La ville dans le ciel de Chris Brookmyre, Vers le whisky et au-delà !!

Voilà un roman qui aura bien du mal à se faire une place dans les cases parfois rigides que, éditeurs comme lecteurs, dressent pour classer leurs ouvrages. On parle d’un polar qui prend place sur une station spatiale internationale. Une lecture originale et addictive.

L’aspect SF exige une concentration de la part du lecteur, tout du moins au début du roman, afin d’intégrer toutes les subtilités de cet univers. Heureusement très rapidement les codes du polar reprennent le dessus avec une enquête menée tambour battant, des mystères qui s’empilent, des courses-poursuites et des règlements de comptes sans pitié.

L’auteur a opté pour une science-fiction positive, à contre-courant de la production actuelle, la terre n’est pas au bord de la destruction, la construction de vaisseaux spatiaux est vécue comme un espoir coûteux mais indispensable pour l’humanité sans notion d’urgence climatique mais ne croyez pas pour autant que tout va bien sur la ville dans le ciel.

L’auteur s’est inspiré des nombreux microcosme qui ont fleuri à travers les âges et en a conclu un principe simple, plus les interdits sont sévères, plus les transgressions sont grandes. Les amateurs de polar urbain où règnent la corruption et les passions humaines débridées ne seront pas déçu du voyage. La ciudad de cielo est en effet un repaire de crapules en tous genres qui font régner alcool, drogue, perversion sexuelle diverses et variées, prostitution, combats clandestins. Un véritable nid de serpents.

Dans ce dédale de luxure et de corruption généralisée Alice tente d’y voir plus clair, guidé par ce lapin blanc peu fiable qu’est Nikki. L’auteur brosse le portrait de deux personnages pétris d’assurance qui vont voir leurs certitudes volées en éclats à mesure qu’elles vont s’approcher de la vérité. Le portrait de Nikki aurait pu être affiné, notamment la raison de son départ pour la station, mais l’écriture de ces deux personnages est solide et crédible.

Même si l’intrigue en elle-même se révèle prévisible avec une conclusion quelque peu confuse, ce thriller d’anticipation se révèle d’excellente facture.

Résumé : En orbite autour de la Terre, Ciudad de Cielo est la première marche permettant à l’humanité d’atteindre les étoiles. Décrite comme un lieu utopique où le crime n’existe pas, la station spatiale est néanmoins contrôlée par des gangs qui se livrent une guerre sans merci : prostitution, contrebande et racket sont omniprésents. Jusqu’ici, les autorités ont toujours fermé les yeux. Mais les choses vont changer : un cadavre vient d’être découvert, flottant en mille morceaux dans la microgravité de cette ville dans le ciel.L’enquête sur ce meurtre est confiée à Nikki « Fix » Freeman. Corrompue jusqu’à la moelle, c’est peu dire qu’elle n’est pas ravie d’être chaperonnée par Alice Blake, une jeune envoyée du gouvernement terrien fraîchement arrivée sur la station et particulièrement stricte dès qu’il s’agit du règlement.Alors que les morts s’accumulent, les masques vont finir par tomber, et les vraies raisons de ce déchaînement de violence se révéler au grand jour.

Éditeur ‎DENOEL (22 septembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎512 pages
ISBN-10 ‎2207144801
ISBN-13 ‎978-2207144800

Mégapoles tome 1 Genèse de la cité de N.K. Jemisin, Super big apple

Mon premier est une ville mythique, Babylone moderne aux lumières éblouissantes, mon second est un univers, celui de N.K. Jemisin, foisonnant et dense. Mon tout forme un récit ambitieux tant dans son récit que dans le portrait de ses personnages.

Cette nouvelle saga s’abreuve à la source de deux genres très populaires sur divers médias de nos jours, les comics de super-héros d’un côté, avec ces êtres dotés de super-pouvoirs et le fantastique hérité d’un auteur reconnu par les amateurs du genre. L’autrice s’empare de ces genres pour les inscrire dans un récit qui, sous des faux airs de blockbuster à l’intrigue simple, cache de nombreuses interrogations métaphysiques et sociales en plus d’être une déclaration d’amour à la ville qui ne dort jamais.

New York prend vie sous la plume de Jemisin. Personnage à part entière du récit, nous allons faire connaissance avec les coins les plus reculés de son histoire mais aussi avec ses habitants, ses quartiers, véritables villes dans la ville. Rarement on aura autant eu l’impression d’être en plein milieu de ses gigantesques avenues.

Les protagonistes portent le récit sur leurs épaules et apportent une complexité psychologique qui fait tout l’intérêt du récit. Emportés par une destinée qu’ils n’ont pas choisie, ils vont devoir faire face à leurs contradictions, leurs doutes tout en tentant d’empêcher la destruction de leur ville. Leurs errements intérieurs sont minutieusement décrits, on plonge dans leur psyché comme dans un bassin sans fond. 

Toutes une série de thèmes sont portés par la voix des personnages. Des thèmes modernes qui secouent notre société actuelle avec tout un tas de mots en phobe mais l’autrice introduit aussi une réflexion sur notre place de l’univers, les conséquences de l’expansion de l’humanité et ce qui fait l’identité d’une ville, d’un quartier.

Ce premier volume nécessite d’être apprivoisé tant il est parfois dense, pour un résultat qui résonne comme une ode à la grosse pomme en plus d’être un récit fantastique divertissant.

Résumé : En descendant du train à Penn Station, le jeune homme se rend compte qu’il a tout oublié : son nom, son passé, son visage… Une seule certitude : quoiqu’il n’ait jamais mis les pieds à Manhattan, il est ici chez lui. Rien d’anormal, donc, à ce qu’un vieux taxi jaune à damiers s’arrête devant lui au moment où il en a le plus besoin. Il doit impérativement se rendre sur FDR Drive ; il ignore pourquoi, mais cela a sans doute un rapport avec les tentacules qui sèment le trouble à chaque coin de rue. La ville, sa ville est en danger, et lui seul semble être en mesure de la défendre. Lui seul ? Non, ils sont cinq, un pour chaque arrondissement de New York…

Éditeur ‎J’ai lu (3 février 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎384 pages
ISBN-10 ‎2290232513
ISBN-13 ‎978-2290232514

Récursion de Blake Crouch, le temps d’un bonheur

Pouvoir revenir en arrière, prendre un chemin différent de celui qui nous a menés à l’impasse, faire d’autres choix que ceux qui se sont révélés insatisfaisants, on en a tous rêvé. Récursion nous montre où tout cela pourrait nous mener.

Les lecteurs fatigués de voir toujours les mêmes thèmes revenir dans la fiction devraient tout de même se pencher sur ce thriller d’anticipation original, qui offre une belle morale en plus d’une intrigue haletante, pleine de rebondissements, qui rappelle par certains aspects, les meilleures œuvres de SF, telle minority report.

Car au-delà d’être un excellent thriller, l’ouvrage nous narre une romance touchante entre deux personnages meurtris. L’un, Barry, a le regard tourné vers son passé brisé tandis que l’autre, la scientifique Helena, peine à apercevoir un rayon de soleil dans son avenir alourdi par le spectre de la maladie. Le destin les réunira dans une bulle de passion qui durera ce qu’elle durera. Trop peu en regard de l’amour que se vouent ces deux êtres fracassés par la vie.

Bien sûr, l’auteur évoque la résilience, la nécessité de surmonter son deuil, notre impuissance devant la cruauté de la vie, il questionne également nos regrets et nos remords mais le récit est aussi une invitation à profiter de chaque moment bienheureux que nous offre la vie, à en tirer le maximum dans le court temps qui nous est imparti. À profiter de l’autre et de ce qu’il nous apporte avant qu’il ne s’évapore.

Car le temps file trop vite pour que l’on s’arrête sur ce que l’on a perdu et la chance d’être heureux, ne serait-ce que pour un moment, risque de nous filer entre les doigts sans même que l’on ne s’en rende compte. Parmi tous les messages délivrés par ce récit passionnant, c’est peut-être le plus important

Résumé : La réalité n’est qu’un souvenir. Barry Sutton, flic désabusé de la police new-yorkaise, enquête sur une vague de suicides engendrée par le Syndrome des Faux Souvenirs, une maladie neurologique inexpliquée dont les victimes se remémorent une vie qu’ils n’ont jamais vécue. Parallèlement, Helena Smith, une neurologue travaillant sur la mémoire, est recrutée par le richissime Marcus Slade pour développer un dispositif permettant d’enregistrer les souvenirs, officiellement pour lutter contre la maladie d’Alzheimer. Mais Slade comprend bientôt que cette invention peut faire bien plus que cela, et ses ambitions font peser sur la réalité elle-même un danger inouï.Seuls Helena et Barry, en joignant leurs forces, ont une chance de l’arrêter…

Éditeur ‎J’AI LU (6 octobre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎320 pages
ISBN-10 ‎2290233153
ISBN-13 ‎978-2290233153

Tepuy de François Baranger, le monde perdu

Un environnement mystérieux, une expédition de la dernière chance et un secret enfoui depuis des millénaires, tel sont les ingrédients de ce thriller fantastique qui rend hommage au récit d’aventures d’antan tout en incorporant des éléments de narration moderne.

Pour peu que vous aimiez les reportages qui partent à la découverte de parties du monde méconnues et source de fantasme alors la première partie du récit vous semblera convaincante. Forêt épaisse, bruits étranges et danger permanent plonge le lecteur dans un récit haletant.

Il ne faut pas s’attendre à être bluffé par le style ou la caractérisation des personnages, le but n’est pas là. Des personnages dont l’écriture est aussi peu subtile que les références appuyées auxquels l’auteur se réfère mais peu importe le souffle épique de l’aventure se fait ressentir. 

Une première partie entraînante qui se retrouve malheureusement entachée par la seconde partie, au rythme tout autant endiablée, mais dépourvue de l’aura de mystère qui faisait la force du récit.

L’auteur s’empare de thèmes modernes tel que le capitalisme fou, le culte du corps et la crainte des micro-organismes, délaissant le côté exploration pour aborder le genre du thriller fantastique mais avec un aspect forcé qui fait ressortir les défauts de l’ouvrage déjà perceptible dans les pages précédentes. Ainsi facilitée scénaristique et caractérisation grossière des personnages apparaissent au grand jour dans cette dernière partie jusqu’à une conclusion en demi-teinte qui ne s’éloigne pas des codes du genre.

Oscillant entre le roman d’aventures, dont il se revendique clairement et le thriller fantastique, Tepuy propose un récit convaincant aux thèmes modernes mais qui a du mal à convaincre passé une phase d’exploration plaisante.

Résumé : Au cœur de la jungle vénézuélienne, une jeune femme, Ruz, se réveille encore attachée à un parachute. Seule, blessée et amnésique, elle est obligée de faire confiance à la voix grésillante de Chris échappée d’un talkie-walkie, son fil d’Ariane pour comprendre qui elle est venue chercher dans ces terres hostiles. Ne pouvant compter que sur ses propres ressources et ses réflexes de survie, Ruz va découvrir les secrets oubliés que recèlent les tepuys, et être confrontée au cynisme criminel de grandes industries prêtes à tout pour s’approprier de fantastiques découvertes.

Éditeur ‎Pocket (7 octobre 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎544 pages
ISBN-10 ‎2266318179
ISBN-13 ‎978-2266318174

Les Employés – 16 septembre 2021 de Olga RAVN

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À des millions de kilomètres de la Terre, humains et ressemblants travaillent pour une puissante compagnie totalitaire à bord du six millième vaisseau : ce sont les employés. Suite à l’observation prolongée d’artefacts extraterrestres récoltés sur une planète habitable – La Nouvelle Découverte –, d’étranges incidents surviennent, et une commission d’enquête est dépêchée. Durant dix-huit mois, celle-ci va compiler les témoignages de l’équipage, humains comme ressemblants, pour comprendre la nature du mal qui semble ronger l’expédition…

Chronique : L’histoire est celle d’un ou de plusieurs vaisseaux spatiaux (les Six Mille Vaisseaux) en longue mission depuis la Terre, avec un équipage mixte d’humains et d’humanoïdes, qui ont visité une planète (New Discovery) et ont pris à bord un certain nombre d’étranges objets ressemblant à des sculptures vivantes qui semblent perturber les humains (dont le sentiment de perte et de deuil de la Terre semble s’accroître) et les humanoïdes (qui ressentent le désir de quelque chose qu’ils n’ont jamais eu).

L’histoire est présentée sur 130 petites pages – avec beaucoup d’espace blanc – sous la forme d’une série de déclarations de témoins faites à une commission sur le lieu de travail, alors que les choses commencent à se dénouer avec une tension croissante entre les humains, les humanoïdes et leur employeur – jusqu’à une conclusion peut-être assez inévitable.

Mais la force du livre réside moins dans son arc narratif (qui, pour être honnête, est plutôt prévisible – Sci Fi 101) que dans ses idées sensorielles récurrentes et dans ses implications allégoriques.

Diverses idées sensorielles reviennent – beaucoup d’entre elles sont fortement liées aux sens inférieurs (l’auteur inversant délibérément la priorité standard de la vue et de l’ouïe) et même à ces sens d’une manière qui va au-delà de l’idée conventionnelle du sens :

  • L’odorat (les objets ont une sorte d’impact proustien sur ceux qui interagissent avec eux, mais un impact qui semble varier selon le destinataire).
  • le goût (et bien plus encore dans le sens où un jeune bébé utilise d’abord sa bouche comme un sens primaire et un moyen d’explorer les objets – l’idée de mettre des choses dans sa bouche revient dans le livre)
  • Sentir (et encore une fois d’une manière plus large – dans ce cas, dans le sens de réactions négatives et phobiques à fleur de peau).

Et en termes d’implications allégoriques :

  • Le livre parle beaucoup de la maternité et, par extension, du refus de la maternité et de l’infertilité, y compris des images récurrentes d’œufs et d’utérus ;
  • Le livre remet explicitement en question l’idée du travail en tant qu’identité et de l’épanouissement par le travail ;
  • Le livre examine l’appartenance, la perte, la nostalgie et la parenté.
  • En examinant ce que signifie l’absence de ce qui nous est familier et ce qui se passe lorsque l’identité professionnelle est remise en question, le livre préfigure par inadvertance certaines expériences d’enfermement et de permission.
  • Les réactions des témoins (en particulier dans les premiers témoignages) aux objets de la Nouvelle Découverte – qui sont suspendus comme dans une galerie d’exposition – m’ont beaucoup rappelé la façon dont les gens réagissent à l’art conceptuel et aux installations. Ce n’est pas un hasard si le livre a été explicitement écrit pour accompagner une exposition d’art moderne (en fait, il s’agit plutôt d’un dialogue et d’une inspiration mutuelle)

Et la façon dont les objets amènent les gens à s’interroger sur leur utilité, les humanoïdes à rechercher un sentiment de connexion, les humains à faire le deuil des liens qu’ils ont perdus et à chercher à redécouvrir leurs propres sentiments, représente, dans un sens méta, la chose même que l’auteur tente de faire avec cette fascinante nouvelle.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Pocket (16 septembre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Poche ‏ : ‎ 176 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2266297783 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2266297783

Le messie de Dune – 26 août 2021 de Frank HERBERT

Paul Atréides a triomphé de ses ennemis. En douze ans de guerre sainte, ses Fremen ont conquis l’univers. Il est devenu l’empereur Muad’ Dib. Presque un dieu, puisqu’il voit l’avenir. Ses ennemis, il les connaît. Il sait quand et comment ils frapperont. Ils vont essayer de lui reprendre l’épice qui donne la prescience et peut-être de percer le secret de son pouvoir. Il peut déjouer leurs plans, mais voit plus loin encore. Il sait que tous les futurs possibles mènent au désastre et est hanté par la vision de sa propre mort. Peut-être n’y a-t-il pas d’autre liberté pour le prescient que celle du sacrifice…

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Chronique : Ce second tome, pour être plus riche en mysticisme et en psychologie que son aîné, n’est pas moins dense en action. Un action certes plus latente et au rythme feutré mais qui permet à l’auteur d’instaurer cette incroyable tension psychique sans égale et qui caractérise si bien cette immense fresque de science-fiction. Excusez ce quasi-blasphème mais c’est un peu comme lorsqu’on lit un livre saint, l’esprit laisse passer un certain nombre d’éléments qui pourtant frappent notre esprit et forment au final un tout cohérent et grandiose.
Une lecture moins aisée que pour le premier tome mais où la fascination qu’exerce Herbert joue pleinement son rôle. Avec « Le Messie de Dune », la saga gagne en profondeur et en complexité et renforce la dimension politico-religieuse avec, à la clé, stratégie, considérations économiques et politiques, pensée sociétale très forte, remise en cause du manichéisme et psychologie approfondie de l’ensemble des personnages principaux.
L’axe de réflexion (car oui, il s’agit bien de réflexion en parallèle de l’action) demeure le culte de la personnalité du gouvernant, de l’Empereur Muad’Dib. Culte qui atteint la divinité, plongeant Paul Atréides dans une solitude insondable qui le rend impuissant alors même qu’il est au faîte de sa puissante. Solitude bien compréhensible mais inextricable du dieu qui ne peut croire en lui-même ou en un autre dieu quand tous les autres êtres croient en lui.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Pocket (26 août 2021) Langue ‏ : ‎ Français Poche ‏ : ‎ 384 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2266320491 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2266320498

Dune – Tome 1 – 26 Aout 2021 de Frank HERBERT

Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout, des sables à perte de vue. Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert, et que tout l’univers convoite.
Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l’Histoire.

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Chronique : »Je ne connaitrai pas la peur, car la peu tue l’esprit » ; il me faut bien faire appel à ces mots du jeune Atréide pour oser braver le mystère de Dune, et tenter de proposer une critique à une telle épopée, roman classé « space-opera » mais ô combien méritant plus qu’un classement d’entomologiste.

Le lecteur de ce 1er volume des 6 que compte le cycle de Dune va se trouver immédiatement immergé dans un monde futuriste, mais aux réminiscences féodales, où des maisons s’affrontent au sein d’un monde politique et économique multipolaire, s’appuyant sur des ordres aux pouvoirs mutants intriguant pour le pouvoir. Dans cet Empire à l’équilibre subtil, un seul centre stable semble exister, et il est économique : il s’agit d’Arrakis, la planète de l’épice, sur laquelle repose toute civilisation.

Même si le lecteur s’y perd un peu au début, cet univers complexe est probablement l’une des grandes forces du Cycle de Dune. Même si Franck Herbert développe dans sa trilogie Dune 1, Dune 2 et le Messie de Dune son intrigue, pleine de suspense, avec un réel don de conteur, les aventures de Paul Atréides, elle n’aurait pas le même sel sans le contexte de la planète de sables et de l’Empire.

Ces 2 1ers volumes en particulier sont un récit initiatique s’il en est : quittant sa planète d’origine, Paul découvre avec le lecteur un monde extérieur menaçant, mais qui n’a rien à envier aux arcanes complexes d’un cerveau humain initié au bene gesserit, d’autant plus quand on puise ses origines au sein des maisons Harkonnen et Atréides.

Franck Herbert plante à merveille les décors aussi bien que les personnages, et les pics de dénouement sont d’un puissance telle qu’à part David Lynch -et encore avec un succès mitigé-, bien peu de metteurs en scène se sont frottés à la difficile adaptation de ces romans. Dans un style très différent, seuls à mon sens Tolkien et Martin ont développé un tel foisonnement créatif.

Franck Herbert dépasse par ailleurs largement cette étiquette de conteur émérite. Ecologiste convaincu, il développe dans le Cycle de Dune de véritables thèses philosophiques, amenant ses lecteurs à réfléchir sur le fonctionnement systémique des écosystèmes vivants, mais aussi sociaux, sur les rapports entre pouvoir et religion, sur l’intelligence artificielle et le pouvoir et les faiblesses de l’inconscient. Construisant son cycle sur des générations, le rythme de l’intrigue est soutenu : quel chemin parcouru par Paul Atréides, en 3 volumes, quelle mutation, surtout intérieure ! Et qu’il est difficile d’en parler un peu ici sans spoiler le futur lecteur !

Mélange épicé donc que ce 1er roman du Cycle de Dune, roman d’ouverture aussi, qui devrait immédiatement mettre l’eau à la bouche des nouveaux explorateurs de cette saga. Mélange dépaysant, futuriste, mais aussi puisant aux racines de civilisations terrestres reconnaissables : judéo-chrétienne, musulmane, germanique, grecque antique, et surtout notre monde capitaliste contemporain au bord de l’implosion… quelle force visionnaire dans ce roman de 1965. Les barbares fremen seraient-ils à nos portes ?

Quoiqu’il en soit, une lecture forcément marquante, notamment pour un jeune cerveau adolescent ou jeune adulte, en quête de sens. Comme pour nombre de lecteurs, je ne suis sans doute pas totalement conscient de l’influence que ce roman a pu avoir sur ma vision de la vie, et mes lectures ultérieures. Des moments de lecture uniques, pas toujours faciles, mais qui restent ancrés dans les mémoires.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Pocket (26 août 2021) Langue ‏ : ‎ Français Poche ‏ : ‎ 928 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2266320483 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2266320481

TIME SALVAGER – 9 septembre 2021 de Wesley CHU

La Terre n’est plus qu’un champ de ruines dépeuplé et toxique. Ses habitants l’ont quittée depuis longtemps pour s’établir dans le système solaire. Leur survie repose sur les ressources que les Chronmen, des voyageurs du temps, vont régulièrement chercher dans le passé.

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Chronique : Time Salvager nous emmène dans un futur où la Terre est devenue un terrain vague toxique. Ceux qui pouvaient se permettre de quitter la planète sont partis depuis longtemps vers le système solaire externe, mais cette dispersion a également créé un besoin accru de ressources pour soutenir la population – des ressources que la Terre n’est plus en mesure de fournir.

C’est là qu’intervient ChronoCom et son corps d’élite d’agents voyageant dans le temps, judicieusement appelés « Chronmen ». Si le présent ne peut fournir les ressources dont l’humanité a besoin, alors ils doivent piller le passé. Cependant, il est toujours risqué de manipuler le flux chronologique. Les Chronmen s’efforcent donc de limiter autant que possible leurs interventions dans le passé afin que la ligne temporelle puisse se rétablir avant que les effets ne se fassent sentir dans le présent. Cela signifie que de nombreuses règles sont mises en place, et que les punitions les plus sévères sont infligées à ceux qui les enfreignent.

Malheureusement pour le chronographe James Griffin-Mars, lors de sa dernière mission au XXIe siècle pour assurer sa retraite, il connaît un moment de folie et enfreint la règle la plus importante et la plus impardonnable de toutes. Instable et déjà sur le point de craquer, James décide spontanément de sauver une jeune femme nommée Elise de sa mort fatale et de la ramener à son époque. Considérée comme une anomalie temporelle qu’il faut maintenant éliminer, Elise est obligée de s’enfuir avec James alors que toute la puissance de ChronoCom s’abat sur les deux fugitifs.

Tout d’abord, les histoires de voyage dans le temps sont toujours délicates à réaliser et, il faut bien l’avouer, je n’en connais pas beaucoup où une certaine volonté de fermer les yeux sur les paradoxes et les contradictions temporelles est au moins requise. Time Salvager n’est pas différent, même si, à la décharge de Chu, le système de voyage dans le temps qu’il propose est convaincant et bien développé. Même s’il ne résiste pas à un examen approfondi, le processus qui sous-tend la technologie se prête parfaitement à l’histoire, ce qui ravira les lecteurs qui recherchent l’action et le divertissement. En d’autres termes, oui, vous devrez probablement faire face à des situations difficiles, mais en même temps, j’ai du mal à penser à un autre cas où cela a été plus amusant.

Ceux qui ont lu la série Tao de l’auteur pourront également remarquer que l’histoire de Time Salvager est plus sombre et plus désespérée. Cela est dû en grande partie au protagoniste, James, dont les longues années passées à travailler pour ChronoCom et à sauver des lignes temporelles sans avenir l’ont exposé à trop de mort et de destruction. Les effets physiologiques dangereux d’un trop grand nombre de sauts temporels s’ajoutent à son état d’esprit blasé. Le personnage de James Griffin-Mars n’est pas du tout un chant du soleil et des arcs-en-ciel. La seule raison pour laquelle j’aime un peu plus les livres Tao de Wesley Chu est peut-être le cocktail émotionnel de désespoir et de rage refoulée qui constitue la personnalité de James. Cela correspond à ce qu’il est et permet un développement intéressant plus tard dans le roman, mais cela donne au Time Salvager une certaine gravité et en fait une lecture plus lourde.

Chu m’a cependant impressionné par sa caractérisation de Levin Javier-Oberon, l’auditeur de ChronoCom chargé de capturer James et Elise. Avec sa vision complexe du monde et de la façon dont il pense que les choses devraient être, Levin est devenu mon personnage préféré dès qu’il a été introduit en tant que personnage de point de vue. Je ne peux même pas me résoudre à le désigner comme l’antagoniste ; cela ne me semble pas juste, simplement parce que Levin est rigidement lié à un ensemble de normes morales qui se trouvent être l’antithèse de celles de James. J’espère que nous verrons plus de Levin dans le prochain livre, car je ne suis pas prêt à ce que son histoire se termine, surtout vu la façon dont le livre s’est terminé.

Il va sans dire que j’attends avec impatience la suite. Time Salvager est le prochain grand pas dans la carrière d’écrivain de Wesley Chu, qui continue de progresser de manière prometteuse. Ce livre fait un travail fantastique en préparant une série de thrillers de science-fiction au rythme effréné qui déborde de potentiel, et on ne peut vraiment pas en demander plus.

Note : 9,5/10

  • Éditeur ‏ : ‎ Fleuve éditions (9 septembre 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 528 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2265154857
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2265154858

Star Wars : Escadron Alphabet tome 2: Où l’ombre s’abat (02) Poche – 12 août 2021 de Alexander FREED

Dans ce deuxième opus de la trilogie, l’Escadron Alphabet poursuit sa traque des chasseurs TIE de l’Escadre de l’Ombre.

L’escadron hétéroclite d’Yrica Quell ne désespère pas de mettre un terme aux exactions de l’Escadre de l’Ombre, mais tous leurs efforts semblent vains et une forme de tension commence à monter entre eux. Déterminée à achever le combat une fois pour toutes, Quell s’allie à Caern Adan, agent controversé du Renseignement de la Nouvelle République, et à la légendaire Générale Hera Syndulla, afin de préparer la mission la plus risquée de sa carrière : piéger l’Escadre de l’Ombre et mettre définitivement fin à la traque.

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Chronique :Star Wars : Escadron Alphabet a été écrit par l’auteur de best-sellers du New York Times, Alexander Freed. Shadow Fall est le deuxième tome de la série.

PERSONNAGES : Les personnages de l’Escadron Alphabet se retrouvent dans ce roman. Dans ma critique du premier livre, j’ai parlé brièvement de Yrica Quell et de Wyl Lark. Maintenant, je vais parler de Chass na Chadic et de Soran Keize.

Chass na Chadic : Elle a été inspirée par Jyn Erso, un vrai héros, pas un mythe ou une légende. Chass est agressive et parfois un peu lunatique. Elle semble perdue, comme si elle ne savait pas qui elle est vraiment, qui elle doit être ou devenir. Elle est provocante et ne s’entend pas très bien avec les autres. Elle fait abstraction des autres en mettant de la musique dans son cockpit. Son enfance a été difficile, mais les choses qu’elle a apprises à cette époque de sa vie l’aident à surmonter un événement difficile et quelque peu étrange dans la bataille actuelle.

Soran Keize : Le Major Soran Keize méprise l’Empire après l’opération Cinder. Ses yeux ont été ouverts sur la noirceur de l’Empereur. L’Empire n’était pas un gouvernement juste dont les intérêts étaient de protéger et de servir le peuple de la galaxie. Il ne s’agissait que de pouvoir. Son amour de l’Empire s’est éteint, sa loyauté envers Shadow Wing demeure et sa soif de vengeance contre l’Escadron Alphabet est féroce.

PENSÉES GÉNÉRALES : Alexander Freed prouve une fois de plus qu’il est un auteur de premier plan. La formation de la Nouvelle République n’est pas du tout facile ! J’aime que nous puissions voir à quel point les restes impériaux sont encore féroces et puissants, bien sûr qu’ils le sont, ce récit se déroule avant la bataille de Jakku. L’Empire était massif, la bataille ne s’est pas terminée avec Endor, comme certaines troupes militaires ont pu le penser. Vous pouvez sentir le désespoir des soldats et des pilotes. La guerre n’est pas finie mais le désir de voir les combats s’arrêter est grand. La tension est extrêmement élevée dans cette histoire. Les émotions que traversent les personnages se dégagent des pages ! De nombreux moments font monter votre anxiété et vous gardent collé au livre.

Vous brûlerez ces pages si vite que vous risquez d’allumer un feu !

Il s’agit d’une étude de caractère merveilleuse et plus profonde pour quelques-uns des personnages. Dans le roman précédent, ils avaient un côté plus mystérieux, leurs antécédents n’étaient pas explorés. Dans ce roman, nous explorons le passé d’un certain personnage qui contribue à faire avancer l’intrigue. L’histoire progresse en passant du point de vue d’un personnage à celui d’un autre. C’est assez simple à suivre pour une histoire de guerre qui a tant de rebondissements. Freed est l’un de ces auteurs qui comprend le développement des personnages et la façon de rendre chaque personnage unique. Les dialogues sont géniaux ! La tension, la culpabilité, la surprise, la colère, etc. étaient si bien écrites.

La guerre dans ce qu’elle a de pire, la diversité dans ce qu’elle a de meilleur. Il y a un personnage auquel tout le monde peut s’identifier !

J’ai été agréablement surpris par certains résultats de l’histoire. Ma peau s’est hérissée de frissons à plusieurs reprises. Il est rare que je réagisse de manière audible à des événements qui se produisent dans un livre. J’ai beaucoup apprécié ce roman. Je ne me souviens pas avoir terminé un livre en ayant des frissons et la mâchoire tombante de surprise.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Pocket (12 août 2021) Langue ‏ : ‎ Français Poche ‏ : ‎ 576 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2266316052 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2266316057

L’île interdite de James Rollins, Gare aux piqûres

On ne va pas y aller par quatre chemins pour parler de cette lecture, c’était fun, c’était divertissant, c’était tout à fait le genre de lecture de  décompression dont on a besoin lorsque l’on s’apprête à partir en vacances.

N’attendez rien du style ni de la psychologie des personnages. On lit un James Rollins avant tout pour l’action et ses intrigues pseudo scientifiques improbables mais captivantes. On en profite au passage pour glaner quelques éléments de culture générale. Dans ce volume des aventures de la force Sigma l’auteur évoque la route de l’ambre, les mines de sel de Wieliczka, un endroit qu’il m’a donné envie de visiter mais aussi les mystères entourant James Smithson et le Smithsonian.

La formule Rollins consiste à appliquer à la lettre la formule du Blockbuster hollywoodien. L’action frénétique y est juste entrecoupée de passages explicatifs, les méchants sont très méchants, voire même stupide par moments, comme le vénérable Takashi qui fait preuve de beaucoup de légèreté dans la communication de son plan diabolique, comme quoi la sagesse ne vient pas forcément avec l’âge. Les gentils sont altruistes, volontaire mais il ne faut pas trop les chercher non plus et l’intrigue est une profusion d’incohérences qui finissent par être gênantes, surtout vers le dénouement mais encore une fois la vraisemblance n’est pas ce que l’on recherche avec ce genre de lecture.

Si l’on est capable d’accepter ces défauts inhérents à ce genre de roman d’aventures on passe plutôt un bon moment. Il manque peut-être juste une pointe d’humour qui permettrait à l’intrigue de prendre un peu de recul sur cette crise mais le comic relief c’est tout un art que ne maîtrisent pas forcément les blockbuster.

Résumé: Au large des côtes du Brésil, une équipe de scientifiques découvre une île où toute vie a été éradiquée par une espèce inconnue et extrêmement dangereuse. Avant d’avoir pu rapporter leur découverte, ils sont tous éliminés par une force mystérieuse. Seul un expert des créatures venimeuses en réchappe. Mais face à une espèce qui s’adapte à son environnement au risque de devenir de plus en plus incontrôlable, le commandant Gray Pierce et son équipe vont devoir affronter leurs plus grandes peurs pour éviter que le monde que nous connaissons soit entièrement détruit.

  • Éditeur ‏ : ‎ Fleuve éditions (8 avril 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 480 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2265143952
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2265143951
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 560 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 15.6 x 3.1 x 22.6 cm