Carnets d’enquête d’un beau gosse nécromant de Jung Jaehan, tel une ritournelle pop entêtante

On se souvient toujours de ses premières fois. Encore plus lorsqu’il s’agit d’une double première fois. Première escapade dans le polar sud-coréen et première lecture de la toute jeune maison d’éditions matin calme, qui a l’air de se spécialiser dans ce sous-genre. Mais tout le monde sait qu’une première fois peut se transformer en très mauvaise expérience. Alors qu’en est-il de cette lecture ?

Décalé pourrait être le mot qui la définirait le mieux, au premier abord. Décalé par son humour et ses personnages aux caractères exacerbés qui font inévitablement penser à des caricatures de manga. Pourtant l’intrigue en elle-même suit des sentiers balisés assez classiques rendu effrénée par son rythme qui donne l’impression qu’elle ne s’arrête jamais. Un rythme que l’on peut vraiment ressentir à la lecture par le biais de ces onomatopées retranscrite tel quel et qui me font faire le parallèle vers la musique pop, et la K-pop en particulier, à laquelle il fait de nombreux clins d’œil.

Durant une grande partie de l’ouvrage c’est la caractérisation des personnages qui m’a fait peur. En effet avec leurs postures de personnages très sûr d’eux, leurs langages familiers et leur arrogance manifeste j’avais l’impression de me retrouver devant une affiche d’un concert de K-pop, c’est beau, c’est flashy mais lorsque vous retournez l’affiche il n’y a que du blanc. J’attendais que l’auteure consolide son trio de personnages principaux. Elle n’y est parvenu qu’à moitié. En effet le beau gosse nécromant dont il est question dans le titre, et qui se nomme Nam Han-jun, dissimule, derrière son caractère outrancier, une grande empathie et s’il n’hésite pas à soulager ses concitoyens de leurs billets il ne supporte pas l’injustice. Ses airs arrogants et ses capacités de déductions le placent dans la lignée des héritiers de Sherlock Holmes. Au final il se révèle comme le personnage le plus abouti et heureusement me direz-vous c’est quand même lui qui tient le haut de l’affiche.

On ne peut malheureusement pas en dire autant de ses deux compagnons d’enquêtes. Si Su-cheol n’est pas développé au-delà de son rôle de gros bras chargé de les sortir de pires situations ses interventions restent quand même plus digestes que ceux de la sœur du héros, Hye-jun, dont chaque apparition me faisait penser à ce cliché de personnage féminin hystérique dont raffolent les mangakas. Mais si vous savez ces personnages qui passent leur temps à hurler sur les autres personnages souvent de sexe masculin, la bouche déformée par la colère et bien souvent armé d’une masse deux fois plus grosse qu’elle. Proprement insupportable.

L’intrigue a le mérite de dévoiler deux aspects bien distincts de la culture coréenne. La culture des teen idols d’une part, pour le côté cupide et sordide, et l’ancrage traditionalistes et superstitieux de l’autre. Une dichotomie qui se rejoint sur un point en particulier; là où se niche les peurs et les désirs des gens il y a toujours de l’argent à se faire.

Et c’est sur cette abrupte conclusion que s’achève cette première lecture Sud-coréenne. Une découverte agréable, souvent drôle, mais qui va devoir faire ses preuves en approfondissant ses personnages et en évitant de tomber dans la formule un peu facile de la comédie policière.

Résumé: Bienvenue au cabinet secret de Nam Hanjun, alias Beau Gosse, pseudo-chaman et authentique escroc. Avec ses deux complices, Hyejun, sa petite-sœur hackeuse de génie et Sucheol, dit Mammouth, détective privé, ils offrent à leur riche clientèle des  » divinations  » sur mesure qui font leur succès.
Un soir, une cliente les appelle après avoir cru apercevoir un fantôme dans sa cuisine. Quand ils arrivent leur présence attire l’attention d’un voisin qui prévient la police. Une jeune inspectrice se rend sur place, Ye-eun, experte en arts martiaux, que ses collègues surnomment justement le fantôme tant elle est rapide et discrète. Dans la cave de la maison, elle découvre le cadavre d’une adolescente recherchée depuis un mois.

  • Éditeur : Matin calme (3 septembre 2020)
  • Langue : : Français
  • Broché : 326 pages
  • ISBN-10 : 2491290219
  • ISBN-13 : 978-2491290214