Noir d’Espagne de Philippe Huet, Enserrés dans les griffes de l’histoire

Enserrés dans les griffes de l’histoire

Doté d’un style vif et délicieusement rétro, et d’une retranscription convaincante d’une époque trouble cet ouvrage est une fort bonne lecture mais pas pour les raisons auxquelles je m’attendais.

L’auteur dynamite son récit à l’aide d’une plume canaille, parsemé de termes argotiques désuet mais extrêmement revigorant, dotée de fulgurances humoristique bienvenue. Ce style est une vitrine idéale pour partir à la découverte d’une époque complexe que l’auteur fait apparaître ici dans toute sa fougue hargneuse et sa passion sanguinaire.

Dommage que cela ne soit pas au service d’une intrigue plus ambitieuse. Peut-être est-ce le fait que l’ouvrage s’inscrit dans une saga qui prouvera toute sa dimension une fois achevée mais en l’état j’ai trouvé le récit un peu plat, l’intrigue met du temps à démarrer et ne décolle jamais vraiment. J’ai cru assister à une chronique de la guerre civile espagnole alors qu’il ne s’agit en réalité que de l’une de ses pages sanglantes et misérables.

Là où je m’attendais à vibrer pour deux personnages ballotter dans les affres de la guerre civile espagnole je me suis retrouvé à prendre plus de plaisir à suivre les chapitres consacrés à Hortense, la fiancée de l’un des personnages principaux, plutôt que le personnage en question, qui m’a paru fade, atrabilaire et dépourvu de l’énergie galvanisatrice qui parcourt le récit. Espérons que l’on retrouvera Hortense et sa famille dans la suite de la saga et dans un rôle plus conséquent.

Un récit qui ravira par sa gouaille réjouissante, ses dialogues truculents et sa peinture d’une époque impitoyable plus que pour ces deux personnages principaux un peu en décalage avec le reste du récit.

Résumé :

Le Havre constitue la principale escale des navires qui ravitaillent en armes la République espagnole. Parmi les dockers locaux, Marcel Bailleul, qui ne dort plus depuis l’assassinat de son père Victor. Après avoir finalement découvert que le meurtrier a passé la frontière et rejoint les rangs de l’armée franquiste, Marcel cherche à s’enrôler dans les brigades internationales. Pour retrouver cet homme et venger son père. Par ailleurs, le journaliste Louis-Albert Fournier, envoyé spécial du Populaire en Espagne, se voit le destin d’un Hemingway. Mais pour l’un comme pour l’autre, quand les bombes pleuvent et que le sang coule, assouvir une vengeance ou des rêves de gloire semble bien dérisoire…

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (2 juin 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎352 pages
ISBN-10 ‎2743653043
ISBN-13 ‎978-2743653040

L’homme aux murmures d’Alex North, qui a peur du grand méchant loup ?

Je trouve de moins en moins satisfaction dans la lecture de ces thrillers grand public formatés pour plaire aux plus grands nombres, qui jouent sur les codes du fantastique et du polar sans rien proposer de nouveau. La lecture de l’homme aux murmures me conforte dans cet avis.

Le style déjà, j’en n’en attendais rien de particulier mais là j’ai eu l’impression que la plume sortait tout juste d’un atelier d’écriture. C’est propre, c’est net mais c’est aussi lisse et impersonnel qu’une chanson de Calogero. C’est très efficace par contre, l’immersion est aisée mais on m’aurait dit que c’était un robot qui l’aurait écrit je n’en aurais pas été surpris.

L’histoire est sympathique sans plus. Pendant ma lecture, je n’arrêtais pas de me dire que j’étais devant un téléfilm policier formaté. Ce n’est pas mauvais mais c’est complètement oubliable. La partie enquête semble prometteuse mais retombe comme un soufflé passé le milieu du récit. Quant à la partie suspens mâtinée de fantastique qui met en scène Tom et son fils, elle est dispensable et joue sur le thème soft-fantastic qui devient un effet de mode assez horripilant, sans que cela amène quoi que ce soit à l’intrigue.

Quant à la fin, elle est ratée. Autant je veux bien reconnaître une certaine efficacité au reste du récit autant la fin est brouillonne, expédiée et inutilement nébuleuse.

Pour mon bien-être, et celui des gens qui me suivent et aiment peut-être ce genre de récit, je pense qu’il va vraiment falloir que je cesse ce genre de lecture mais pour ma défense ce n’est pas toujours facile de repéré quel thriller ont été doté d’une âme par leur auteur et quels autres sortent d’une chaîne de fabrication uniforme.

Résumé : Un écrivain veuf, Tom, et son fils de 8 ans, Jake, emménagent dans une nouvelle ville. Featherbank. Si charmante et calme en apparence. Où vingt ans plus tôt, un serial killer a été arrêté après avoir tué plusieurs enfants. On l’appelait l’Homme aux murmures. Des murmures que Jake a entendus. A la porte de sa maison. Et si tout recommençait ?

Éditeur ‎Le Seuil (5 mars 2020)
Langue ‎Français
Broché ‎400 pages
ISBN-10 ‎2021417077
ISBN-13 ‎978-2021417074

L’enfant du silence d’Abigail Padgett, la fureur d’une guerrière

C’est parfois dans les vieux récits que l’on fait les meilleures histoires. Les @editionsrivages ont eu l’excellente idée de rééditer ce polar sorti en 1993. Ne prenez pas ombrage de son âge ce polar est, par certains aspects plus modernes que d’autres productions plus récentes et qui se veulent tendance.

Un personnage décalé et légèrement bordeline est tout ce qu’il fallait à ce récit pour être une bonne lecture. Le personnage de Bo est un régal pour tous les passionnés de lecture, une âme altruiste qui traîne derrière elle le fantôme de sa sœur, son lourd traitement contre ses troubles mentaux et sa tendance à ne pas savoir quand fermer sa bouche. Une battante qui gère ses démons comme elle peut. Le genre de petit bout de femme que l’on préfère avoir avec soit que contre soit.

La plume de l’auteure, qui, de par son expérience personnelle, sait de quoi elle parle, est le second atout du récit. Lorsque l’esprit de Bo commence à dérailler la plume se fait frénétique, les mots pulsent comme une veine qui bat. Au contraire lorsque le brouillard de sa maladie l’embrume la plume ralentie et se fait vaporeuse sans que jamais le rythme du récit n’en pâtisse.

Ajoutons à cela une évocation de la culture amérindienne et une plongée dans la réalité quotidienne des travailleurs sociaux et vous obtiendrez une excellente lecture qui souffre juste d’une intrigue prévisible. Espérons que les prochaines aventures de Bo proposeront plus de surprises à ce niveau-là.

Une excellente lecture, portée par un personnage originale et un traitement tout en finesse d’un trouble mental encore assez méconnue à l’époque.

Résumé : Un enfant de quatre ans, de race blanche, a été retrouvé sur la réserve indienne des Barona, dans une bâtisse inhabitée, à cinq heures trente du matin. Il était attaché à un matelas par une corde à linge. Bo Bradley, du service de protection de l’enfant, a été chargée de son dossier.

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (20 octobre 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎272 pages
ISBN-10 ‎274365466X
ISBN-13 ‎978-2743654665

Le jour où Kennedy n’est pas mort de R.J. Ellory, God blesse america

Ellory fait partie de mes auteurs favoris. Sa plume dense et mélancolique donne corps à des personnages profonds, abîmés par la vie et des récits noirs où l’âme humaine se confronte à ses propres ténèbres.

La perspective de le voir se tourner vers la dystopie avec ce thriller journalistique qui imagine que l’attentat de 1963 à Dallas n’a pas coûté sa vie à JFK avait de quoi me réjouir. Finalement l’aspect dystopique reste très secondaire dans le récit et permet surtout à l’auteur de teinter son récit d’un cynisme mordant sur les coulisses de la politique américaine.

L’intrigue connaît des débuts laborieux. En effet, en une soixantaine de pages et une dizaine de chapitres, l’auteur introduit un nombre conséquent de personnages, dont certains que nous ne reverrons pas par la suite. Puis l’enquête de Mitch commence enfin et le récit trouve son rythme de croisière.

Le personnage de Mitch Newman est, encore une fois, une grande réussite. Un homme torturé par ses actions, hanté par l’image d’un amour maudit, pétri de regrets et de remords. Le suivre tout au long de son enquête est un réel plaisir et offre les meilleurs chapitres du livre. Une enquête qui se passe d’action mais reste palpitante si l’on aime lever, petit à petit, le voile de mystère qui entoure la mort de son ex-fiancée.

À côté les passages qui s’immiscent dans les rouages pervers de la politique américaine apportent un éclairage intéressant sur le personnage de JFK pour peu que l’on ne se soit jamais penché sur l’histoire de ce monument de l’histoire américaine.

La conclusion du récit s’est révélée trop classique aux vues des promesses initiales. Une déception qui ne doit pas entacher le fait que l’auteur a, encore une fois, livré un thriller de bonne facture mais à qui il manque peut-être un soupçon d’originalité pour un faire une référence dans le domaine du thriller politique.

Résumé : C’est l’une des histoires les plus connues au monde – et l’une des plus obscures. Le 22 novembre 1963, le cortège présidentiel de John F. Kennedy traverse Dealey Plaza. Lui et son épouse Jackie saluent la foule, quand soudain…
Quand soudain, rien : le président ne mourra pas ce jour-là. En revanche, peu après, le photojournaliste Mitch Newman apprend le suicide de son ex-fiancée, Jean Boyd, dans des circonstances inexpliquées. Le souvenir de cet amour chevillé au corps, Mitch tente de comprendre ce qui s’est passé. Découvrant que Jean enquêtait sur la famille Kennedy, il s’aventure peu à peu dans un monde aussi dangereux que complexe : le cœur sombre de la politique américaine.

Éditeur ‎Sonatine (4 juin 2020)
Langue ‎Français
Broché ‎432 pages
ISBN-10 ‎2355847959
ISBN-13 ‎978-2355847950

Inestimable – 14 octobre 2021 de Zygmunt MILOSZEWSKI

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À Varsovie, le couple Zofia et Karol doit faire face à un quotidien compliqué. Zofia a été licenciée du musée national pour raisons politiques et Karol est atteint d’une maladie neurodégénérative qui efface ses souvenirs rattachés aux émotions fortes.

Chronique : Oh, comme j’aime de telles aventures. Et même si j’ai commencé par le deuxième tome de la série, cela ne m’a pas empêché d’apprécier la lecture du tout.
Et je vais certainement rattraper le premier tome prochainement.

Tout commence au début du XXe siècle avec Benedykt Czerski, un scientifique et ethnographe, qui revient après des années d’exil en emportant avec lui un artefact inestimable qui cache le secret de la longévité. Malheureusement, l’artefact disparaît avec le suicide de Czerski.
Après de nombreuses années, Bogdan Smuga, un scientifique déterminé qui a sa propre vision du sauvetage du monde, tente de retrouver l’artefact et l’héritage de Czerski.
Il implique le professeur Zofia Lorentz, une historienne de l’art qui vient d’être renvoyée de son poste de conservatrice du Musée national, tandis que son mari se bat contre une mystérieuse maladie qui lui vole ses souvenirs.
Dans son désespoir, Zofia se lie avec Smuga, bien qu’il lui cache certainement quelque chose.
Mais dans la lutte pour le sort de la Terre et la survie de l’humanité, il est parfois possible de se perdre.

Il y a de l’aventure, des sensations, de l’action rapide et quelque chose qui vous fait réfléchir sur l’ordre du monde moderne. Ça arrive, ça arrive.

Il est intéressant de noter que le personnage de Benedykt Czerski a été inspiré par Bronisław Piłsudski, un exilé et ethnographe polonais qui a étudié les peuples et les cultures d’Extrême-Orient, principalement les Aynesians vivant à Sakhaline. Bronisław était également le frère de Józef Piłsudski.

Une excellente lecture pour ceux qui aiment l’aventure, les voyages, l’action constante et les théories du complot. Un roman parfait pour l’époque dans laquelle nous vivons actuellement.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Fleuve éditions (14 octobre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 496 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2265155209 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2265155206

Mirrorland – 26 août 2021 – de Carole JOHNSTONE

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Cat est partie s’installer à Los Angeles, loin de sa ville natale d’Edimbourg, et de sa sœur jumelle, El, dont elle est sans nouvelles depuis de longues années. La première partie de sa vie semble effacée de sa mémoire. Mais le jour où elle apprend la disparition inquiétante de sa sœur, elle décide de rentrer en Ecosse.

Chronique : Mon cerveau est en feu ! Mes chères cellules grises trop cuites réduites en cendres ! Un autre thriller stimulant et stimulant est prêt à vous surprendre avec des rebondissements compliqués !

Nous avons un narrateur peu fiable pour nous raconter une histoire complexe, effrayante, délirante, qui glace le sang, avec un thème de maison gothique, sombre, claustrophobe, qui danse avec un mélange de réalisme magique, de thriller psychologique et de mystère !

Les jumelles El et Cat ont créé un monde appelé Mirrorland jusqu’à ce que ce monde commence à les menacer et à les engloutir entièrement. Il était une fois, elles marchaient main dans la main, effrayées, transies de froid et pleurant dans un port écossais d’Édimbourg pour attraper le dernier bateau pirate. Au cours de la même nuit, leurs vies ont complètement changé.

Nous avançons dans le temps : 12 ans plus tard, Cat, qui a déjà refait sa vie en Californie, est obligée de retourner dans la maison de son enfance. La maison a été achetée par El et son mari Ross car El obtient toujours ce qu’elle veut, y compris enlever Ross à Cat avec ses actes théâtraux comme des menaces de suicide.

Les sœurs ont cessé de se parler pendant 10 ans et maintenant El a disparu, présumée morte, ce que Cat ne croit pas depuis le début. Elle connaît sa sœur plus que quiconque et doit découvrir où elle se cache et ce qu’elle essaie de faire en la ramenant dans la maison des horreurs.

Dès que Cat retourne dans la maison de son enfance, ses souvenirs torturés commencent à réapparaître dans son esprit. Mais les choses qu’elle raconte semblent déformées, délirantes. Elle reçoit des messages de menace de la part de quelqu’un et, au fur et à mesure qu’elle creuse, elle croit que sa sœur est peut-être vivante !
Nous ne pouvons pas décider si ses paroles sont exactes ou si elle ment car son esprit flou a du mal à faire la différence entre la réalité et le rêve. Elle réalise finalement que revenir à l’endroit où tous les cauchemars de sa vie ont commencé est le choix le plus dangereux qu’elle ait fait et qu’elle risque maintenant de le payer de sa vie.

Une histoire définitivement complexe, qui fait griller les neurones, qui engourdit l’esprit, qui se superpose, qui est sombre, intelligente et épuisante, qui vous donne l’impression de vous perdre dans les labyrinthes de vos peurs les plus sombres sans pouvoir en sortir !

Ce n’était pas une lecture facile : des nuages de fumée s’élèvent encore au-dessus de ma tête ! Il faut faire attention aux détails et aux significations profondes derrière les histoires magiques des jumeaux. J’ai coupé certains points car certaines parties et représentations du livre m’ont fatigué. Mon esprit a fait des heures supplémentaires pour mettre les pièces du puzzle aux bons endroits.

Wow ! Mes cellules grises me font encore mal mais je suis sûr qu’après avoir lu ce livre, elles ne seront pas rouillées comme l’a conseillé M. Poirot.

Note : 9/10

Éditeur ‏ : ‎ Fleuve éditions (26 août 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 448 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 226515475X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2265154759

Neuf Morts par Quelques Nuits d’Hiver – 18 septembre 2021 de Jean-Pierre Andrevon

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Dans un immense hôtel à l´abandon, perdu au cœur d´une vallée hostile de haute montagne balayée par des vents glacés, neufs ami(e)s de jeunesse \- neuf complices \- se retrouvent pour le partage longtemps remis d´un énorme butin. Mais, à peine arrivés, la mort frappe une première fois. Une tempête de neige et l´écroulement d´un pont bloquent désormais toute fuite. Une série de face\-à\-face tendus se met en place. L´heure des règlements de compte \- y compris intimes \- a sonné. Les vieilles rancœurs, les jalousies ressurgissent. Des dissensions quant au partage du magot se font jour. Rien ne va plus entre les vieux amis de toujours. Et la mort frappe à nouveau… Sur une trame bien connue \- celle des Dix petits nègres \- d´Agatha Christie, Jean\-Pierre Andrevon tisse un thriller bien sûr glaçant et totalement visuel : chaque chapitre \- court, rythmé \- est comme la séquence d´un film, la réalisation crue d´un cauchemar au ralenti!

Chronique : Condensé de cette œuvre de génie : Traité avec justesse, l’ouvrage est d’une qualité littéraire remarquable. Andrevon nous livre ici un superbe suspens digne d’Agatha Christie.

Plus on tourne les pages, et plus on se rend compte que l’on est dans une autre dimension.Immédiatement happé par les premières pages, le lecteur est plongé aux côtés des protagonistes. On se demande, tout comme eux : pourquoi ?  Et tant d’autres questions… Le lecteur est toujours sous pression et ne peut s’empêcher de tourner les pages, se perdant de chapitre en chapitre, afin de savoir qui est le coupable…

La construction du roman est parfaite,, il s’agit d’une prouesse remarquable.Ainsi, les points positifs sont nombreux, c’est un sans faute concernant le scénario. Pour ce qui est de l’écriture, il n’y a aucune lourdeur, le style de Andrevon reste simple, rythmé et efficace. Aucun de ses personnages n’est stéréotypé, chacun a ses ambiguïtés, là aussi le travail est époustouflant.Quant aux décors et aux descriptions, on n’est pas déçu, malgré les beaux horizons qui nous sont offerts on visualise les scènes et on voyage. Mais ce n’est pas tout, impossible de révéler un des gros rebondissements de l’histoire, mais il nous fait basculer dans une autre dimension, tel un triller paranoïaque, il nous fait vibrer et nous questionner encore plus

Le livre est un vrai turn-over, on le dévore d’une traite, pour assécher cette soif de savoir qui nous conduit vers la fin.La mise en place de l’intrigue est tellement parfaite et bien ficelée qu’à la fin, même si vous veniez à deviner (chose qui m’étonnerait) il y a toujours les explications des différents indices semés tout au long du roman, et que l’on avait manqué.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ H et O Editions; H et O Editions (18 septembre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Poche ‏ : ‎ 320 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2845473923 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2845473928

Traverser la nuit de Hervé Le Corre, la nuit je mens

Une rencontre, cette lecture fût une rencontre. La rencontre d’un style qui vous assaille comme une averse hivernale. Chaque mot est une goute glacée qui va glisser le long de votre nuque, trempé votre cuir chevelu et inondez vos chaussures de sa sombre poésie glacée.

Une averse glauque et sordide. On ne peut pas dire que la ville de Bordeaux sorte resplendissante de ce récit sans concessions, pourtant l’auteur évite l’écueil du polar glauque vide de sens et juste gore grâce à une atmosphère morose, des dialogues ciselés et une narration à la troisième personne qui permet de s’imprégner des personnages et de leur vision délétère du monde qui les entoure.

L’auteur a invoqué en sa plume tout ce qu’il contient d’amertume, de désespoir résigné et de colère contenue pour les rassembler en trois personnages qui chacun à leur manière vont ébranler le lecteur dans ses illusions. Louise, de sa détresse de femme battue, et l’incarnation d’une précarité sociale qui hurle en silence. Le commandant Jourdan est le témoin impuissant d’une société qui se délite sous ses yeux comme une falaise érodée par les flots dont il se tiendrait trop près du bord. Enfin Christian est la rage inaudible, la fureur enchaînée qui frappe mortellement au cœur de la nuit. Des portraits fulgurants qui imprègnent le lecteur comme l’éclair imprègnent la rétine.

Ne commettez pas l’affront de croire, qu’une fois l’ouvrage refermé, vous allez pouvoir passez à autre chose. Ce polar fait partie de ceux qui vous hante, dont le destin des personnages résonne dans votre esprit comme une complainte meurtrie, dont le style vous empoigne le temps d’un brusque instant, juste le temps d’apercevoir toute la détresse du monde.

Résumé : Louise a une trentaine d’années. Après la mort accidentelle de ses parents, elle a dérivé dans la drogue et l’alcool. Aujourd’hui elle vit seule avec son fils Sam, âgé de 8 ans, sa seule lumière. Elle est harcelée par son ancien compagnon qui, un jour, la brutalise au point de la laisser dans un état grave. Il blesse aussi grièvement la meilleure amie de Louise. L’enquête est confiée au groupe dirigé par le commandant Jourdan, qui ne reste pas insensible à Louise. Parallèlement un tueur de femmes sévit, pulsionnel et imprévisible, profondément perturbé.

Au cœur de ces ténèbres et de ces deux histoires, Jourdan, un flic, un homme triste et taiseux, qui tente de retrouver goût à la vie…

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (20 janvier 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎320 pages
ISBN-10 ‎2743651733
ISBN-13 ‎978-2743651732

La mort de Lorna Belling (Une nouvelle enquête de Roy Grace) – 23 septembre 2021 de Peter JAMES

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Lorna Belling, désespérée de ne pas pouvoir échapper à un mariage qu’elle voit comme un enfer, tombe sous le charme d’un autre homme qui lui promet monts et merveilles. Mais une photographie fortuite sur le téléphone portable d’une cliente de son salon de coiffure va tout changer.

Chronique : En tant que fan inconditionnel de longue date de la série Roy Grace, laissez-moi crier haut et fort mon excitation ! La mort de Lorna Belling est arrivé. Il s’agit du treizième livre de la série policière basée à Brighton, écrite par le très apprécié Peter James. Nous sommes de retour dans la vie de notre policier préféré dans le monde entier ! La vie ne pouvait pas être meilleure.

Comme dans toute série qui évolue merveilleusement, nous connaissons les personnages principaux : Roy et sa femme Cleo, l’acolyte de Roy, Glenn Branson, et son redoutable patron, Cassian Pewe. Nous avons vu Roy Grace traverser des moments difficiles avec son ex-femme Sandy, disparue, qui l’a cruellement abandonné. Nous savons maintenant ce qu’il est advenu d’elle et du fils, Bruno, que Roy n’a jamais connu.

La dernière affaire en date ramène sur le devant de la scène le monde de la tromperie et des abus conjugaux. Roy se retrouve en Allemagne pour récupérer son fils de dix ans et le ramener dans le Sussex. Il a un nouvel acolyte, l’inspecteur temporaire Guy Batchelor. Branson est parti en vacances avec sa petite amie. Lorna Belling, une coiffeuse de Hollingbury, est retrouvée morte dans un appartement loué à Hove. Que lui est-il arrivé ? Elle avait récemment dénoncé son mari Corin à la police pour violences domestiques. Est-il allé plus loin en la tuant ? Pourquoi n’est-elle pas à la maison, avec ses Labradoodles ? La vie de Lorna est compliquée, avec un partenaire violent et un amant mystérieux. La résolution de son meurtre n’est pas aussi simple qu’elle le devrait.

Peter James nous laisse merveilleusement voir ce qui est arrivé à Lorna, dans ses dernières heures. Nous ne savons peut-être pas qui est le coupable, mais nous voyons comment les événements se déroulent avec son tueur, qui est un expert en médecine légale. Nous en savons beaucoup plus que l’équipe chargée de l’enquête sur le meurtre. Nous suivons ensuite Batchelor, Grace et l’équipe dans leur tentative de donner un sens à la scène de crime dans l’appartement de Hove. Peter James sait comment envoyer ses lecteurs dans quelques ruelles sombres en route vers la vérité. Son attention aux détails est tout simplement parfaite. C’est le crime à son meilleur !

Un nouveau personnage, Bruno, le fils de Roy Grace, s’est révélé très amusant. Bruno n’est pas un garçon de dix ans comme les autres. Je ne vois pas l’école St Christopher de Hove lui faire entendre raison. Je prévois des moments difficiles pour Roy avec son tout nouveau fils !

Au travail, Roy Grace est perçu comme un homme qui se soucie profondément de son équipe, mais qui sait aussi se montrer ferme avec elle.
Il y a une scène particulièrement déchirante dans le livre qui est brillamment écrite. Il n’y a pas eu besoin de descriptions graphiques de l’événement horrible, il a suffi d’une conversation téléphonique et de ma propre imagination. La perfection totale.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Fleuve éditions (23 septembre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 480 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2265144037 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2265144033

Du sang dans la sciure de Joe R. Lansdale, Calamity Jane version burlesque

Lansdale n’est pas un écrivain, c’est un peintre. De sa plume imagée, il va dépeindre une région, une époque, en l’occurrence le Texas des années 30 frappé par la grande dépression, le tout avec une énergie et un réalisme saisissant.

Ce nouveau tableau invoque des images  qui prennent immédiatement vie dans l’imagination du lecteur, les immenses tempêtes de poussières (ou dust bowl en V.O.), ou encore les hobos, vagabonds victimes des vicissitudes du rêve américain. Grâce à sa palette d’écriture riche et pétillante l’auteur rend hommage à cet Amérique disparue à la manière de la photographe Dorothea Lange, sans misérabilisme ni apitoiement. Juste en peignant la dure réalité d’une époque féroce.

Ces portraits de personnages sont encore une fois une grande réussite. Parfois à la limite du cliché, comme le terrifiant Two qui fait office de croque-mitaine, ou du grotesque, comme ce fielleux McBride qui règne sur son monde avec perruque et tablier à fanfreluches. Pourtant grâce à un ton qui oscille entre le western spaghetti et le comique de boulevard le tout reste juste et crédible.

Alors d’où vient ce sentiment de déception ? Tout simplement mon incapacité à accepter certains comportements et mentalités de personnages même après avoir compris que le ton se voulait burlesque.

Certaines décisions m’ont paru invraisemblables, à commencer par le pitch de départ qui voit notre héroïne, la flamboyante Sunset, devenir constable alors qu’elle vient d’assassiner son mari, l’ancien constable. Puis un autre personnage féminin prend une décision radicale qui m’a paru incohérente avec la mentalité et les mœurs de l’époque. La volonté de dépeindre une Amérique rurale féministe est louable mais manque de réalisme par rapport au reste du tableau.

Comme souvent avec l’auteur l’intrigue manque d’ampleur mais se conclut dans un règlement de compte infernal et réserve un ultime twist final doux amer qui achève de livrer une toile aux couches multiples, tantôt brûlot féministe burlesque, tantôt western et tantôt chronique historique. Un tableau qui imprègne la rétine quoiqu’il en soit.

Résumé : Dans les années 1930, en pleine dépression, une petite ville texane aux rues pleines de boue sur grâce à une scierie qui domine tout. Les bagarres y sont aussi fréquentes que les disparitions. On y meurt d’un coup de feu, sous le tranchant d’une bêche ou broyé par une grume. C’est dans ce monde brutal que Sunset, femme de toute beauté une énième fois violée par son shérif de mari, abat ce dernier d’une balle dans la tête. La notion même de violence conjugale n’existe pas. Aussi l’étonnement est-il à son comble lorsque la jeune femme est acquittée et se voit en plus confier le poste laissé vacant par la mort de son époux. La découverte du cadavre d’une femme enceinte l’oblige immédiatement à faire ses preuves. De simple menace pour ne pas être restée à sa place elle devient une cible; une femme partie, à tort croit- on, à la recherche de son indépendance…

Éditeur‎Folio (21 janvier 2010) Langue‎Français Broché‎496 pages. ISBN-10‎2070395898 ISBN-13‎978-2070395897