Mystique de Brian K. Vaughan, portrait d’une mutante en guerre

Bleu fatal

La maison des idées, c’est ainsi que Marvel s’est elle-même baptisé au cours des florissantes années 60 qui l’ont vu prendre le pas sur son éternel concurrent DC comics. Une formule volontairement provocatrice et qui a tendance à se retourner contre son créateur, Marvel est en effet accusé de souvent recycler sans vergogne ses propres concepts dans des projets où l’aspect mercantile surpasse parfois l’aspect créatif.

Reste que cette grande machine à gaz multimédia qu’est devenu l’éditeur sait parfois touché au but en laissant un auteur apposé sa patte créative sur un comics afin de publier une œuvre qui, sans être transcendante, se révèle être maîtrisé au niveau de l’écriture. C’est le cas ici avec ce recueil de la série Mystique proposé par Panini. Ce volume réunit les 13 premiers numéros de la série scénarisé par Brian K. Vaughan, un auteur de talent qui a signé deux comics indépendants qui font office de classique immediat Y: le dernier homme et Saga.

Cette série, centré sur un personnage secondaire de la franchise X-men, aurait-elle vu le jour sans la série de films qui a propulsé les X-men au rang de champions du box-office au début des années 2000 ? Seuls les grands décideurs de Marvel ont la réponse. Le fait est qu’avoir placé Vaughan à la création de cette série est l’une des meilleures idées qu’ont pu avoir les éditeurs du pôle X-men. Il n’y avait en effet que lui pour humaniser celle qui détenait alors le titre de meilleures menaces féminines de l’univers des X-men.

Headshot

Mystique est en effet un personnage marquant de la franchise X-men. Une terroriste mutante prête à tout pour garantir la survie de son espèce. Une femme complexe, loin d’être une simple machine à tuer, du moins lorsqu’elle est écrite avec subtilité. Une mère possessive mais aimante, un aspect que Vaughan n’a sans doute pas pu évoquer en toute liberté dans cette série qui lui est consacrée. Mystique est sans doute, avec Magnéto, l’un des antagonistes des X-men les plus approfondis tant aux niveaux psychologiques que graphiques.

Les pouvoirs métamorphes de cette terreur bleutée se prêtent tout à fait à des récits d’espionnage, un genre qui était à la mode au début des années 2000 avec le succès de la série Alias. Vaughan se prête au jeu gentiment et parvient à mettre en place une intrigue captivante même si le tout reste très calibré, sans réelle surprise au niveau du scénario et d’une légèreté bon enfant. Là où l’auteur fait des merveilles c’est dans la caractérisation d’une mutante qui se retrouve dos au mur. Vaughan va en effet s’amuser à confronter cette militante pro-active de la cause mutante à ses propres convictions et contradictions tout en dressant le portrait d’une femme plus fragile que l’on pourrait le croire. Mystique se retrouve à faire alliance avec des humains sympathisants de la cause mutante dans la première histoire tandis que la seconde intrigue la mettra face à une mutante qui agit comme son miroir déformé. Cette réflexion aurait pu être poussée encore plus loin mais le série se veut avant tout un divertissement agréable.

Des couleurs pastels pour le premier arc

La série permet également à l’auteur de s’amuser avec les pouvoirs d’une espionne aux mille visages. Nul ne maîtrise mieux l’art de la tromperie et du faux-semblant que celle qui se bat pour la cause mutante depuis des décennies et cette série sera l’occasion pour elle de le prouver. Ainsi Mystique séduit, embrouille, intimide et illusione ses adversaires tout en réservant une place de choix au combos flingues et coups de pied. Mention spéciale lorsqu’elle parvient à faire croire à son ennemie qu’elle est vaincue avant de retourner la situation à son avantage. Certaines digressions autour de son pouvoir m’ont laissé plus circonspect, il serait bon que les auteurs n’oublient pas les limites du pouvoir de la métamorphe. Mais ces écarts restent suffisamment rares pour ne pas être un défaut majeurs.

Michael Ryan au crayons, un style plus affirmé

La partie graphique est assuré par pas moins de trois dessinateurs. Le premier Jorge Lucas souffre d’une colorisation hasardeuse alors même que son style se dégrade au fil des six épisodes, le dernier qu’il réalise ne tient pas la comparaison avec les premières pages du premier épisode où le trait de crayon de Lucas se rapproche de celui de Michael Turner, un autre grand nom des comics. Une comparaison élogieuse que j’aurais voulu poursuivre tout au long de la lecture de ce premier arc sans que cela ne soit malheureusement possible. Michael Ryan prend en charge l’intrigue suivante armé d’un style plus mâture où l’on commence à voir des jeux d’ombres et de lumières avec plus de dynamisme durant les scènes d’action, sans doute la partie graphique la plus réussie à mon goût. Enfin Manuel Garcia signe les épisodes onze et douze avec là aussi une gestion réussie de l’ombre et de la lumière et un trait épais qui colle bien à l’ambiance plus urbaine de l’histoire.

Ce recueil est donc l’occasion de lire le portrait tout en finesse d’un personnage complexe qui s’humanise page après page sous la plume d’un auteur qui n’a pas son pareil pour rendre attachant les personnages qu’il écrit. Si ces épisodes ne révolutionnent en rien les récits d’espionnage ils ont le mérite d’être entraînants avec quelques dialogues bien sentis. Le tout soutenu par des dessins qui maintiennent une certaine homogénéité malgré le trio d’illustrateurs. Une bien belle idée de la part de Marvel d’avoir mis en avant ce personnage dans sa propre série.

Un duo original qui fonctionne très bien

Résumé: Ennemie des X-Men depuis toujours, Raven Darkholme, alias Mystique, utilise ses pouvoirs de métamorphe à des fins terroristes. Mais traquée par tous les gouvernements du monde, elle est sauvée par le Professeur Xavier qui lui propose de travailler pour lui comme agent secret. Elle est aidée par un minuscule mutant et Forge, une ancienne flamme, dans des missions de plus en plus dangereuses. Mais peut-on vraiment faire confiance à Mystique ? Par ailleurs, Mystique peut-elle faire confiance à Xavier ?

  • Éditeur : Panini (13 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Relié : 312 pages
  • ISBN-10 : 2809494355
  • ISBN-13 : 978-2809494358
  • Poids de l’article : 1.28 kg

La piste aux étoiles de Nicolas Lebel (14 novembre)

Résumé : Quand on propose à l’embaumeur de participer à un projet de plastination, il faut s’attendre à un refus.
Un défunt, ça se respecte, ça n’exhibe pas !
Le souci c’est que dans la vie on ne fait pas toujours ce que l’on veut, Mandoline va devoir rentrer dans le délire d’un mégalo morbide et tenter de comprendre un trafic de cadavres…

Achat du livre : https://amzn.to/2X2xvES

Chronique : On dit que le talent n’attend pas le nombre d’années, j’ai envie d’ajouter que le talent n’attend pas le nombre de pages.

La piste aux étoiles est en effet un roman très court, 200 pages à peine, mais là où d’autres auraient épaissi leur intrigue d’une centaine de pages supplémentaires, Nicolas Lebel lui se contente d’une intrigue courte mais rondement menée.

L’auteur a eu la bonne idée de nous faire vivre son récit avec les yeux de M. Mandoline. Celui-ci se lance dans l’aventure, armé de son savoir-faire de thanatopracteur, de deux-trois astuces issues de son passé dans la légion étrangère et surtout de son esprit irrévérencieux et de son humour noir.

Associer ce grinçant personnage à une intrigue sordide de trafic de cadavres avec en arrière-plan le désastre humanitaire des migrants et vous obtenez un délicieux roman d’espionnage, avec ce qu’il faut d’action et de romance pour nous rassasier, doté d’une fin cynique qui laisse un goût amer et guère rassurant quant à l’avenir de l’espèce humaine.

Note : 8/10

 

  • Broché : 232 pages
  • Editeur : French Pulp éditions (14 novembre 2019)
  • Collection : L’Embaumeur
  • Langue : Français
  • ISBN-13 : 979-1025106549