Profession du père de Sorj Chalandon, papa est en haut, sa tête fait du yoyo

Aujourd’hui on sait ce que c’est une personnalité toxique, tout comme on sait repérer et encadrer les personnes instables mentalement. Mais dans la société française d’après-guerre où les consciences n’étaient pas aussi éveillées le poison pouvait se déployer en toute tranquillité.

La première partie du roman est difficile à lire. Non pas parce que le style de l’auteur est rebutant mais parce qu’on assiste au parfait petit condensé de la maltraitance envers un enfant. Maltraitance physique et morale, privations arbitraires, harcèlement moral, culte du corps, endoctrinement idéologique, le tout raconté par les yeux d’un enfant qui aime son père malgré sa folie évidente et qui recherche inlassablement son attention. Un véritable crève-coeur.

Puis le récit prend des allures de tragi-comédie alors que l’esprit du petit Émile opère une tentative d’appropriation de la folie de son père, seul moyen qu’il est trouvé pour survivre dans cet environnement délétère. Le récit s’enveloppe ainsi d’un légèreté bienvenue tenaillée par une ombre sordide qui finira par le rattraper.

L’auteur fait valser les dialogues qui sont l’atout principal de l’ouvrage. Ses descriptions sont économes mais n’effacent pas pour autant les personnages derrière un voile de dialogues trompeurs. Leur personnalité se dissimule derrière les non-dits, les déclarations douces-amères et les interrogations de cet enfant qui passera une bonne partie de sa vie à guetter une forme d’amour paternelle.

À l’aide de la candeur enfantine l’auteur dresse un portrait glaçant de la folie ordinaire, de celle qui souille des vies à jamais et peut se révéler capable de faire couler des rivières de sang. Encore une rencontre littéraire que je suis heureux d’avoir effectué.

Résumé : Mon père disait qu’il avait été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Église pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet.
S. C.

ASIN ‎2253066257
Langue ‎Français
Poche ‎288 pages
ISBN-10 ‎9782253066255
ISBN-13 ‎978-2253066255

Le lambeau de Philippe Lançon, et toujours la plume plus forte que l’épée

J’ai repoussé au maximum mon retour sur cet ouvrage. J’ai cru d’abord que c’était parce que je n’avais pas les compétences pour en parler de manière convaincante mais j’ai finalement compris que c’était parce que ce récit m’avait désarçonné, bouleversé de manière irrépressible.

La plume est une maestria de style maîtrisé allié à un vertige intimiste. L’auteur condense tout son savoir littéraire pour livrer un récit dense et lumineux où jamais ne sera convié l’émotion facile, le pathos.

Car au-delà du traumatisme initial, il s’agit avant tout de conter le récit d’une renaissance dans tout ce qu’elle a de plus intime et de salvatrice. L’auteur nous convie avec lui dans cette chambre d’hôpital pour être les témoins de son retour à la vie. Rien ne nous sera épargné, les opérations minutieuses, les proches désemparés qui font ce qu’ils peuvent, les nuits de désespoir et l’humour noir dont seuls savent faire preuve ceux dont le corps est profondément meurtri.

Avec une grâce stylistique et une résilience tout en humilité l’auteur offre une magnifique leçon de vie, de résistance face aux traumatismes, à l’horreur sans nom et nous rappelle, à nous, éternels enfants impétueux, puisqu’il est encore nécessaire de le faire que la haine n’a jamais servi à vaincre la haine.

Un récit indispensable, tant pour la leçon d’humanité qu’il dispense que pour le chemin de vie dont il est le témoignage.

Résumé : « Je me souviens qu’elle fut la première personne vivante, intacte, que j’aie vue apparaître, la première qui m’ait fait sentir à quel point ceux qui approchaient de moi, désormais, venaient d’une autre planète – la planète où la vie continue. » Le 7 janvier 2015, Philippe Lançon était dans les locaux de Charlie Hebdo. Les balles des tueurs l’ont gravement blessé. Sans chercher à expliquer l’attentat, il décrit une existence qui bascule et livre le récit bouleversant d’une reconstruction, lente et lumineuse. En opposant à la barbarie son humanité humble, Le lambeau nous questionne sur l’irruption de la violence guerrière dans un pays qu’on croyait en paix.

Éditeur ‎Folio (1 janvier 2020)
Langue ‎Français
Poche ‎512 pages
ISBN-10 ‎2072873703
ISBN-13 ‎978-2072873706

Loin d’eux de Laurent Mauvignier, un torrent d’émotions silencieux

À nouveau une rencontre littéraire, si ma rencontre avec le style sombre de Le Corre fut comme un boulet de désespoir me traversant de part en part, celle avec Laurent Mauvignier fut comme une série de claques retentissantes. Des allers-retours bourrés de style et d’émotions brutes.

Je ne vais pas m’étendre sur les personnages, leurs développements ou celui de l’intrigue car le cœur du récit réside ailleurs. Il se niche dans ces témoignages que l’on devine silencieux sur ces âmes rurales, attachées à leur terre, qui, derrière leur apparente impassibilité, sont de véritables tourbillons d’émotions.

Tout le livre repose sur ce postulat. Faire résonner le silence assourdissant de cette famille qui s’aime, qui tiennent les uns aux autres, mais qui ignorent comment l’exprimer. Il en résulte un style brut, sans concessions, un torrent de mot qui assaillent le lecteur, l’agrippe et le projette en tout sens avant de le laisser sur la rive, pantelant et hagard.

L’auteur évoque l’incapacité à communiquer, l’absence d’émotions verbale, la maladresse des mains qui empoignent les outils mais ne savent pas étreindre. La colère, la tristesse, la rancoeur, l’amertume et tant d’autres encore sont autant d’émotions qui seront invoqué au cours du récit dans une déferlante que rien ne semble pouvoir arrêter.

Une lecture courte mais dont on ne ressort pas indemne. Le torrent littéraire que lâche l’auteur vous laisse le cœur trempé par ces émotions brutes et l’esprit essoré par ce torrent. Une plume magistrale, un auteur dont il faut partir à la découverte.

Éditeur ‎Editions de Minuit (1 mai 1999)
Langue ‎Français
Broché ‎121 pages
ISBN-10 ‎2707316717
ISBN-13 ‎978-2707316714

Le bonheur national brut de François Roux, quatre garçons dans le vent

Récit initiatique, portrait d’une époque et réflexions sur la signification du bonheur, il y a un peu de tout ça dans cet ouvrage de François Roux sorti en 2014.

Encore une fois j’ai dû revoir à la baisse mes attentes de lectures. Je m’attendais à renouer avec les années 80, que j’affectionne particulièrement puisqu’elles m’ont vu venir au monde. Hors la narration de l’auteur s’ingénie à creuser le portrait de ses personnages en délaissant quelque peu la représentation de la France de cette époque. La retranscription de cette décennie bouillonnante reste donc assez sommaire. Peu importe il reste les personnages et leurs portraits psychologique, véritable attraction de cet ouvrage.

Des personnages que l’on rencontre à l’aube de l’âge adulte, décrit comme des diamants bruts qui vont peu à peu s’affiner sous la plume de l’auteur. Patiemment, au fil des chapitres, les morceaux de bois grossiers qu’ils étaient dans les premiers chapitres prennent une forme plus distingués, à mesure qu’évolue leur psychologie, savamment affûté par une plume consciencieuse. On a vite fait d’associer ces quatre personnages à des animaux totem.

À Rodolphe, l’éternel colérique dont l’énergie semble alimentée par une rage dont il ignore l’origine, c’est l’image de l’ours qui s’est imposé tandis que l’image du loup affamé se surperpose au portrait de Tanguy. Ces deux hommes, qui doivent faire face à leurs choix et à l’image séculaire du père, sont au final les deux aux parcours le plus touchant alors même qu’ils étaient insupportables aux prémices de cette fresque.

Benoît, l’albatros qui plane loin au-dessus des simples considérations des mortels, m’a plus ennuyé. Difficile de rendre palpitant le chemin de vie d’un personnage sur qui tout glisse tel des gouttes d’eau. Enfin Paul, le narrateur principal, est une cigale qui se laisse doucement porter par ses rêves, confondant de naïveté et d’un naturel placide qui a fini par me lasser.

Il n’en reste pas moins que le récit est passionnant. Voir ces enfants grandir, se heurter à la vie et ses vicissitudes est un plaisir qui ne s’affadit jamais au cours de la lecture.

Résumé :

Le 10 mai 1981, la France bascule à gauche.
Pour Paul, Rodolphe, Benoît et Tanguy, dix-huit ans à peine, tous les espoirs sont permis.

Trente et un ans plus tard, que reste-t-il de leurs rêves, au moment où le visage de François Hollande s’affiche sur les écrans de télévision ?

Le bonheur national brut dresse, à travers le destin croisé de quatre amis d’enfance, la fresque sociale, politique et affective de la France de ces trois dernières décennies. Roman d’apprentissage, chronique générationnelle : François Roux réussit le pari de mêler l’intime à l’actualité d’une époque, dont il restitue le climat avec une sagacité et une justesse percutantes.

Éditeur ‎Albin Michel (20 août 2014)
Langue ‎Français
Broché ‎688 pages
ISBN-10 ‎2226259732
ISBN-13 ‎978-2226259738

L’énigmatique madame Dixon – 7 octobre 2021 de Alexandra ANDREWS

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Florence Darrow veut être écrivaine. Ou plutôt : Florence Darrow sera écrivaine, elle en est persuadée. Chose plus simple à dire qu’à faire, et Florence peine à trouver sa place dans le monde de l’édition new-yorkaise. Quand on lui propose de devenir la nouvelle assistante de madame Dixon, l’autrice de Mississipi Foxtrot, le best-seller de l’année, elle saute sur l’occasion.

Chronique : L’énigmatique madame Dixon . Telle est bien la question. C’est une romancière qui a remporté les faveurs de la critique et un succès commercial, mais personne ne connaît l’identité de la personne qui se cache derrière le pseudonyme. C’est alors qu’entre en scène Florence Darrow, assistante dans une maison d’édition. Elle n’est pas satisfaite de son travail servile, mais pense que c’est un tremplin pour devenir l’écrivain célèbre et vénéré qu’elle est censée être. Malheureusement, elle ne se rapproche pas de son but, jusqu’à ce qu’une série de choix bouleverse sa vie et la mette sur une trajectoire de collision avec le destin… et Maud Dixon.

Et c’est tout ce que je vais dire concernant l’intrigue, car en dire plus serait gâcher les bonnes choses.

L’histoire se déroule lentement, et une bonne partie du plaisir est de ne pas vraiment savoir où elle va. Il y a ce sentiment de pressentiment inquiétant qui imprègne tout le livre. Le sentiment de dissonance, que quelque chose ne va pas, plane sur Florence, et il s’amplifie au fil du temps, petit à petit. Cette atmosphère me rappelle le meilleur du roman noir classique, dans la veine d’Hitchcock.

Même s’il faut du temps pour arriver au dénouement, l’histoire me tient en haleine dès la première page. L’écriture est si vive et si sournoise. Et Florence est un personnage principal rusé. Elle est égocentrique, sans complexe et prête à tout pour réaliser ses ambitions. Elle fait la parfaite femme fatale… ou est-elle simplement une victime dans tout ça ?

Le fait qu’il s’agisse du premier livre d’Alexandra Andrews est étonnant, car il se lit comme un thriller vraiment magistral. J’ai hâte de voir ce qu’elle va encore nous proposer.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Les escales éditions (7 octobre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 416 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2365695612 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2365695619

Code 612 Qui a tué le petit Prince ? – 14 octobre 2021 de Michel Bussi

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Qui mieux que Michel Bussi pour imaginer une enquête passionnante sur le mystère et les ombres du Petit Prince et de son créateur Saint-Exupéry ? Roman à clé, jeu de piste, hommage, Code 612 Qui a tué le Petit Prince? célèbre les 75 ans du Petit Prince. Un livre indispensable pour les amoureux du conte et de son auteur.

Chronique : Tout comme son auteur, Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince est un livre qui a voyagé à travers le monde. En effet, selon ses ayants droit, il demeure la fiction la plus traduite au monde : pas moins de 318 langues à son compteur ! Rédigé à New York, pendant la Seconde Guerre mondiale, Antoine de Saint-Exupéry en personne avait réalisé les illustrations à l’aquarelle.

Malheureusement, les expéditions de ce dernier ont subitement pris fin en juillet 1944, lors d’une mission en Méditerranée, durant laquelle il disparut en mer avec son avion, dans des circonstances qui demeurent mystérieuses.

C’est ce secret qu’a cherché à percer Michel Bussi dans ce remake du Petit Prince. Selon son éditeur, ce livre « passe en revue hypothèses, coupables et mobiles pour mettre en lumière la profondeur de cette œuvre et révéler les secrets d’Antoine de Saint-Exupéry, et de son double de papier ». 

« Depuis son adolescence, Michel Bussi cherche les clés du mystère qui lie la mort du Petit Prince à celle de son auteur. L’enfance, la quête d’identité, l’absence, le désir de liberté contrarié par la responsabilité sont autant de thèmes de ce conte philosophique », a ajouté la maison d’édition, rapporte l’AFP.

Qu’importe le succès, l’auteur compte d’ores et déjà reverser ses droits d’auteur à la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la jeunesse. Cette dernière finance de multiples projets dans l’éducation et l’environnement.

Bâti à la façon d’un jeu de miroirs, la situation de départ est des plus classiques et en outre, le lecteur se rend compte que la narration est débarrassée de mélancolie et de vague à l’âme, qu’elle reste dans un ton léger avec quelques réactions exagérées pour un effet comique. Évidemment, ce n’est pas une histoire basée sur l’action pourtant le lecteur se retrouve vite immergé dans cette histoire grâce a cette art qu’a Michel BUSSI de si bien écrire. C’est un livre agréable et les personnages sont hauts en couleur, charismatiques, attachants. En sortant de cette œuvre, le lecteur se rend compte qu’il sourit, encore sous le charme de ses escales, et des décors, totalement subjugué par ce récit qui a réuni le petit prince et St Exupery. Le lecteur va apprécié à sa juste valeur ce conte à la forme sophistiquée et enlevée, avec une nostalgie assumée.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Presses de la Cité (14 octobre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 240 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2258197902 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2258197909

Le livre du roi d’Arnaldur Indridason, EN ROUTE VERS L’AVENTURE !! mais pas trop vite…

Cet ouvrage du célèbre auteur de polar islandais était la promesse d’une aventure épique avec les légendes antiques en toile de fond. Malheureusement il s’agit d’une promesse non tenue.

L’adjectif classique serait un terme idéal pour parler de cette lecture. Classique dans sa narration, sous forme de journal intime qui déroule son récit au passé simple. Un choix qui m’a paru désuet et peu judicieux pour impliquer le lecteur dans cette chasse au trésor pour tenter de remettre la main sur l’édition originale du livre du roi.

Classique dans la caractérisation des personnages aussi. Le narrateur principal, qui forme avec son professeur un duo atypique à la Holmes-Watson, l’étudiant tenant le rôle de Watson. Un personnage terne et sans aspérités qui échoue à insuffler le moindre souffle lyrique dans le récit. À contrario le professeur apparaît comme un personnage haut en couleur, doté d’un tempérament orageux, sans pour autant que cela suffise à vivifier l’ensemble.

Tout aussi classique dans le déroulement de son intrigue qui se révèle pauvre en surprises et maigre en élément propre à la mythologie scandinave. À la lecture de l’ouvrage j’ai eu l’impression de lire le scénario d’un téléfilm d’aventures au budget serré. Le genre de téléfilm dispensable sur lequel on tombe un dimanche après-midi en errant de chaîne en chaîne.

Je voue une passion sans bornes pour les récits policiers d’Indridason mais son incursion dans le récit d’aventures ne m’a absolument pas convaincu.

Résumé : Le Livre du roi est un trésor pour lequel certains sont prêts à voler, et même à tuer. En 1955 à Copenhague, un étudiant se lie d’amitié avec un étrange professeur, passionné de sagas islandaises… ancien propriétaire du fameux manuscrit. Désireux de récupérer ce bien inestimable, ils se lancent dans une quête effrénée à travers l’Europe. Ils vont vivre une aventure qui marquera leur vie à jamais.

Les suicidés du bout du monde de Leila Guerriero, Les laissés-pour-compte du rêve argentin

Les laissés-pour-compte du rêve argentin

Une fenêtre sur une région du monde méconnue s’ouvre grâce à ce récit et ce qu’elle livre à notre vision d’occidentaux biens au chaud et protégés est à la fois une histoire vieille comme le monde et un constat amer sur la politique argentine.

Une histoire ancienne où ceux qui peuvent tout prendre prennent tout et ne laissent que les miettes aux masses laborieuses. Les condamnant à une vie misérable à l’horizon barré par les derricks des champs pétrolifères.

L’auteure a fait le choix d’épurer son récit de tout romanesque, asséchant ainsi sa plume pour ne garder que l’essentiel, l’effroi, la sidération et la consternation devant ces témoignages douloureux à lire. Des témoignages empreints d’une humanité poignante et qui nous livrent sans fard la l’échec d’une nation, Indifférente au renoncement ultime de ses enfants.

Les raisons de tous ces drames successifs sont rapidement cernés par l’auteure. Une gestion calamiteuse des ressources naturelles, l’absence de lien social (la bourgade ne propose aucun lieu de rencontre, de vie tout y fonctionnel), le manque d’infrastructures ( jusqu’en 2004 il n’y avait pas internet) et les conditions climatiques difficiles. Mais la raison primordiale est le sentiment qu’ont les habitants de ne compter pour rien, de n’être que des grains de poussière tout juste bon à être balayé par les vents mordants de la Patagonie.

Alors que la fenêtre se referme. Les questions se bousculent alors que la peine ou la colère se disputent la primauté des réactions. Un récit âpre, dur à lire et encore plus dure à oublié.

Résumé : Dans cette chronique saisissante d’une ville fantôme de Patagonie frappée par une épidémie de suicides de jeunes gens, Leila Guerriero, figure majeure du journalisme narratif en Amérique latine, mène l’enquête avec une empathie profonde pour trouver une explication à ce geste ultime et toujours incompréhensible. Est-ce une secte, l’ennui, l’alcool, la violence, la solitude, la religion, le climat ? Parcourant les rues désertes de ce bout du monde arasé par le vent et le froid, sorte de far west moderne où viennent échouer les pionniers misérables du pétrole, elle pose en réalité la question de ce qui nous tient en vie. Sa réponse se situe du côté de la solidarité, du lien aux autres, à la communauté.

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (6 octobre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎224 pages
ISBN-10 ‎2743654643
ISBN-13 ‎978-2743654641

Vous plaisantez monsieur Tanner de Jean-paul Dubois, Déboire zinc et marteau

Avec ce récit court, l’expert de l’ironie douce-amère nous conte la progression désastreuse d’un chantier domestique qui va exiger énormément à son propriétaire.

Inutile d’attendre une quelconque densité dans les personnages ou la narration, le propos de l’ouvrage est ailleurs. Les chapitres sont courts, les anecdotes tantôt hilarantes, tantôt sidérantes sonnent malheureusement de manière très réaliste.

Il faut plutôt voir l’ouvrage comme une bonbonnière dans laquelle chaque chapitre serait une friandise. Une bêtise de Cambray ou un calisson dont le raffinement artisanal dissimulerait toute une gamme de saveur qui vous fera passer du rire aux larmes en une tournure de phrase. C’est la marque de fabrique de cet auteur, une fois que l’on a accepté le partis pris de ne pas vraiment développer le narrateur comme un personnage à part entière on se régale avec cette confiserie.

L’auteur n’oublie pas pour autant que l’emballage compte autant que la sucrerie à l’intérieur. Ainsi sa plume offre de jolies énumérations, des réflexions sur le concept de propriété, des figures de style en pagaille qui seront autant de délices pour ceux qui se nourrissent de littérature. Sans oublier les portraits absolument exquis des différents artisans qui viendront pimenter le quotidien harassant de ce pauvre M.Tanner.

Et voilà qu’à peine entamé la réserve de sucrerie est déjà vide mais ainsi fonctionne l’auteur, ne pas gaver le lecteur au risque de frôler l’indigestion. Une recette satisfaisante qui pousse le lecteur gourmand à ingurgiter très vite un autre de ces récits aux mille saveurs.

Résumé : À la mort de son oncle, Paul Tanner hérite d’une immense maison qu’il entreprend de rénover accompagné de professionnels. Il ne présage pas l’orage qui menace : maçons déments, couvreurs délinquants, électriciens fous, tous semblent s’être donné le mot pour rendre la vie impossible à monsieur Tanner. Chronique d’un douloureux combat, galerie de portraits terriblement humains, une comédie noire orchestrée par des hommes de chantier.

Éditeur‎Points (14 décembre 2020) Langue‎Français Poche‎216 pages ISBN-10‎275788865X ISBN-13‎978-2757888650

Notre banc – 22 septembre 2021 de Saskia Sarginson

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Cela commence sur un banc en 2004, sur la colline de Hampstead, où une femme attend un homme. Dix ans plus tôt, ils se sont fait une promesse : à cette date exactement, sur ce banc-là, ils mettront fin à cette histoire d’amour née trente ans auparavant, ou bien ils décideront de tout recommencer. Ils n’auraient jamais dû se rencontrer, en 1983. Ils n’auraient jamais dû s’aimer… Séparés par un mensonge, pourront-ils pardonner et effacer le années passées? Ce qui a été perdu peut-il véritablement se retrouver ?

Chronique : Il y a dix ans, ils se sont rencontrés en Amérique, à Atlantic City. Ils ont entamé une histoire d’amour qui n’a jamais semblé se terminer comme une histoire d’amour devrait le faire… puis ils ont passé des années séparés, à vivre leur vie ou peut-être simplement à exister à travers la vie jusqu’à…

En alternant de courts chapitres, nous entendons l’histoire de Cat et celle de Sam.
Sam et Cat tombent éperdument amoureux l’un de l’autre en très peu de temps, alors que Sam voyage aux Etats-Unis. Cat se débat dans la vie en travaillant dans un salon funéraire, en essayant de maintenir la vie de ses parents et en reprenant sans cesse leurs rêves brisés, jusqu’à ce qu’elle rencontre Sam. Il vient lui aussi d’une famille dysfonctionnelle.
Sam est une bouffée d’air frais, il est musicien et veut devenir un artiste à succès. Lorsqu’ils se rencontrent, ils partagent leurs espoirs et leurs rêves pour l’avenir avant de promettre de rester en contact et de se retrouver à Londres pour continuer leur vie ensemble… mais la vie s’en mêle et cette rencontre n’a pas lieu.
Juste avant de se séparer, Sam et Cat font le pacte de se retrouver sur un banc dans la lande…
Au Royaume-Uni, de nombreux bancs dans les parcs de Londres portent des plaques avec des messages pour les êtres chers qui ne sont malheureusement plus parmi nous. C’est un banc spécifique dont Sam parle à Cat et tous deux y reviendront au cours des décennies suivantes.
Ce qui suit au fil du temps est une histoire d’amour, de séparation, de leçons de vie et de secrets.
Saskia parvient à articuler les conversations et les humeurs d’une manière telle que l’on se trouve en plein dedans… et que l’on se demande ce que l’on ferait à sa place.
L’histoire est captivante et très douce. Une lecture agréable qui plaira à de nombreuses personnes. Une belle histoire avec de grands personnages
Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Marabooks (22 septembre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 384 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 250113866X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2501138666