Galeux de Stephen Graham Jones, Sociologie du loup-garou

Imprégné d’une aura de sauvagerie et de violence, le thème du loup-garou est aussi un appel à la liberté, à un style de vie alternatif. Une liberté qui a aussi un coup comme l’auteur s’est efforcé de nous l’expliquer dans cet ouvrage passionnant.

En choisissant comme narrateur le benjamin de ce clan à fourrure, l’auteur nous invite à découvrir progressivement les règles et fondamentaux qui le régisse. Car se métamorphoser en créature canine possède ses contraintes que l’auteur va nous détailler. L’auteur s’ingénie à livrer un précis de ce que serait le quotidien d’un lycanthrope, et c’est loin d’être une partie de plaisir.

Car leur condition d’être surnaturelle oblige le narrateur, son oncle et sa tante qui l’élève à vivre en marge d’une société uniformisée. Le récit est donc aussi celui de ce clan hors normes, marginal par choix et par contrainte. Une vie précaire, faite d’errances routières, de petits boulots et de solitude. Soudés dans l’adversité, le clan est soumis à une certaine solitude inhérente à leur condition de lycanthrope .

Si le quotidien du narrateur s’apparente à une lutte acharnée pour conserver un semblant de normalité le lecteur devra aussi lutter pour dépasser ses attentes de lecture classique. Il faut faire fi du sempiternel schéma narratif situation de départ, élément perturbateur, péripéties et résolutions. L’auteur ne raconte pas tant une intrigue qu’une errance sans fin. Un destin ordinaire et miséreux de créatures extraordinaires.

La plume de Graham Jones est également un atout non négligeable. Un style acéré, nerveux comme l’état d’esprit de ses personnages, toujours sur la corde raide. La tendresse et l’amour que se portent ses personnages sont retranscrites par petites touches, des gestes, des attentions, des remarques et bien sûr le soutien indéfectible dont il faut savoir faire preuve dans un monde où prédateur et proie se confondent rapidement. 

Galeux est un ouvrage complet, aussi bien dans le fond que dans la forme. Un ouvrage qui gagne à être lu et relu pour en apprécier toutes les subtilités.

Résumé : Les loups-garous existent-ils ? En tout cas, son grand-père en connaît, des anecdotes et des histoires fantastiques sur eux. Mais lui, l’enfant de dix ans, ne parvient pas encore à savoir s’il s’agit de légendes familiales issues des divagations de son Grandpa ou la réalité. Pourtant, la nature sauvage de son oncle Darren, la protection animale de sa tante Libby et les événements étranges qui les ont jetés sur la route semblent hurler le contraire.
À mesure que les années passent, le jeune narrateur anonyme sent que derrière les contes se cache la vérité de sa condition. Alors, pourquoi lui ne se transforme-t-il pas ? Et comment trouver sa place dans cette société américaine qui rejette à la marge les pauvres, les anormaux… les galeux ?

Éditeur ‎Pocket (7 avril 2022)
Langue ‎Français
Poche ‎400 pages
ISBN-10 ‎2266324101
ISBN-13 ‎978-2266324106

Capital du sud tome 2 trois lucioles, un festin pour les lecteurs

Le second volume de la trilogie de Capital du sud avait fort à faire pour consolider les promesses faites durant le premier volume. Nul souci à se faire de ce côté-là, l’auteur a passé le cap du second volume avec brio.

Trois lucioles est avant tout une lecture qui va solliciter tous vos sens. La plume de Guillaume Chamanadjian convoque nos 5 sens, enrobant son univers d’un charme irrésistible. Ainsi la ville de Gemina prend vie à chaque ligne avec ses ruelles tortueuses, son port animé qui sent le retour de pêche et les harangues des camelots des rues pendant que les murs en pierres se gorgent des rayons du soleil.

Sans oublier les multiples spécialités culinaires qui affolent le palais, gâteau au miel et aux amandes, pâtés et vins enrichissent le récit de leurs saveurs inoubliables. Comment ne pas céder à cette invitation à se plonger dans cet univers qui stimule tous les sens du lecteur ?

L’intrigue, quant à elle, se muscle dangereusement dans ce second volet. Fini les livraisons de denrées pour Nox. Notre brave épicier se retrouve au centre d’une toile d’intrigues dont chaque fil pourrait bien entraîner sa perte. Nox se voit obligé de prendre les devants s’il veut que lui et ses proches puissent s’en sortir vivant. Même s’il fait parfois preuve d’une grande naïveté, Nox a mûri et devient peu à peu le héros que l’on attend tous.

L’auteur n’oublie pas de développer son intrigue au-delà de la seconde enceinte de la bouillonnante Gemina, le spectre de la guerre s’invite dans l’univers de la tour de garde, ce qui laisse présager un récit tout aussi haletant pour la suite.

Résumé : Nox, l’ancien commis d’épicerie, est désormais seul maître à bord de l’échoppe Saint-Vivant. Il a pris ses distances avec la maison de la Caouane qui, enfant, l’avait recueilli. Mais personne n’est à l’abri des intrigues de la Cité. Dès la fin de l’hiver, tout ce que la ville compte d’opposants au duc Servaint s’est mis en tête que le duc devait mourir, et que la main qui le frapperait serait celle de Nox. Celui-ci consentira-t-il à tuer l’homme qui l’a élevé ? De sa décision dépendra le destin de Gemina.

Éditeur ‎FORGES VULCAIN (8 avril 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎416 pages
ISBN-10 ‎2373051095
ISBN-13 ‎978-2373051094

Blackwing tome 3 La chute du corbeau de Ed McDonald, désert, démences et démons

Sur une base narrative peu originale, des êtres anciens veulent dominer le monde et asservir l’humanité, l’auteur Ed McDonald est parvenu à bâtir une trilogie solide malgré une conclusion qui souffre des défauts habituels de ce genre de saga.

L’univers imaginé par l’auteur reste l’atout majeur de la saga. À mi-chemin entre Western et récit post-apocalyptique, Blackwing s’intègre parfaitement dans le genre de la dark fantasy. Le désespoir et la folie règnent en maîtres sur une humanité qui se raccroche à ses dernières illusions dans des villes fortifiées poussiéreuses pendant que des forces qui la dépassent s’agitent en coulisses. 

Le personnage principal, Ryhalt hante chaque page du récit. Anti-héros parfait, il aime ou il déteste, pas de juste milieu avec lui. L’auteur tisse des relations entre lui et les différents protagonistes qui lorgnent parfois vers la caricature. Tous les personnages secondaires sont définis par leur relation avec Ryhalt, ils n’existent et servent l’intrigue que par le biais de la relation qui les unit à ce dernier, heureusement que ce brave capitaine des ailes noires est charismatique car sinon cela pourrait être lassant.

Passé une première partie qui relance les enjeux de l’intrigue principale et rabat les cartes du jeu mortel que se livrent les puissances innommables, le récit s’enlise dans une narration qui enchaîne les scènes d’action stérile et la redondance d’informations. L’auteur peine à conclure son récit de manière convaincante. Le final est particulièrement brouillon et maladroit par moments.

Même si la conclusion est en demi-teinte, l’univers poisseux que propose cette saga mérite le coup d’œil, ne serait-ce que pour la vision désespérée de l’humanité qu’elle propose.

Résumé : Un cataclysme a frappé le Cordon, l’ultime ligne de défense séparant la civilisation des Rois des profondeurs. Des pluies rouges accablent sans cesse la terre, de nouvelles monstruosités se nourrissent de terreur dans l’ombre et le pouvoir des Sans-Nom, les dieux qui protègent la république, demeure inutilisable. Les capitaines des Ailes noires qui les servent sont éliminés un par un, et même les immortels ont fini par apprendre ce que mourir signifiait. Entretemps, le pouvoir des Rois des profondeurs n’a fait que croître ; ils sont sur le point d’assener le coup final.

Ryhalt Galharrow se tient à l’écart de tout cela.

Il s’est aventuré plus loin que jamais dans ce désert appelé la Désolation. Celle-ci l’a changé. Mais tous les pouvoirs ont un prix, et à présent les fantômes de son passé, jusqu’alors confinés dans ces terres perdues, l’accompagnent partout. Ils le suivront même, ainsi que les quelques capitaines des Ailes noires encore en vie, pour son ultime mission dans les ténèbres.

ASIN ‎B08YP2H4LD
Éditeur ‎Bragelonne (7 juillet 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎552 pages
ISBN-13 ‎979-1028118808

Sorciers de Maxime Fontaine et Romain Watson, Magie foisonnante et mystères à tout va

Sorciers est le premier tome d’une saga qui emmène son lecteur dans une aventure trépidante où il aura bien du mal à reprendre son souffle.

Le récit s’abreuve de multiples influences, le jeu de rôles, les récits de pulp d’antan, les comics de super-héros mais aussi bien sûr les romans d’aventures fantastiques. L’amour des deux frères pour ce type de récit transparaît à travers les pages du récit et la caractérisation des personnages. C’est un hommage à tout un imaginaire populaire que les deux compères effectuent à travers leur récit.

L’aspect foisonnant du récit apparaît dès l’introduction des personnages, plusieurs styles de magie nous sont présentés ainsi qu’un nombre conséquent de personnages. Mais à peine les présentations sont-elles faites, de manière efficace car les personnages principaux se révèlent immédiatement attachants, qu’il est déjà temps de plonger dans une aventure au rythme endiablé. 

Les multiples péripéties que vivent nos personnages bénéficient d’une atmosphère propre à chacune, même si elles peuvent paraître indépendantes les unes des autres, on sent que les auteurs tissent une toile dont les fils se révéleront au fur et à mesure des différents volumes. Ainsi il faut accepter que ce premier tome soit une introduction imposante à un univers foisonnant où se croisent de nombreux concepts et mystères irrésolus.

Le final offre une confrontation généreuse en pyrotechnie avec diverses forces en présence, chacune avec leurs objectifs. Le nombre de personnages augmente considérablement durant ce final parfois un peu fouillis dans son déroulement. Des personnages introduits, pour certains, de manière abrupte, sans que l’on sache très bien ce qu’il vienne faire là. Difficile alors de ressentir quoique ce soit pour ce qui leur arrive. 

Un final à l’image du récit, généreux en aventures mais qui peine à clarifier ses enjeux. Espérons que le second tome viendra illuminer les nombreuses zones d’ombre étalées par le duo d’auteurs.

Résumé : Mesdames et Messieurs, bienvenue au cirque Palazzi ! Ce soir, un numéro époustouflant avec l’incendie du chapiteau par l’armada des clowns invisibles. Venus enlever vos enfants, ils emporteront Déa, la jeune aveugle. Ernest le magicien partira à sa recherche avec l’aide de Kétinée l’envoûteuse et de Kilma le marabout. Leur quête les mènera dans un monde caché et surnaturel. Mais leurs authentiques pouvoirs de sorcellerie suffiront-ils pour sauver Déa ? Restez en notre compagnie, vous n’êtes pas au bout de vos surprises…

Éditeur ‎Gulf stream éditeur (10 mars 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎500 pages
ISBN-10 ‎2354889852
ISBN-13 ‎978-2354889852
Âge de lecture ‎13 – 18 années

Dragons et mécanismes d’Adrien Tomas, l’inventivité de la plume, la puissance du conte

Adrien Tomas est pour un auteur aussi talentueux que J.K. Rowling. Entendez par là qu’il est capable d’immerger les lecteurs dans son univers riche en quelques pages à peine. Une capacité envoûtante qui se vérifie avec ce nouvel ouvrage.

Plutôt que de mettre en scène une saga à suivre tome après tome, l’auteur a opté pour des opus interdépendants se déroulant dans le même univers. Au lecteur de piocher ce qu’il désire dans cet univers vaste et passionnant. Clins d’œil et références sont légion mais sans jamais gêner la lecture pour ceux qui n’auraient pas lu les ouvrages précédents.

C’est une aventure épique qui attend le lecteur, digne des meilleurs récits d’exploration. Le départ de cette quête intense résonne comme les plus grands classiques du genre, un duo de personnages antinomiques mais complémentaires, un monde sauvage et exotique, et des péripéties vitaminés. L’auteur insuffle suffisamment de dynamisme et d’humour pour que le récit se dévore tout seul.

Le fait qu’il s’intègre dans un schéma d’aventure classique n’empêche pas le récit de se montrer original dans le développement de ses personnages, notamment dans leurs sentiments amoureux, l’occasion pour l’auteur d’évoquer des orientations sexuelles encore trop peu abordé dans la littérature jeunesse. Les autres thèmes centraux du récit sont modernes et terriblement actuels, l’épuisement des ressources naturelles, l’aveuglement des gouvernements, des sujets qui parleront à la jeune génération.

Aussi riche et foisonnant soit le récit, il reste maîtrisé du début jusqu’à la fin. Le dénouement aurait peut-être mérité plus de développement ainsi que certaines intrigues secondaires mais force est de reconnaître que l’auteur est parvenu à livrer un récit épique et consistant. Un festin pour les amateurs de fantasy.

Résumé : Dague est voleur et espion. Il vit de cambriolages et de petits larcins. Alors qu’il est en mission de surveillance, il assiste à l’agression de Mira, une étrangère qui a fui son pays suite à un coup d’Etat. L’adolescente est archiduchesse, poursuivie par un tyran qui veut l’épouser et s’accaparer ses talents. Car elle fait partie des mécanomages, des sorciers capables de combiner leurs pouvoirs à de savants montages d’ingéniérie mécanique. En sauvant Mira, Dague est blessé, et les deux jeunes gens sont d’abord contraints de se cacher. Mais l’aristocrate est déterminée. Pour échapper à son ennemi et – accessoirement – tenter de récupérer le trône d’Asthénocle auquel elle peut prétendre, elle est résolue à s’enfoncer au cœur de la jungle. Un territoire hostile, quasi inexploré, et peuplé de dragons sanguinaires.

Éditeur ‎Rageot Editeur; Illustrated édition (24 février 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎640 pages
ISBN-10 ‎2700275470
ISBN-13 ‎978-2700275476
Âge de lecture ‎12 années et plus

Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski, fresque royale

Toujours sera récompensé l’auteur qui patiemment tisse la tapisserie que constitue son oeuvre. En fantasy la précipitation est rarement récompensée. Une méticulosité que Jean-Philippe Jaworski a faite sienne pour notre plus grand plaisir.

Ce recueil de nouvelles complète à merveille le fantastique roman qu’est gagner la guerre. Il donne à voir une géographie précise du vieux royaume tout en consolidant les bases historiques de cette terre morcelée où les passions humaines ne cessent de causer leurs ravages. Un patchwork saisissant, cohérent et passionnant. Le tout servi par une plume riche, vive et surprenante

Les différents récits regroupés ici forment une toile, une fresque dantesques où les fils se croisent et s’entrecroisent pour mieux incarner cet univers si diversifié que l’auteur a créé. Évidemment certaines nouvelles vous parleront plus que d’autres. Si celle mettant en scène le téméraire Benvenuto est évidemment un plaisir de lecture immédiat c’est surtout le récit tout simple mais touchant mettant en scène Suzelle, une simple paysanne rêveuse, qui me reste un tête, allez savoir pourquoi.

Tantôt mystiques, tantôt légers et humoristiques ces dix récits donnent un aperçu de l’ampleur du talent de l’auteur. La politique impitoyable laisse place à l’onirisme merveilleux alors même que les personnages se débattent inlassablement contre leur destin imparable.

Un ouvrage en forme de fresque royale qui joue à merveille le rôle de point d’entrée dans un univers dense et fabuleux.

Résumé : Chaque nuit, Leodegar le Resplendissant se réveille en hurlant dans son palais. Quelle est donc l’angoisse qui étreint le conquérant dans son sommeil ? S’agit-il d’un drame intime, ou bien de l’écho multiple des émotions qui animent le peuple du vieux royaume ?

Désenchantement de Suzelle, la petite paysanne, devant la cruauté de la vie ? Panique de maître Calame, le copiste, face aux maléfices qui somnolent dans ses archives ? Scrupule d’Ædam, le chevalier, à manquer aux lois de l’honneur ? Hantise de Cecht, le housekarl, confronté aux fantômes de la forêt ? Appréhension de Benvenuto, le maître assassin, d’être un jour l’objet d’un contrat ? Ou peurs primales, peurs fondamentales, telles qu’on les chuchote au Confident, qui gît au plus noir des ténèbres…

À travers dix destins se dessine une géographie du vieux royaume, de ses intrigues, de ses cultes, de ses guerres. Et de ses mystères, dont les clefs se nichent, pour beaucoup, dans les méandres du cœur humain.

Éditeur ‎MOUTONS ELECTR (7 septembre 2017)
Langue ‎Français
Broché ‎412 pages
ISBN-10 ‎2361833956
ISBN-13 ‎978-2361833954

Capital du nord tome 1 Citadins de demain de Claire Duvivier, miroir, corset et bonne manière

Je ne vais pas revenir sur le thème du miroir qui sous-tend toute la saga de la tour de garde créé par le couple Duvivier-Chamanadjian, d’autres que moi l’on fait et de bien belle manière. C’est une évidence que les deux sagas se répondent, se reflètent l’une et l’autre au point de reproduire le même schéma narratif et les mêmes thèmes.

Ce second volume ne m’a pas autant ravi que le premier volume de Capitale du sud. Est-ce le fait que l’on se retrouve à nouveau devant un tome introductif ? Ou bien la narration au passé simple en forme de journal intime ? Le fait est que l’intrigue, à l’image de son héroïne à certains moments du récit, m’a paru corsetée. Comme si l’auteure s’était imposé une marche à suivre qui l’empêchait de prendre complètement son essor et de laisser respirer son texte qui souffre d’une lourdeur de style à mon sens.

C’est ce balisage narratif corseté et assez prévisible qui m’a légèrement ennuyé. Je ne parvenais pas à trouver le souffle du récit. Pourtant malgré tout, ce premier volume de Capitale du Nord reste plaisant à lire. Sa description d’une cité portuaire à la géographie rectiligne, d’une bourgeoisie qui se repose sur ses prérequis et des tensions qui secouent leur relations commerciales avec les colonies est convaincante et pose les bases d’une intrigue aux multiples rebondissements.

Mais tout ceci ne serait rien sans le personnage d’Amalia. C’est par sa vision de jeune fille instruite, à l’esprit critique qui va s’affûter au fil de sa découverte de la cité de Dehaven, que l’on découvre cette ville austère où la notion d’appartenance sociale est primordiale. Ce personnage va se dévoiler petit à petit et gagner en profondeur jusqu’à un merveilleux chapitre 10 qui a revalorisé toute ma lecture. Grâce à un habile jeu de flashback l’auteure nous embarque dans une exploration mystérieuse et nous offre en même temps un dialogue d’une rare finesse entre Amalia et sa mère.

Une lecture en demi-teinte donc pour ce second volume d’une saga qui doit cesser de mettre ses pions en place pour enfin se lancer dans la véritable partie qu’attendent les lecteurs.

Résumé : Amalia Van Esqwill est une jeune aristocrate de Dehaven, issue d’une puissante famille : son père possède une compagnie commerciale et sa mère tient un siège au Haut Conseil. Progressistes, ils lui ont offert, à elle et à d’autres enfants de la Citadelle, une instruction basée sur les sciences et les humanités. Jusqu’au jour où le fiancé d’Amalia se met en tête de reproduire un sortilège ancien dont il a appris l’existence dans un livre. Au moment précis où la tension accumulée dans les Faubourgs explose et où une guerre semble prête à éclater dans les colonies d’outre-mer, la magie refait son apparition dans la ville si rationnelle de Dehaven. 

Éditeur‎FORGES VULCAIN (1 octobre 2021) Langue‎Français ISBN-10‎237305101X ISBN-13‎978-2373051018

Les maîtres enlumineurs de Robert Jackson Bennett, un maître mot: efficacité

Comment persuader les lecteurs de se lancer dans une nouvelle saga ?

La réponse de Bennett tient en un concept simple: de l’action et des personnages convaincants.

Et il faut reconnaître que cette formule s’avère efficace. Les 250 premières pages ne sont qu’une gigantesque course-poursuite, où l’on fait connaissance des personnages principaux, entrecoupé de passages où l’auteur expose les bases de son univers de manière simple et en les remettant en perspective dans l’histoire ce qui évite l’aspect rébarbatif de telles explications. C’est très malin de dévoiler les bases de son univers ainsi car lorsque l’intrigue se recentre sur les complots on a déjà appris à faire connaissance avec les personnages et l’univers de Tevanne.

Les personnages sont un atout précieux du récit. La piquante Sancia occupe le devant de la scène. Intrépide, courageuse, endurcie par un passé traumatisant et qui ne se laisse pas démonter par l’adversité. Sa gouaille et le duo qu’elle forme avec un autre personnage plus inattendu font d’elle une grande réussite de ce premier volume. Le reste des personnages n’est pas pas reste, Gregor est pétri d’idéaux et a plus en commun avec Sancia que l’on pourrait le croire. Orso fait partie de ses personnages délicieusement odieux dont chaque réplique est une balle de sniper entre les deux yeux. La douce bérénice complète le tableau.

L’approche de Bennett dans la création de son univers m’a paru très américaine. D’un côté on a les très riches, parqués dans des quartiers au luxe ostentatoire, et de l’autre les pauvres, cantonnés à des quartiers insalubres à la misère insoutenable. L’idée même d’ascension sociale, de justice ou d’équité est inexistante. Tout repose sur le commerce et l’appât du gain. Un univers qui transpire la critique un peu trop sommaire et sans nuances du capitalisme mais qui a le mérite d’être accessible à tous les lecteurs.

Pour un lecteur assidu de récits de fantasy Les maitres enlumineurs ne propose rien d’original mais l’originalité n’est sans doute pas le but recherché par l’auteur. À la place il signe un récit redoutable d’efficacité, doté de personnages attachants et bourré d’action.

Résumé: Toute l’économie de l’opulente cité de Tevanne repose sur une puissante magie : l’enluminure. A l’aide de sceaux complexes, les maîtres enlumineurs donnent aux objets des pouvoirs insoupçonnés et contournent les lois de la physique.Sancia Grado est une jeune voleuse qui a le don de revivre le passé des objets et d’écouter chuchoter leurs enluminures. Engagée par une des grandes familles de la cité pour dérober une étrange clé dans un entrepôt sous très haute surveillance, elle ignore que cet artefact a le pouvoir de changer l’enluminure à jamais. Quiconque entrerait en sa possession pourrait mettre Tevanne à genoux. Poursuivie par un adversaire implacable, Sancia n’aura d’autre choix que de se trouver des alliés.

  • Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel (31 mars 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 640 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2226441514
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226441515
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 650 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14 x 3.5 x 20.5 cm

Capitale du sud tome 1 Le sang de la cité de Guillaume Chamanadjian, le chant du printemps

Un livre qui respire le printemps

Certains auteurs possèdent un don rare et précieux. Leur plume s’apparente à un chant et lorsque celui-ci entre en diapason avec vos yeux de lecteurs le ravissement est immédiat. Guillaume Chamanadjian compte parmi ces auteurs.

Un chant envoûtant, c’est l’effet que m’a fait la narration de ce premier volume d’une trilogie qu’il faudra suivre en parallèle avec une autre saga Capitale du nord de Claire Duvivier, le tout formera une double saga miroir ambitieuse aux promesses entêtantes. Ce premier volume pose les bases de l’univers créé par les deux auteurs, une porte d’entrée idéale pour découvrir les enjeux développés par les auteurs. Le sang de la cité nous propose de partir à la découverte de la ville de Gemina à travers les yeux de Nox, le commis d’épicerie protégé par le duc Servaint.

Difficile de décrire ce qui m’a happé dans le style de l’auteur, la clarté de sa narration ? La précision de ses dialogues ? Sa narration à la première personne immersive ? Le fait que très vite je me suis laissé emporter par cette histoire. Les points rythmés ma lecture telles des cymbales, les dialogues scandés des paroles rafraîchissantes, les pensées de Nox des refrains bienvenus que l’on se plaît à retrouver. La plume de l’auteur a été une heureuse rencontre que je n’attendais pas. Son récit est fluide, clair, en un peu plus de 300 pages il parvient à nous immerger dans le chant de sa cité aux allures méditerranéennes.

La seule chose que je peux souhaiter à tous ceux qui se lanceront dans cette lecture c’est que cette rencontre s’effectue pour eux aussi car soyons honnêtes on a affaire ici à un tome d’introduction et l’intrigue n’en est encore qu’à ses balbutiements. Un élément fantastique reste encore très brumeux une fois la dernière page refermée et si le récit ne manque pas d’action, il faut patienter le premier tiers de l’ouvrage, le temps pour l’auteur de mettre toutes ses pièces sur l’échiquier. Une fois que l’on a compris que l’on allait assister à une lutte de pouvoir intestine pour le domination de la ville par les yeux d’un jeune homme le récit ne fait que gagner en puissance.

Car l’ouvrage est aussi un récit initiatique, avec tout ce que cela comporte de défauts et de qualités. Nox est un personnage attachant, et c’est heureux car l’on va suivre tout le récit par son regard idéaliste et humaniste mais pas naïf, notre brave commis a bien conscience d’évoluer au sein d’un panier de crabes ou une poignée de main d’un jour n’épargne pas du coup de poignard du lendemain. Le récit flirte parfois avec le roman jeunesse par son ton, notamment par le biais de certaines familiaritées dans les dialogues qui écorchent les oreilles jusqu’ici bercé par une mélodie sans accros mais rien de grave. Nox souffre surtout d’être un personnage spectateur, que son jeune âge et son manque d’expérience rend impuissant face à certaines situations. Si cela reste cohérent avec le développement de l’intrigue il n’en reste pas moins frustrant de voir ce personnage au potentiel grandiose se contenter d’assister en témoin impuissant aux drames qui se jouent sous ses yeux.

Une plume enchanteresse qui a su me ravir au service d’un récit qui n’a pas encore dévoilé toutes ses facettes. Une lecture idéale pour un printemps ensoleillé, cet ouvrage chante, célèbre le printemps. On y parle de vin aux riches arômes, d’olivier millénaires, de verres bus en terrasse entre amis, de douceurs à la saucisse et au fromage de brebis. C’est peut-être aussi ça, cette ritournelle solaire pour un récit aux enjeux tortueux, qui a contribué à faire de ce premier volume de capitale du sud en enchantement de la première à la dernière page.

Résumé: Enfermée derrière deux murailles immenses, la Cité est une mégalopole surpeuplée, constituée de multiples duchés. Commis d’épicerie sur le port, Nox est lié depuis son enfance à la maison de la Caouane, la tortue de mer. Il partage son temps entre livraisons de vins prestigieux et sessions de poésie avec ses amis. Suite à un coup d’éclat, il hérite d’un livre de poésie qui raconte l’origine de la Cité.

Très vite, Nox se rend compte que le texte fait écho à sa propre histoire. Malgré lui, il se retrouve emporté dans des enjeux politiques qui le dépassent, et confronté à la part sombre de sa ville, une cité-miroir peuplée de monstres.

Guillaume Chamanadjian est né en 1980 dans le Sud. Le Sang de la Cité est son premier roman.

  • Éditeur : AUX FORGES DE VULCAIN (16 avril 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 393 pages
  • ISBN-10 : 2373051028
  • ISBN-13 978-2373051025
  • Poids de l’article : 408 g
  • Dimensions : 14 x 3.4 x 20.4 cm

Chronique d’un abandon: le livre des martyrs tome 1 les jardins de la lune, froides étreintes

Je t’ai d’abord remarqué en parcourant les différents blogs et groupes de lectures virtuels, tu semblais être la nouvelle coqueluche des amateurs de fantasy. Tu m’as tout de suite attiré, la promesse d’une saga dense aux scénarios complexe avec une myriade de personnages couplé à un univers sombre avait déjà suffi à attiser les braises du désir mais lorsque ton chaperon, les éditions Leha, ont entamé une opération commerciale en baissant ton prix d’achat à 10 euros, je n’ai pas pu me retenir et je me suis précipité sur toi.

Je t’ai ramené chez moi mais j’ai décidé de reporter à plus tard les étreintes de la découverte, occupé que j’étais avec d’autres lectures. On s’observait mutuellement, toi coincé dans les rayonnages de ma bibliothèque moi me pavanant avec d’autres lectures. Puis enfin le moment arriva où nous partîmes à la découverte l’un de l’autre.

Et ce fut une véritable douche froide. J’avais beau faire bruisser tes 600 pages de papiers fins, parcourir ton interminable liste de personnages, lire et relire les mêmes phrases pour tenter d’en dégager la saveur du style de ton créateur mais il n’y avait rien à faire, tout en toi me laisser froid. Notre étreinte tant désirée se révéler stérile de tout plaisir.

Seul certains dialogues parvenaient à susciter de l’intérêt même si la plupart se révélaient être purement factuels. Je n’y retrouverais pas cette ironie douce amère, ce jeu des faux-semblants que l’on peut savourer dans les dialogues d’autres sagas. Avec toi tout est constamment grave, dramatique alors certes c’est la guerre mais un peu de second degré et d’humour noir serait le bienvenu.

Tu es une lecture exigeante mais tu as confondu exigence et accessibilité. Ta volonté de nous plonger dans ton vaste univers sans nous en donner les clés est louable à condition de nous faire accompagné par un personnage qui serait un compagnon de découverte de ton monde rude et lugubre. Il y a pléthore de personnages certes mais aucun qui se détache du lot, tous ne font que prendre part au vaste jeu de pouvoirs qui semblent se mettre en place sans y apporter son grain de sel personnel. Tu donnes l’impression de suivre des pièces d’échec dépersonnalisé et sans aucune aspérité, c’est fort dommage.

Tu t’échines à rendre dramatique chaque situation, chaque dialogue mais cela crée l’effet inverse, lorsque tout est grave plus rien ne l’est au final. Et c’est lorsque j’ai compris ça que mes mains t’ont lâché, à mon grand regret. J’aurais aimé vibrer avec tes récits de combats homériques, sentir la décrépitude de ton univers poisseux et m’inquiéter de la prochaine malversation divine mais il n’y avait rien à faire, plus j’essayais de m’accrocher à ton récit plus celui-ci me fuyait et notre étreinte s’acheva avant même d’avoir commencé. Crois-moi j’en fus le premier malheureux.

Tu me vois dans le regret de te reposer définitivement, en ayant péniblement atteint la moitié de tes 600 pages. Je suis persuadé que toi et moi ne parlons pas le même langage ni la même manière de raconter une histoire. Ta narration inutilement alambiquée m’a refroidi d’emblée et ta manière d’amener les enjeux de ton histoire ne m’a guère convaincu. Je n’éprouve aucune rancœur envers toi, tu n’étais pas fait pour moi tout simplement et je te souhaite le meilleur dans tes futures rencontres de lecteurs et lectrices qui seront plus conquis que moi par ton style sans concessions. Je me console en me disant que des étreintes qui m’emporteront dans un tourbillon fantastique j’en connaîtrai sûrement d’autres mais subir une telle désillusion est toujours difficile.

Résumé: Dans un monde qui a vu naître et disparaître d’innombrables races et civilisations, l’empire malazéen étend implacablement sa domination, soumettant des continents entiers les uns après les autres, grâce à la discipline de ses armées et la supériorité de ses mages de guerre.
Mais la loyauté de ses soldats, abandonnés et trahis par leur impératrice, est mise à rude épreuve. Perdus, abandonnés et déchus, les fidèles de l’empire vont devoir tenter de survivre, entre sacrifices et dangers mortels.
Un complot bien plus vaste se joue en toile de fond. D’anciennes forces terrées dans l’ombre semblent se réveiller, prêtes à tout pour regagner leur splendeur passée. Regroupés sous la coupe du jeu des dragons, dieux et ascendants, sorciers et chamans, Eleints et changeurs de formes, tirent les ficelles d’un drame qui, transcendant les conflits des simples mortels, se joue à l’échelle du temps lui-même.
Avec un enjeu de taille : la suprématie totale

  • ASIN : B079VF7Q12
  • Éditeur : LEHA (18 mai 2018)
  • Langue : Français
  • Broché : 512 pages
  • ISBN-13 : 979-1097270193
  • Poids de l’article : 800 g