Nuages baroques de Antonio paolacci et Paola Ronco

Crimina dell’arte

Il y a certains auteurs qui parviennent à s’imprégner d’une atmosphère avant de la retranscrire dans leur récit, c’est le cas du duo Paolacci-Ronco qui livre un polar enchanteur où l’esprit Italien occupe la première place. 

Les premières pages et la présentation des différents personnages donnent l’impression d’être au théâtre. D’un trait les auteurs plantent leur décor dans une ville de Gêne attachante, où les vieux immeubles se montent à pied, où la moindre parole donne l’impression d’être chantée. Un décor enchanteur qui reste réaliste grâce à une intrigue qui met en avant les travers de la société italienne.

Les personnages sont décrits par un trait de caractère qui permet de saisir immédiatement l’âme du personnage. Caccialepori, le malade imaginaire au regard affûté, l’adjointe Santamaria avec sa pipe constamment collée à la bouche et qui n’a pourtant pas sa langue dans sa poche, Musso le poseur avec ses costumes hors de prix. L’équipe d’enquêteurs fait très vite penser à une troupe de théâtre où chacun joue son rôle à la perfection. On est parfois à la limite du cliché mais la complicité des dialogues et le dynamisme de la narration fait oublier tout ça.

Évidemment l’atout majeur du roman est le sous-préfet Paolo Nigra qui nous fait découvrir son amour pour la ville de Gêne, sa résilience face à l’homophobie rampante de certains de ses collègues et de la société et son couple avec un acteur qui a fait le choix de taire sa vie amoureuse. Une relation touchante qui concentre toute la finesse d’écriture du duo d’auteurs. De quoi achever de faire tomber le lecteur sous le charme de ce polar, italien jusqu’au bout de sa plume.

Mais que cette légèreté apparente ne fasse pas oublier qu’une intrigue doit être menée. Si l’enquête se révèle classique et sans grande surprise, elle est cependant assez efficace pour captiver le lecteur et a le mérite d’intégrer le récit à la société italienne contemporaine en évoquant le pacte d’union civile, le G8 de 2001 et l’homophobie ordinaire à laquelle doivent faire face les homosexuels italiens encore aujourd’hui.

Un excellent premier volume d’une saga policière qui possède son propre ton, léger mais pas niais et une galerie de personnages haut en couleur. 

Résumé :

Un jeune étudiant en architecture d’une vingtaine d’années, vêtu d’un manteau rose vif, est retrouvé battu à mort au petit matin, non loin du lieu où se tenait une fête en soutien à l’union civile qui doit bientôt consacrer en Italie le mariage homosexuel. Sur les lieux, auprès de son équipe de policiers aussi disparate qu’efficace, arrive bientôt sur sa moto Guzzi l’imperturbable sous- préfet de police Paolo Nigra, bel homme à la quarantaine élégante, sorte de Gian Maria Volonte au charisme évident.

Tout semble indiquer un crime homophobe, mais Nigra se méfie des évidences…

Éditeur ‎Rivages (12 octobre 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎352 pages
ISBN-10 ‎2743657863

Le temps du passé de Lee Child

Rien ne peut arrêter Reacher

Le verbe To reach en anglais signifie atteindre, et s’il y en a bien un qui sait atteindre sa cible c’est lui, Jack Reacher, le héros de Lee Child. Après plus de vingt volumes l’auteur se décide enfin à explorer les origines de son héros.

Mais avant tout Reacher c’est qui ? Fils de Marines, rompu à une discipline militaire draconienne, il a été officier dans la police militaire avant de démissionner lorsque l’armée américaine se transforme en complexe industriel se fichant de la vie des hommes auxquels elle fait porter l’uniforme. Depuis il erre sur les routes des USA, vagabond moderne qui se contente de peu mais qui donne tout lorsqu’il se heurte à l’injustice et la malveillance.

Ces quelques lignes résument le concept de la saga Reacher. Chaque volume peut se lire de manière indépendante. L’atout majeur est bien sûr le personnage de Reacher, bloc de granit incassable à l’esprit analytique aussi affûté que la vision d’un aigle. Un savant équilibre entre Sherlock Holmes et Chuck Norris. Une saga qui assume pleinement son aspect série B.

Ce volume ne fait pas exception à la règle. Reacher débarque dans un patelin pas si tranquille et commence à mettre son nez là où personne ne veut qu’il le mette. Parallèlement on va suivre les mésaventures d’un jeune couple de canadiens qui vont faire un choix qui va s’avérer funeste.

Si la partie concernant Patty et Shorty se révèle très vite prévisible, elle a le mérite d’offrir un final explosif où l’auteur démontre son talent pour le récit de combat nerveux. L’intrigue concernant Reacher et les secrets de sa famille se révèle éparse et moins passionnante. Comme si l’auteur regrettait, après coup, d’avoir entraîné son personnage dans cette voie. Car, pour le bien de la saga, Reacher se doit de rester cet homme sans attache, sans passé ni avenir.

Pour compenser l’auteur confronte son personnage à quelques bouseux vindicatifs autour d’une vague question d’expansion illégale d’une pommeraie et d’agression sexuelle. On est loin des complots que l’auteur se plaisait à démanteler dans les tomes précédents.

Un volume un peu en deçà de ce que l’auteur avait l’habitude de proposer et qui accentue un essoufflement de la saga qui se fait sentir depuis quelques tomes. Le final épique ne suffit pas à rattraper l’ensemble, un brin mollasson.

Résumé :  au bord d’une route, le pouce levé, Jack Reacher a la ferme intention de traverser les États-Unis en stop. Mais dans les bois de la Nouvelle-Angleterre, un panneau lui indique une ville au nom familier : Laconia, où son père est né. Il décide de faire le détour et découvre qu’aucun Reacher n’y a jamais vécu. Lui a-t-on menti ?
Non loin de là, un couple de jeunes Canadiens tombe en panne et échoue dans un motel. Les propriétaires promettent de les aider à repartir. Mais ces derniers disent-ils toute la vérité ?
Les chemins de tous ces personnages vont se croiser dans de terribles circonstances, car la mort rôde dans les parages… et Reacher, fidèle à lui-même, va devoir s’en mêler

Éditeur ‎Calmann-Lévy (21 septembre 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎432 pages
ISBN-10 ‎2702180019
ISBN-13 ‎978-2702180013

L’homme aux lèvres de saphir de Hervé Le Corre

Maldoror, mon amour

Lorsque que l’un des meilleurs auteurs du roman noir français s’empare du genre littéraire du thriller cela donne l’un des meilleurs représentants du genre.

Hervé Le Corre s’amuse avec le genre, si populaire, du thriller pour livrer un récit dense, imprégné d’une puissance narrative rare. L’intrigue de base se résume à une impitoyable chasse à l’homme mais l’arrière-plan historique ainsi que la matière littéraire dans lequel baigne le récit le dote d’une aura qui l’éloigne du tout venant de la production.

Car la plume d’Hervé Le Corre ne fait pas que raconter une histoire, elle immerge le lecteur dans une ambiance, une atmosphère que peu d’auteurs parviennent à retranscrire. Avec Le Corre on entend le bruit des sabots sur les pavés, on sent la crasse d’un Paris du 19ème siècle, on comprend la douleur et la colère de ces personnages qui rêvent d’un monde plus juste. 

Les dialogues ne font que renforcer cette immersion, le Paris communard de Le Corre vibre de ressentiments, grouille de vice et de misère mais il vit sous les yeux du lecteur. Bien plus qu’un simple thriller, le récit se transforme en leçon d’histoire. Un cri d’amour en faveur de la liberté et de la justice.

Loin des étiquettes et des cases dans lesquelles on essaie de faire rentrer les auteurs, Hervé Le Corre bâtit patiemment une œuvre qui fait de lui l’un des meilleurs auteurs français contemporains. 

Résumé : Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfié la police, fort dépourvue face à ces crimes d’un genre nouveau. Le meurtrier, lui, se veut « artiste » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage a celui qu’il considère comme le plus grand écrivain du XIXe siècle, Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie méconnu. Dans le labyrinthe d’une ville grouillante de vie et de misère, entre l’espoir de lendemains meilleurs et la violence d’un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que la vie n’a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l’assassin. Nul ne sortira indemne de cette redoutable rencontre.

Éditeur ‎Rivages (1 octobre 2004)
Langue ‎Français
Poche ‎512 pages
ISBN-10 ‎2743613092
ISBN-13 ‎978-2743613099

Un bon indien est un indien mort de Stephen Graham Jones

La chasse infernale

Après avoir énormément apprécié Galeux, j’étais impatient de découvrir ce que Stephen Graham Jones pouvait offrir avec son nouveau roman. Ce nouvel ouvrage offre un style différent au service d’un récit qui nous entraîne dans les tréfonds de l’angoisse.

L’auteur inscrit son récit dans la mouvance du réalisme fantastique, un style qui erre à la frontière des genres. Sauf qu’il s’agit plutôt là d’un réalisme horrifique, certaines scènes marquent à jamais l’imagination du lecteur de par leur puissance évocatrice. Le récit baigne dans une atmosphère de folie et de terreur qui ne fait que s’accentuer dans un rythme lancinant.

L’auteur joue habilement sur les mots pour créer l’angoisse, le fantastique reste à la lisière des paragraphes, en retrait pour mieux laisser planer son ombre funeste sur tout le récit. L’horreur surgit petit à petit, du coin de l’œil d’abord avant d’envahir toute la rétine ne laissant plus aucune échappatoire.

En ce qui concerne les personnages, l’auteur brosse un beau portrait de looser magnifiques, dans un décor de caravanes rouillées et de décharge automobile, décor d’un cauchemar américain qui n’a jamais pris fin. Des hommes perdus, à tous les niveaux, qui entassent les regrets et les remords comme les canettes de bière. Des hommes déracinés, dont il ne reste que quelques vestiges épars des traditions qui animaient leurs tribus autrefois. Des âmes en perdition qui voient la dernière chose de stable dans leur vie, leur esprit, flancher de manière irrémédiable.

Une lecture qui happe le lecteur dans un engrenage démentiel, jouant sur les sensations et l’imagination du lecteur pour délivrer son message impitoyable.

Résumé : Quatre amis d’enfance ayant grandi dans la même réserve amérindienne du Montana sont hantés par les visions d’un fantôme, celui d’un élan femelle dont ils ont massacré le troupeau lors d’une partie de chasse illégale dix ans auparavant.

Éditeur ‎Rivages (21 septembre 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎352 pages
ISBN-10 ‎2743656212
ISBN-13 ‎978-2743656218

American war d’Omar El Akkad

Miss American rage

Une Amérique divisée, une guerre qui ne laisse aucun répit aux civils, deux conceptions du monde qui s’affrontent sur fond de fin de règne, un univers dystopique trop semblable au nôtre. Autant de matière qui aurait dû donner une lecture réjouissante, est-ce vraiment le cas ?

L’auteur bâtit son univers patiemment, pages après pages, livrant moult détails et descriptions sur ces États-Unis fracturés dont les enfants sont fauchés par un tir de missile lancé par un drone. Lentement c’est un pays ravagé qui prend forme sous nos yeux.

Narré sous forme de journal intime, qui use des effets de prolepse, créant ainsi une attente de la part du lecteur. Le monde impitoyable dans lequel évolue la petite Sarah se révèle consistant. On foule la terre aride du Mississippi avec Sarah et sa famille, on partage leur détresse et leur désespoir. Cette narration immersive est une réussite totale et représente l’atout majeur de l’ouvrage.

Les chapitres nous montrant l’intrépide Sarah grandir dans le camp de réfugiés de Patience sont les meilleurs passages du livre. Sarah ne sera jamais aussi attachante que lorsqu’elle déambule entre les ruelles créées par les tentes de réfugiés et qu’elle tente d’apprivoiser un monde hostile. Par la suite cela se gâte.

Car à trop vouloir conter la naissance d’une guerrière, l’auteur oublie d’accorder une certaine profondeur à son récit. Montrer le quotidien d’un soldat dévoué à sa cause c’est bien, expliquer la création d’une chaîne de haine irrépressible c’est une volonté honnête mais cela ne suffit pas à porter le récit sur 500 pages. 

Il manque à l’ouvrage une réflexion sur la mentalité sudiste dont découle un tel fanatisme et une si grande fierté. En l’état, American war est une fresque guerrière convaincante mais qui manque de profondeur pour être vraiment marquante. 

Résumé : États-Unis, 2074. Une nouvelle guerre de Sécession éclate entre le Nord et le Sud, sur fond de contrôle des énergies fossiles. Lorsque son père est tué, la jeune Sarat Chestnut et sa famille n’ont d’autre choix que de fuir dans un camp de réfugiés en zone neutre.Entre les privations, les désillusions et les rencontres hasardeuses, la fillette influençable va, au fil des ans, se transformer en une héroïne implacable appelée à jouer un rôle déterminant dans le nouvel ordre mondial.

Éditeur ‎J’AI LU (6 octobre 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎512 pages
ISBN-10 ‎2290233021
ISBN-13 ‎978-2290233023

Le carré des indigents de Hugues Pagan

Un flic dans la ville

Voilà le genre de polar que j’aimerais lire plus souvent. Un personnage charismatique, une plume qui rend hommage aux grandes heures du polar et une ambiance digne des meilleurs films noirs.

Écartons d’emblée les attentes par rapport à l’enquête. Celle-ci est rondement menée, détaillée et intéressante mais ne recèle aucune réelle surprise. le cœur du roman est ailleurs

Et ce cœur s’appelle Schneider. Ce flic taciturne et intransigeant hante le roman de son regard pénétrant et de ses phrases lapidaires. Habité par sa mission de justice, il ne laisse personne se mettre en travers de son chemin, ni les criminels ni ses supérieurs. Une immense réussite.

Au-delà d’une simple enquête, le récit est surtout celui d’une équipe d’enquêteurs. L’auteur nous plonge dans leur quotidien de flics des années 70, les personnages secondaires sont tout aussi charismatiques que Schneider. Une tranche de vie d’une époque révolue.

Enfin la plume d’Hugues Pagan a trempé dans l’encrier le plus noir afin de retranscrire le plus fidèlement possible les années 70, son argot et la mentalité des protagonistes. Le tout avec une classe folle et un sens du dialogue savoureux.

Un polar que tous les amoureux de vieux films noirs devraient apprécier.

Résumé : Novembre 1973. L’inspecteur principal Claude Schneider revient dans la ville de sa jeunesse après un passage par l’armée et la guerre d’Algérie dont il ne s’est pas remis. Il aurait pu rester à Paris et y faire carrière, mais il a préféré revenir « chez lui ». Nommé patron du Groupe criminel, il ne tarde pas à être confronté à une douloureuse affaire : Betty, la fille d’un modeste cheminot, n’est pas rentrée alors que la nuit est tombée depuis longtemps. Son père est convaincu qu’elle est morte. Schneider aussi. Schneider est flic, et pourtant, il n’arrive toujours pas à accepter la mort. Surtout celle d’une adolescente de quinze ans au petit visage de chaton ébouriffé. Faire la lumière sur cette affaire ne l’empêchera pas de demeurer au pays des ombres.

Éditeur ‎Rivages (5 janvier 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎448 pages
ISBN-10 ‎2743654937

Sur l’autre rive d’Emmanuel Grand

Sur le banc de touche

Ce polar propose bien plus qu’une simple enquête criminelle, il nous plonge dans la psyché de personnages torturés et nous invite à la découverte d’une ville et de ses zones d’ombres, Saint Nazaire.

L’intrigue est narrée d’une plume simple, minutieuse parfois très proche d’un reportage mais cette absence de romanesque permet à l’auteur de brosser une galerie de personnages à la psychologie complexe et nuancée.

Le récit reste passionnant malgré la direction empruntée par l’auteur. Deux flashback tranchent la dynamique de l’enquête pour nous révéler l’ensemble des faits ayant conduit à la mort de Franck. Un choix déroutant qui s’explique par la volonté de l’auteur de détailler la psychologie de ses personnages au mieux.

Au niveau des regrets j’aurais apprécié que les relations envers Julia et sa famille, les raisons de son départ des années plus tôt soient plus étayés et mis en scène mais cela n’enlève rien à la qualité de ce polar.

À l’aide de son style minutieux, Emmanuel Grand brosse le portrait de personnages en souffrance ainsi que d’une ville qui a dû mettre à quai ses rêves de grandeur.

Résumé : Saint-Nazaire, ses chantiers navals, une forêt de silos et de grues, les marais et l’océan à perte de vue, un pont entre deux rives. Pour Franck Rivière, 21 ans, jeune espoir du football local, des rêves plein la tête, c’est aussi la fin du voyage : une chute de 68 mètres et son corps glacé repêché au petit matin. 

Tandis que le capitaine Marc Ferré doute de ce suicide, Julia, la soeur de Franck, brillante avocate « montée » à Paris, se heurte aux vérités d’une ville qui cache mal sa misère, ses magouilles et son pouvoir secret : que le bizness paie peut-être plus que le ballon rond, que Saint-Nazaire ne l’a jamais quittée, et qu’on n’enterre pas aussi facilement un amour d’adolescence.

Éditeur ‎Albin Michel (31 mars 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎528 pages
ISBN-10 ‎2226459103
ISBN-13 ‎978-2226459107

La nuit tombée sur nos âmes de Frédéric Paulin

L’abysse capitaliste.

Un récit choc sur un évènement ignoble, le G8 et les manifestations qu’il a entraîné. Lors de cette table ronde des puissants, l’Italie s’est enfoncé dans un abysse de violence sans fond.

Le G8 est un puits de gravité qui attire à lui tout un tas de personnes avec des désirs contradictoires mais qui partage un thème en commun, le pouvoir. Il y a Carli, le fasciste qui exulte de pouvoir exercer son autorité, Lamar qui espère propulser sa carrière politique, et Nathalie et Wag, qui espèrent juste que le pouvoir change de main.

Le style est clair, concis à la manière d’un reportage de guerre. Un rapide portrait des personnages plante le décor puis les pages s’enfilent comme le compte à rebours d’un explosif.

Et lorsque la détonation retentit le récit s’imprègne d’une tension qui ne le quittera plus. La suite du roman se lit d’une traite. La déflagration qui s’empare du lecteur s’accompagne d’un état de sidération à la lecture des faits qui se sont déroulés dans l’école Diaz et la caserne de Bolzenato.

Les faits rapportés par l’auteur sont tellement révoltants et effarants qu’il est difficile de croire qu’ils aient pu être aussi facilement occultés. J’aurais aimé que l’auteur présente une bibliographie afin de pouvoir prolonger la plongée dans cet abysse de noirceur.

Un roman qui laisse un arrière-goût dans la bouche et qui rappelle que dans la vraie vie rare sont les fois où les coupables payent pour leur crime.

Résumé : Les chefs d’État des huit pays les plus riches de la planète se retrouvent lors du G8. Face à eux, en marge du sommet, 500 000 personnes se sont rassemblées pour refuser l’ordre mondial qui doit se dessiner à l’abri des grilles de la zone rouge. Parmi les contestataires, Wag et Nathalie sont venus de France grossir les rangs du mouvement altermondialiste. Militants d’extrême-gauche, ils ont l’habitude des manifs houleuses et se croient prêts à affronter les forces de l’ordre. Mais la répression policière qui va se déchaîner pendant trois jours dans les rues de la Superbe est d’une brutalité inédite, attisée en coulisses par les manipulations du pouvoir italien. Et de certains responsables français qui jouent aux apprentis-sorciers.
Entre les journalistes encombrants, les manœuvres de deux agents de la DST, et leurs propres tiraillements, Wag et Nathalie vont se perdre dans un maelstrom de violence. Il y aura des affrontements, des tabassages, des actes de torture, des trahisons et tant de vies brisées qui ne marqueront jamais l’Histoire. Qui se souvient de l’école Diaz ? Qui se souvient de la caserne de Bolzaneto ? Qui se souvient encore de Carlo Giuliani ?

Éditeur ‎Agullo (9 septembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎288 pages
ISBN-10 ‎2382460032
ISBN-13 ‎978-2382460030

Fuir ses morts de Mike KNOWLES

Achat : https://amzn.to/3mUU2RL

Sam Jones, vétéran d’Irak et détective privé, tombe sur une inscription dans les toilettes d’un café: il va me tuer et je crois que je le veux. Après avoir passé six ans sur une affaire d’enlèvement qui s’est horriblement terminée, Jones décide de se racheter et de sauver l’auteur de ce messages, une jeune fille qui, il en est sûr, appelle à l’aide.

Chronique : Le détective privé canadien Sam Jones a eu une vie difficile, et récemment, elle n’a fait qu’empirer. Vétéran de la guerre en Irak, âgé de 42 ans, Sam a perdu un bras pendant le conflit. De retour des combats et désormais civil, il se trouve dans un café de Toronto et tente d’accepter ce qu’il vient de voir et ce qu’il vient de faire. Remarquant des taches de sang sur sa manche, il se rend aux toilettes pour s’en débarrasser. Le sang n’est pas le sien, mais il sait que la police va bientôt le rechercher, et qu’elle veut une explication pour deux personnes mortes – dont un simple garçon – gisant dans le sous-sol d’une maison qu’il a quittée peu de temps auparavant.
Sam est également préoccupé par ce qu’il va dire à la mère du garçon. Six ans plus tôt, il s’était mis à la recherche du garçon dans l’espoir de le lui ramener vivant. Mais aujourd’hui, il a réalisé qu’il avait échoué. Cela, plus que tout autre chose, le trouble énormément.
Alors qu’il nettoie le sang de sa chemise, Sam remarque un graffiti contenant un message énigmatique près d’une charnière de la porte de la salle de bain : Je sais que tu l’es, mais que suis-je ? Un défi agressif ou un appel au secours ? Sheena, une barista tatouée d’une vingtaine d’années, s’occupe du comptoir. Elle n’est pas en mesure d’aider Sam à identifier l’auteur des mots, c’est donc à lui de le faire. Pris de remords de ne pas avoir réussi à retrouver le garçon vivant et à le rendre à sa mère, il est poussé à essayer d’identifier l’auteur du graffiti, manifestement en difficulté, et à tenter de l’aider.
C’est ainsi que commence l’odyssée d’un homme bon pris dans un monde mauvais. Avant qu’elle ne s’achève, Sam s’assurera l’aide improbable d’un ancien braqueur de banque vieillissant alors qu’il navigue dans les rues sombres de Toronto, où les jeunes femmes vulnérables sont des proies faciles pour les hommes qui ne peuvent voir au-delà de leurs propres vies tordues, tout en fuyant la police, qui veut l’interroger sur la maison avec deux corps au sous-sol.
Et comme si cela ne suffisait pas à alourdir ses épaules déjà bien chargées, alors que Sam est aux prises avec une jeune femme troublée qui ne veut peut-être pas être trouvée – et qui ne veut peut-être pas être aidée – il y a sa rencontre imminente avec la mère du garçon mort. Pour ajouter à ses malheurs, Sam doit également s’occuper de son père de 80 ans, qui se trouve dans une maison de soins . Il s’agit d’un récit à haute teneur en émotions, marqué par des dialogues crépitants et agrémenté d’une narration sombre et d’une utilisation habile de la métaphore, comme dans ce passage où Sam compare sa course pour échapper à la police au comportement des requins :
« Les requins devaient rester en mouvement constant pour pouvoir respirer. Peu importe la quantité d’eau environnante – si le requin cessait de nager, il suffoquait au milieu de l’océan… Pour la même raison qu’il traversait la ville en voiture un lundi – cela l’empêchait de s’arrêter. S’il s’arrêtait, s’il perdait son élan, cela signifiait qu’il devait affronter l’inévitable, et… Jones avait une semaine avant que l’inévitable ne devienne inévitable. Sept jours – sa propre semaine Shark – à moins qu’il ne cesse d’avancer.
Mais il y a aussi de l’humour noir, comme lorsqu’on demande à Sam comment il a perdu son bras et qu’il répond : « Je ne l’ai pas perdu. Je sais exactement où il est ».
Les lecteurs à la recherche d’un roman sans compromis de notre époque troublée, racontée de manière exquise, trouveront beaucoup à admirer cet auteur.

Éditeur ‏ : ‎ Calmann-Lévy (8 juin 2022) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 360 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2702182909 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2702182901

Désert noir d’Adrien Pauchet

Drogue, fantômes et fusillades

Le risque lorsqu’un auteur écrit un récit à la croisée des genres c’est que l’un d’entre eux prenne le pas sur les autres et éclipse le propos initial. Malheureusement pour Adrien Pauchet c’est ce qui s’est passé pour son ouvrage Désert noir.

Le récit bouillonne de bonnes idées mal, ou peu, exploitées. Comme une recette qui dispose de bons ingrédients mais qui donne un résultat brouillon. L’auteur brasse quantité de thèmes sans jamais réellement les développer, la difficulté de faire son deuil, la rédemption, la résilience et bien d’autres encore. Un traitement de surface peu satisfaisant dû à une narration trop axée sur le thriller au détriment du développement des personnages, peut-être trop nombreux aussi.

Perdus entre la frénésie narrative d’un thriller grand public et la réflexion sur le deuil, l’ouvrage ne raconte finalement pas grand-chose. L’aspect onirique de l’intrigue offre une jolie mise en page qui invoque le néant mais peine à faire oublier les incohérences et le manque d’approfondissement de l’intrigue et des personnages.

Désert noir s’avère être une œuvre brouillonne qui veut trop en dire sur trop de sujets, qui aurait mérité un affinage de son intrigue et de ses personnages. Une jolie attention gâchée. 

Résumé : Jocelyn est un jeune flic qui, après une sale affaire, se retrouve mis à l’épreuve. Il intègre une équipe qui a pour mission de démanteler un trafic à Paris d’une nouvelle drogue qui permet, à celui qui la consomme, de revoir chacun des êtres chers qu’il a perdus. En butte à l’hostilité d’une partie de la police, sur le qui-vive, il finit par avoir l’impression de chercher à sauver une société qui ne veut pas l’être.

Éditeur ‎FORGES VULCAIN (9 octobre 2020)
Langue ‎Français
Broché ‎240 pages
ISBN-10 ‎2373050587
ISBN-13 ‎978-2373050585