnes Bain rêvait d’une belle maison bien à elle, d’un jardin et d’un homme qui l’aime. À la place, son dernier mari la lâche dans un quartier délabré de la ville où règnent le chômage et la pauvreté. Pour fuir l’avenir bouché, les factures qui s’empilent, la vie quotidienne en vrac, Agnes va chercher du réconfort dans l’alcool, et, l’un après l’autre, parents, amants, grands enfants, tous les siens l’abandonnent pour se sauver eux-mêmes. Un seul s’est juré de rester, coûte que coûte, de toute la force d’âme de ses huit ans. C’est Shuggie, son dernier fils. Il lui a dit un jour : « Je t’aime, maman. Je ferai n’importe quoi pour toi. » Mais Shuggie peine d’autant plus à l’aider qu’il doit se battre sur un autre front : malgré ses efforts pour paraître normal, tout le monde a remarqué qu’il n’était pas « net ». Harcèlement, brimades, injures, rien ne lui est épargné par les brutes du voisinage. Agnes le protégerait si la bière n’avait pas le pouvoir d’effacer tous ceux qui vous entourent, même un fils adoré. Mais qu’est-ce qui pourrait décourager l’amour de Shuggie ? Shuggie Bain est un premier roman fracassant qui signe la naissance d’un auteur. Douglas Stuart décrit sans détour la cruauté du monde et la lumière absolue.

Éditeur ‎EDITEUR GLOBE (18 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎496 pages
ISBN-10 ‎2383610003
ISBN-13 ‎978-2383610007

Mon pays réinventé d’Isabel Allende, étrangère en terre natale

Certaines personnes portent en elles une histoire, un destin qu’elle s’efforce de partager avec un public de bien des manières. Isabel Allende porte en elle tout un pays, le Chili, terre natale qu’elle a dû fuir dans la tourmente. De par ses mots elle invoque le désert d’Atacama, la terre de feu, Santiago, la capitale tentaculaire. Une invitation au voyage immanquable.

L’ouvrage n’est pas un récit fictionnel, pas de personnage principal, hormis le Chili, qui verra sa géographie, son ethnographie et son histoire être minutieusement exposée. Les Chiliens, peuple d’immigrés et multiethniques, n’échappent pas à une étude de ses mœurs, de sa mentalité paradoxale empreinte d’un esprit de classe. Un portrait d’un pays détaillé qui vaut tous les cours d’histoire.

L’ouvrage n’en est pas moins pourvu d’une part fictionnelle.  Afin de panser sa mémoire d’exilée, Isabel livre ses souvenirs doux-amers sur son enfance. Elle porte un regard malicieux sur son pays et ses concitoyens, une nostalgie se dégage de sa plume chaude lorsqu’elle évoque ce pays si cher à son cœur, si présent dans sa tête mais si loin de son regard. Terre de mystère meurtri par la folie des hommes.

L’histoire tragique récente du Chili et la manière dont Isabel et sa famille l’ont vécu occupent une place importante. Le récit se fait alors analyse politique, débarrassé de l’affect auquel elle pourrait prétendre l’autrice narre le tourbillon sanglant qui a marqué son pays au fer rouge.

Un récit à la croisée des genres, entre récit historique et autobiographique. Peut-être le point d’entrée idéal pour découvrir Isabel Allende et sa plume ronde de conteuse.

Résumé : Isabel Allende se confie : « Presque toute ma vie, j’ai été une étrangère, condition que j’accepte car je n’ai pas d’alternative. Plusieurs fois, je me suis vue obligée de partir en brisant des liens et en laissant tout derrière moi, pour recommencer ma vie ailleurs. » Ayant choisi l’exil après le coup d’Etat du 11 septembre 1973 au Chili, Isabel Allende s’est engagée sur le chemin de la littérature. Aujourd’hui, sur un ton léger et émouvant, elle nous livre son Chili mythique, imaginé dans l’exil, territoire de sa nostalgie, seul pays où elle ne se sente pas une étrangère.
Ce portrait contrasté du Chili, où sont évoquées sa géographie, son histoire, sa culture ou ses mentalités, est entremêlé de souvenirs et de pensées personnelles qui retracent tout le chemin d’une vie. La famille extravagante, l’enfance, les rencontres, les voyages. Isabel Allende dévoile les origines et donne les clés des personnages et des lieux qui sont la matière de son œuvre romanesque.

Éditeur ‎Le Livre de Poche (1 juin 2005)
Langue ‎Français
Poche ‎288 pages
ISBN-10 ‎2253113557
ISBN-13 ‎978-2253113553

L’attrapeur d’oiseaux de Pedro Cesarino, gardien des légendes

Gardien des légendes

L’attrapeur d’oiseaux. Ce titre trompeur vous égarera peut-être sur ce dont l’auteur veut parler dans ce court récit qui oscille entre le récit anthropologue et le conte philosophique. Embarquez sur la pirogue de Baitogogo et tâchons d’y voir plus clair.

Le récit est avant tout une immersion dans une région humide, qui transpire les caresses sans fin d’un soleil impitoyable. La plume immersive de l’auteur permet de ressentir la moiteur de la jungle amazonienne mais aussi toute sa beauté indomptable.

Véritable passeur de savoir, le narrateur récolte les légendes locales comme d’autres les informations. Légendes qui achèvent de donner au récit une couleur et une bonhomie qui tranche avec la réalité sociale livrée aux affres du capitalisme.

Bien qu’empreint d’un certain onirisme, le récit n’en reste pas moins un tableau saisissant des conditions de vie des minorités ethniques dans un Brésil qui a renié ses valeurs humanitaires. La violence sociale est omniprésente, tout comme le racisme envers ses populations qui refuse le conformisme occidental. Par les yeux du narrateur c’est une peinture bien sombre qui nous est dépeinte.

Un tableau que le narrateur allège par son optimisme affable et sa volonté impassible, rendant ce voyage moins âpre. Une légèreté qui se retrouve dans sa manière de s’intégrer aux tribus locales, à adopter leurs us et coutumes, à s’imprégner de leur mentalité à coups de mésaventures et de déconvenues. Son amour pour cette région et ses habitants transparaît à chaque page.

L’attrapeur d’oiseaux combine donc habilement le récit d’aventures et la critique sociale, le tout mâtiné de légendes exotiques. Un voyage en terre inconnue qui laisse un souvenir impérissable.

Résumé : Après avoir essuyé plusieurs échecs sur son terrain de recherche, un anthropologue désenchanté se lance une fois de trop au cœur de « l’enfer vert » amazonien, dans le vague espoir d’enfin recueillir le récit du mystérieux mythe de l’attrapeur d’oiseaux, qui l’obsède. Quadra célibataire et mélancolique, c’est presque à contrecœur qu’il retourne auprès de sa famille amérindienne adoptive, où rien ne se passe comme prévu. De faux pas en impairs, il va faire l’expérience fatidique des limites du langage et de l’impossible communion des narrations du monde.

Éditeur ‎Editions Payot & Rivages (2 mars 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎160 pages
ISBN-10 ‎274365578X
ISBN-13 ‎978-2743655785

Là où nous dansions de Judith Perrignon, Ci gît le rêve américain

Installez-vous confortablement à côté d’Ira, de sa mère Géraldine, de son oncle Archie pour parcourir avec eux l’album photo de leur vie, qui se trouve être aussi celui d’une page de l’Amérique qui s’enterre dans l’indifférence générale. Celui d’un quartier, le Brewster Douglass Project, qui a cristallisé toutes les attentes et le désespoir de la ville de Detroit.

Un album photo mis en scène par l’autrice de manière judicieuse, à l’aide d’une double temporalité qui permet de se rendre compte de ce qui a été perdu au fil des décennies où la déshérence sociale a remplacé le new deal de Roosevelt. On parcourt les années de ce quartier, symbole d’espoir pour la population noire américaine, de sa création à son imminente destruction. Entre les deux époques ? Une longue agonie sociale.

« Elle allume la radio . Sur WDET, même rengaine que le matin. bankruptcy. Detroit est en faillite. Quel scoop! Ricane Sarah pour elle-même. Allez demander aux corps que personne n’enterre, à Doug diplômé d’histoire qui n’a pas trouvé d’autre boulot que de travailler à la morgue, aux bâtiments condamnés,au paysage, ou même à ce mome assassiné au pied des tours vides, allez leur demander quand la faillite est arrivée ! C’est quoi cette façon de déclencher le plan épidémie quand tout le monde est mort ? »

Un album découpé en quatre saisons où les personnages vous invitent à partager leur souvenir où se mêle la tendre nostalgie du temps passé, la colère face à la morgue capitaliste actuelle, l’amertume due à la déliquescence du quartier, les regrets devant leur impuissance à empêcher l’inévitable, et la triste résignation qui s’installe.

Mais cet album est aussi l’occasion de partager la joie de vivre de ses habitants malgré la misère et les rudes conditions de travail. De voir émerger toute une culture, avec notamment l’évocation du célèbre label de la Motown et du girls band The Supremes. C’est tout un monde qui prend vie sous nos yeux avec son lot d’amour, de joie, de tristesse et de rage.

Avec douceur et mélancolie, Judith Perrignon invoque le passé flamboyant d’un quartier à son Zénith alors que le crépuscule menace aussi bien les tours de béton que les cœurs. Ténèbres et lumière se mêlent pour former un récit émouvant qui laisse un goût amer dans la bouche. 

Résumé :

Detroit, 2013. Ira, flic d’élite, contemple les ruines du Brewster Douglass Project où s’est déroulée son enfance. Tant d’espoirs et de talents avaient germé entre ces murs qu’on démolit. Tout n’est plus que silence sous un ciel où planent les rapaces. Il y a quelques jours, on y a découvert un corps – un de plus.

Pour trouver les coupables, on peut traverser la rue ou remonter le cours de l’Histoire. Quand a débuté le démantèlement de la ville, l’abandon de ses habitants ?

Éditeur ‎Editions Payot & Rivages (12 janvier 2022)
Langue ‎Français
Poche ‎368 pages
ISBN-10 ‎2743655151
ISBN-13 ‎978-2743655150