Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski, fresque royale

Toujours sera récompensé l’auteur qui patiemment tisse la tapisserie que constitue son oeuvre. En fantasy la précipitation est rarement récompensée. Une méticulosité que Jean-Philippe Jaworski a faite sienne pour notre plus grand plaisir.

Ce recueil de nouvelles complète à merveille le fantastique roman qu’est gagner la guerre. Il donne à voir une géographie précise du vieux royaume tout en consolidant les bases historiques de cette terre morcelée où les passions humaines ne cessent de causer leurs ravages. Un patchwork saisissant, cohérent et passionnant. Le tout servi par une plume riche, vive et surprenante

Les différents récits regroupés ici forment une toile, une fresque dantesques où les fils se croisent et s’entrecroisent pour mieux incarner cet univers si diversifié que l’auteur a créé. Évidemment certaines nouvelles vous parleront plus que d’autres. Si celle mettant en scène le téméraire Benvenuto est évidemment un plaisir de lecture immédiat c’est surtout le récit tout simple mais touchant mettant en scène Suzelle, une simple paysanne rêveuse, qui me reste un tête, allez savoir pourquoi.

Tantôt mystiques, tantôt légers et humoristiques ces dix récits donnent un aperçu de l’ampleur du talent de l’auteur. La politique impitoyable laisse place à l’onirisme merveilleux alors même que les personnages se débattent inlassablement contre leur destin imparable.

Un ouvrage en forme de fresque royale qui joue à merveille le rôle de point d’entrée dans un univers dense et fabuleux.

Résumé : Chaque nuit, Leodegar le Resplendissant se réveille en hurlant dans son palais. Quelle est donc l’angoisse qui étreint le conquérant dans son sommeil ? S’agit-il d’un drame intime, ou bien de l’écho multiple des émotions qui animent le peuple du vieux royaume ?

Désenchantement de Suzelle, la petite paysanne, devant la cruauté de la vie ? Panique de maître Calame, le copiste, face aux maléfices qui somnolent dans ses archives ? Scrupule d’Ædam, le chevalier, à manquer aux lois de l’honneur ? Hantise de Cecht, le housekarl, confronté aux fantômes de la forêt ? Appréhension de Benvenuto, le maître assassin, d’être un jour l’objet d’un contrat ? Ou peurs primales, peurs fondamentales, telles qu’on les chuchote au Confident, qui gît au plus noir des ténèbres…

À travers dix destins se dessine une géographie du vieux royaume, de ses intrigues, de ses cultes, de ses guerres. Et de ses mystères, dont les clefs se nichent, pour beaucoup, dans les méandres du cœur humain.

Éditeur ‎MOUTONS ELECTR (7 septembre 2017)
Langue ‎Français
Broché ‎412 pages
ISBN-10 ‎2361833956
ISBN-13 ‎978-2361833954

Capital du nord tome 1 Citadins de demain de Claire Duvivier, miroir, corset et bonne manière

Je ne vais pas revenir sur le thème du miroir qui sous-tend toute la saga de la tour de garde créé par le couple Duvivier-Chamanadjian, d’autres que moi l’on fait et de bien belle manière. C’est une évidence que les deux sagas se répondent, se reflètent l’une et l’autre au point de reproduire le même schéma narratif et les mêmes thèmes.

Ce second volume ne m’a pas autant ravi que le premier volume de Capitale du sud. Est-ce le fait que l’on se retrouve à nouveau devant un tome introductif ? Ou bien la narration au passé simple en forme de journal intime ? Le fait est que l’intrigue, à l’image de son héroïne à certains moments du récit, m’a paru corsetée. Comme si l’auteure s’était imposé une marche à suivre qui l’empêchait de prendre complètement son essor et de laisser respirer son texte qui souffre d’une lourdeur de style à mon sens.

C’est ce balisage narratif corseté et assez prévisible qui m’a légèrement ennuyé. Je ne parvenais pas à trouver le souffle du récit. Pourtant malgré tout, ce premier volume de Capitale du Nord reste plaisant à lire. Sa description d’une cité portuaire à la géographie rectiligne, d’une bourgeoisie qui se repose sur ses prérequis et des tensions qui secouent leur relations commerciales avec les colonies est convaincante et pose les bases d’une intrigue aux multiples rebondissements.

Mais tout ceci ne serait rien sans le personnage d’Amalia. C’est par sa vision de jeune fille instruite, à l’esprit critique qui va s’affûter au fil de sa découverte de la cité de Dehaven, que l’on découvre cette ville austère où la notion d’appartenance sociale est primordiale. Ce personnage va se dévoiler petit à petit et gagner en profondeur jusqu’à un merveilleux chapitre 10 qui a revalorisé toute ma lecture. Grâce à un habile jeu de flashback l’auteure nous embarque dans une exploration mystérieuse et nous offre en même temps un dialogue d’une rare finesse entre Amalia et sa mère.

Une lecture en demi-teinte donc pour ce second volume d’une saga qui doit cesser de mettre ses pions en place pour enfin se lancer dans la véritable partie qu’attendent les lecteurs.

Résumé : Amalia Van Esqwill est une jeune aristocrate de Dehaven, issue d’une puissante famille : son père possède une compagnie commerciale et sa mère tient un siège au Haut Conseil. Progressistes, ils lui ont offert, à elle et à d’autres enfants de la Citadelle, une instruction basée sur les sciences et les humanités. Jusqu’au jour où le fiancé d’Amalia se met en tête de reproduire un sortilège ancien dont il a appris l’existence dans un livre. Au moment précis où la tension accumulée dans les Faubourgs explose et où une guerre semble prête à éclater dans les colonies d’outre-mer, la magie refait son apparition dans la ville si rationnelle de Dehaven. 

Éditeur‎FORGES VULCAIN (1 octobre 2021) Langue‎Français ISBN-10‎237305101X ISBN-13‎978-2373051018