Les ombres du désert de Parker Bilal, perdus dans les dunes…

La dernière page de Meurtres rituels à Imbaba s’achevait sur les images du World trade center en train de s’effondrer. Ce qui promettait une ambiance paranoïaque et explosive pour ce troisième volume des enquêtes de Makana. Las l’auteur a refroidi les attentes avec une intrigue qui s’éparpille beaucoup trop.

Les problématiques qui secouent l’Égypte et qui pourraient donner un bon polar ce n’est pas sa qui manque. Entre le sexisme d’état et religieux, la corruption rampante et la lutte contre le terrorisme, le Moyen-Orient est une mine d’or pour les conteurs d’histoires sombres. Le problème c’est que l’auteur a jugé bon de tous les incorporer à son récit. Créant ainsi un enchevêtrement d’intrigues qui se rejettent entre elles, rendant le récit inutilement complexe.

De plus l’auteur ne parvient pas à instaurer une véritable atmosphère dans ce village perdu de Siwa où l’on suit Makana qui pose des questions auxquelles les habitants répondent de manière évasive. On s’ennuie le temps que l’enquêteur rassemble les pièces du puzzle, le tout pour une intrigue qui se révèle prévisible sur bien des aspects.

Enfin c’est la première fois depuis que j’ai commencé à lire ses enquêtes que le caractère placide de Makana m’a paru incompréhensible, il est bien trop souvent spectateur de drames qu’il aurait pu éviter. Signalons aussi qu’il a tendance à se sortir indemne de situation épineuse de manière un peu trop aisée.

Une saga qui vaut toujours le détour de par le dépaysement qu’elle offre mais ce troisième opus se perd dans les dunes sableuses et fait miroiter une intrigue palpitante qui ne s’amorce que bien trop tard.

Résumé : Début 2002, peu après le 11-Septembre. Alors que les Israéliens assiègent Ramallah, une forte tension agite les rues du Caire, où Makana file tant bien que mal la Bentley de Me Ragab, que sa femme pressent d’adultère. En réalité, l’avocat va voir sa protégée, Karima, une jeune fille gravement brûlée dans l’incendie de son domicile. La police croit à un accident, il soupçonne un crime d’honneur commis par le père de la victime, un djihadiste en cavale. Makana se rend à Siwa, oasis à la lisière du désert libyen, pour se renseigner sur la famille de Karima, mais il s’y heurte à l’hostilité des autorités, qui appliquent la loi à leur manière et se méfient des étrangers. Pire, il est accusé de deux meurtres barbares qui l’éclairent sur une donnée majeure de l’équilibre local : la présence de gisements de gaz…

Éditeur ‎Le Seuil (2 février 2017)
Langue ‎Français
Broché ‎432 pages
ISBN-10 ‎2021238083
ISBN-13 ‎978-2021238082

Noir d’Espagne de Philippe Huet, Enserrés dans les griffes de l’histoire

Enserrés dans les griffes de l’histoire

Doté d’un style vif et délicieusement rétro, et d’une retranscription convaincante d’une époque trouble cet ouvrage est une fort bonne lecture mais pas pour les raisons auxquelles je m’attendais.

L’auteur dynamite son récit à l’aide d’une plume canaille, parsemé de termes argotiques désuet mais extrêmement revigorant, dotée de fulgurances humoristique bienvenue. Ce style est une vitrine idéale pour partir à la découverte d’une époque complexe que l’auteur fait apparaître ici dans toute sa fougue hargneuse et sa passion sanguinaire.

Dommage que cela ne soit pas au service d’une intrigue plus ambitieuse. Peut-être est-ce le fait que l’ouvrage s’inscrit dans une saga qui prouvera toute sa dimension une fois achevée mais en l’état j’ai trouvé le récit un peu plat, l’intrigue met du temps à démarrer et ne décolle jamais vraiment. J’ai cru assister à une chronique de la guerre civile espagnole alors qu’il ne s’agit en réalité que de l’une de ses pages sanglantes et misérables.

Là où je m’attendais à vibrer pour deux personnages ballotter dans les affres de la guerre civile espagnole je me suis retrouvé à prendre plus de plaisir à suivre les chapitres consacrés à Hortense, la fiancée de l’un des personnages principaux, plutôt que le personnage en question, qui m’a paru fade, atrabilaire et dépourvu de l’énergie galvanisatrice qui parcourt le récit. Espérons que l’on retrouvera Hortense et sa famille dans la suite de la saga et dans un rôle plus conséquent.

Un récit qui ravira par sa gouaille réjouissante, ses dialogues truculents et sa peinture d’une époque impitoyable plus que pour ces deux personnages principaux un peu en décalage avec le reste du récit.

Résumé :

Le Havre constitue la principale escale des navires qui ravitaillent en armes la République espagnole. Parmi les dockers locaux, Marcel Bailleul, qui ne dort plus depuis l’assassinat de son père Victor. Après avoir finalement découvert que le meurtrier a passé la frontière et rejoint les rangs de l’armée franquiste, Marcel cherche à s’enrôler dans les brigades internationales. Pour retrouver cet homme et venger son père. Par ailleurs, le journaliste Louis-Albert Fournier, envoyé spécial du Populaire en Espagne, se voit le destin d’un Hemingway. Mais pour l’un comme pour l’autre, quand les bombes pleuvent et que le sang coule, assouvir une vengeance ou des rêves de gloire semble bien dérisoire…

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (2 juin 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎352 pages
ISBN-10 ‎2743653043
ISBN-13 ‎978-2743653040

Loin d’eux de Laurent Mauvignier, un torrent d’émotions silencieux

À nouveau une rencontre littéraire, si ma rencontre avec le style sombre de Le Corre fut comme un boulet de désespoir me traversant de part en part, celle avec Laurent Mauvignier fut comme une série de claques retentissantes. Des allers-retours bourrés de style et d’émotions brutes.

Je ne vais pas m’étendre sur les personnages, leurs développements ou celui de l’intrigue car le cœur du récit réside ailleurs. Il se niche dans ces témoignages que l’on devine silencieux sur ces âmes rurales, attachées à leur terre, qui, derrière leur apparente impassibilité, sont de véritables tourbillons d’émotions.

Tout le livre repose sur ce postulat. Faire résonner le silence assourdissant de cette famille qui s’aime, qui tiennent les uns aux autres, mais qui ignorent comment l’exprimer. Il en résulte un style brut, sans concessions, un torrent de mot qui assaillent le lecteur, l’agrippe et le projette en tout sens avant de le laisser sur la rive, pantelant et hagard.

L’auteur évoque l’incapacité à communiquer, l’absence d’émotions verbale, la maladresse des mains qui empoignent les outils mais ne savent pas étreindre. La colère, la tristesse, la rancoeur, l’amertume et tant d’autres encore sont autant d’émotions qui seront invoqué au cours du récit dans une déferlante que rien ne semble pouvoir arrêter.

Une lecture courte mais dont on ne ressort pas indemne. Le torrent littéraire que lâche l’auteur vous laisse le cœur trempé par ces émotions brutes et l’esprit essoré par ce torrent. Une plume magistrale, un auteur dont il faut partir à la découverte.

Éditeur ‎Editions de Minuit (1 mai 1999)
Langue ‎Français
Broché ‎121 pages
ISBN-10 ‎2707316717
ISBN-13 ‎978-2707316714

Là où renait l’espoir – 25 août 2021 de Elise Fischer

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Édouard et Reine sont des enfants de la guerre, nés d’un père alsacien, Armand Baumann, et d’une mère lorraine, Léonie Peltier. Édouard est venu au monde en 1939 alors qu’Armand, mécanicien automobile, était sur la ligne Maginot. Fait prisonnier, le jeune Alsacien a été aussitôt enrôlé de force dans l’armée allemande.

Chronique : Fantastique roman d’Elise Fischer qui réussi et épouse bien le récit, agrémenté d’un jeu d’ombres et de couleur magnifiques dans lequel harmonie et simplicité fusionnent à un point que c’en est jubilatoire. Une telle stylisation est assez inhabituelle pour ce type d’histoire, qui généralement est plus associée à des récit d’un réalisme académique. Le tout, porté par une écriture cinématographique. L’atmosphère et la tension dramatique sont bien rendues. avec l’impressionnante documentation qu’a du accomplir l’auteur afin de rester et de ressembler le plus fidèlement au contexte de l’époque. Cette période n’est pas sans écho avec la nôtre gangrenée par l’hégémonie des fanatismes et les massacres subséquents.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Calmann-Lévy (25 août 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 2 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2702181813 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2702181812

L’homme aux murmures d’Alex North, qui a peur du grand méchant loup ?

Je trouve de moins en moins satisfaction dans la lecture de ces thrillers grand public formatés pour plaire aux plus grands nombres, qui jouent sur les codes du fantastique et du polar sans rien proposer de nouveau. La lecture de l’homme aux murmures me conforte dans cet avis.

Le style déjà, j’en n’en attendais rien de particulier mais là j’ai eu l’impression que la plume sortait tout juste d’un atelier d’écriture. C’est propre, c’est net mais c’est aussi lisse et impersonnel qu’une chanson de Calogero. C’est très efficace par contre, l’immersion est aisée mais on m’aurait dit que c’était un robot qui l’aurait écrit je n’en aurais pas été surpris.

L’histoire est sympathique sans plus. Pendant ma lecture, je n’arrêtais pas de me dire que j’étais devant un téléfilm policier formaté. Ce n’est pas mauvais mais c’est complètement oubliable. La partie enquête semble prometteuse mais retombe comme un soufflé passé le milieu du récit. Quant à la partie suspens mâtinée de fantastique qui met en scène Tom et son fils, elle est dispensable et joue sur le thème soft-fantastic qui devient un effet de mode assez horripilant, sans que cela amène quoi que ce soit à l’intrigue.

Quant à la fin, elle est ratée. Autant je veux bien reconnaître une certaine efficacité au reste du récit autant la fin est brouillonne, expédiée et inutilement nébuleuse.

Pour mon bien-être, et celui des gens qui me suivent et aiment peut-être ce genre de récit, je pense qu’il va vraiment falloir que je cesse ce genre de lecture mais pour ma défense ce n’est pas toujours facile de repéré quel thriller ont été doté d’une âme par leur auteur et quels autres sortent d’une chaîne de fabrication uniforme.

Résumé : Un écrivain veuf, Tom, et son fils de 8 ans, Jake, emménagent dans une nouvelle ville. Featherbank. Si charmante et calme en apparence. Où vingt ans plus tôt, un serial killer a été arrêté après avoir tué plusieurs enfants. On l’appelait l’Homme aux murmures. Des murmures que Jake a entendus. A la porte de sa maison. Et si tout recommençait ?

Éditeur ‎Le Seuil (5 mars 2020)
Langue ‎Français
Broché ‎400 pages
ISBN-10 ‎2021417077
ISBN-13 ‎978-2021417074

Le bonheur national brut de François Roux, quatre garçons dans le vent

Récit initiatique, portrait d’une époque et réflexions sur la signification du bonheur, il y a un peu de tout ça dans cet ouvrage de François Roux sorti en 2014.

Encore une fois j’ai dû revoir à la baisse mes attentes de lectures. Je m’attendais à renouer avec les années 80, que j’affectionne particulièrement puisqu’elles m’ont vu venir au monde. Hors la narration de l’auteur s’ingénie à creuser le portrait de ses personnages en délaissant quelque peu la représentation de la France de cette époque. La retranscription de cette décennie bouillonnante reste donc assez sommaire. Peu importe il reste les personnages et leurs portraits psychologique, véritable attraction de cet ouvrage.

Des personnages que l’on rencontre à l’aube de l’âge adulte, décrit comme des diamants bruts qui vont peu à peu s’affiner sous la plume de l’auteur. Patiemment, au fil des chapitres, les morceaux de bois grossiers qu’ils étaient dans les premiers chapitres prennent une forme plus distingués, à mesure qu’évolue leur psychologie, savamment affûté par une plume consciencieuse. On a vite fait d’associer ces quatre personnages à des animaux totem.

À Rodolphe, l’éternel colérique dont l’énergie semble alimentée par une rage dont il ignore l’origine, c’est l’image de l’ours qui s’est imposé tandis que l’image du loup affamé se surperpose au portrait de Tanguy. Ces deux hommes, qui doivent faire face à leurs choix et à l’image séculaire du père, sont au final les deux aux parcours le plus touchant alors même qu’ils étaient insupportables aux prémices de cette fresque.

Benoît, l’albatros qui plane loin au-dessus des simples considérations des mortels, m’a plus ennuyé. Difficile de rendre palpitant le chemin de vie d’un personnage sur qui tout glisse tel des gouttes d’eau. Enfin Paul, le narrateur principal, est une cigale qui se laisse doucement porter par ses rêves, confondant de naïveté et d’un naturel placide qui a fini par me lasser.

Il n’en reste pas moins que le récit est passionnant. Voir ces enfants grandir, se heurter à la vie et ses vicissitudes est un plaisir qui ne s’affadit jamais au cours de la lecture.

Résumé :

Le 10 mai 1981, la France bascule à gauche.
Pour Paul, Rodolphe, Benoît et Tanguy, dix-huit ans à peine, tous les espoirs sont permis.

Trente et un ans plus tard, que reste-t-il de leurs rêves, au moment où le visage de François Hollande s’affiche sur les écrans de télévision ?

Le bonheur national brut dresse, à travers le destin croisé de quatre amis d’enfance, la fresque sociale, politique et affective de la France de ces trois dernières décennies. Roman d’apprentissage, chronique générationnelle : François Roux réussit le pari de mêler l’intime à l’actualité d’une époque, dont il restitue le climat avec une sagacité et une justesse percutantes.

Éditeur ‎Albin Michel (20 août 2014)
Langue ‎Français
Broché ‎688 pages
ISBN-10 ‎2226259732
ISBN-13 ‎978-2226259738

L’enfant du silence d’Abigail Padgett, la fureur d’une guerrière

C’est parfois dans les vieux récits que l’on fait les meilleures histoires. Les @editionsrivages ont eu l’excellente idée de rééditer ce polar sorti en 1993. Ne prenez pas ombrage de son âge ce polar est, par certains aspects plus modernes que d’autres productions plus récentes et qui se veulent tendance.

Un personnage décalé et légèrement bordeline est tout ce qu’il fallait à ce récit pour être une bonne lecture. Le personnage de Bo est un régal pour tous les passionnés de lecture, une âme altruiste qui traîne derrière elle le fantôme de sa sœur, son lourd traitement contre ses troubles mentaux et sa tendance à ne pas savoir quand fermer sa bouche. Une battante qui gère ses démons comme elle peut. Le genre de petit bout de femme que l’on préfère avoir avec soit que contre soit.

La plume de l’auteure, qui, de par son expérience personnelle, sait de quoi elle parle, est le second atout du récit. Lorsque l’esprit de Bo commence à dérailler la plume se fait frénétique, les mots pulsent comme une veine qui bat. Au contraire lorsque le brouillard de sa maladie l’embrume la plume ralentie et se fait vaporeuse sans que jamais le rythme du récit n’en pâtisse.

Ajoutons à cela une évocation de la culture amérindienne et une plongée dans la réalité quotidienne des travailleurs sociaux et vous obtiendrez une excellente lecture qui souffre juste d’une intrigue prévisible. Espérons que les prochaines aventures de Bo proposeront plus de surprises à ce niveau-là.

Une excellente lecture, portée par un personnage originale et un traitement tout en finesse d’un trouble mental encore assez méconnue à l’époque.

Résumé : Un enfant de quatre ans, de race blanche, a été retrouvé sur la réserve indienne des Barona, dans une bâtisse inhabitée, à cinq heures trente du matin. Il était attaché à un matelas par une corde à linge. Bo Bradley, du service de protection de l’enfant, a été chargée de son dossier.

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (20 octobre 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎272 pages
ISBN-10 ‎274365466X
ISBN-13 ‎978-2743654665

Les Ancêtres: Après Vorrh, le nouveau roman de la saga culte de fantasy – 7 octobre 2021 de Brian CATLING

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Années 1920. À travers l’Europe, d’étranges créatures reviennent à la vie : ce sont les Ancêtres, les anges qui ont échoué à protéger l’Arbre de la Connaissance. Leur réveil aura des conséquences dramatiques.

Chronique : Ces livres publiés par Brian Catling sont une bête étrange. Ils sont trop bizarres pour connaître un jour un grand succès et concurrencer les séries de fantasy épique grand public, mais d’autres artistes les tiennent en haute estime et ils recueillent de nombreux éloges. Catling est un artiste de la scène artistique moderne, où il crée des sculptures et réalise des performances, et ce n’est que récemment qu’il a commencé à écrire des livres. Aussi, lorsqu’il a soudainement fait irruption sur la scène il y a quelques années, les critiques ont été stupéfaits par sa prose saisissante et son imagination fébrile. Le passé artistique de Catling en matière d’expositions visuelles transparaît dans son texte, qui regorge de métaphores visuelles et d’images saisissantes.

À la lecture de sa série de romans fantastiques sur une forêt mystique d’Afrique appelée Vorrh, il est clair que Catling vient d’un milieu très différent de celui des autres écrivains de fantasy. Les romans se déroulent à l’époque coloniale où les Européens parcouraient l’Afrique, et Catling relie l’idée que l’Afrique a été le berceau de l’espèce humaine à l’idée que l’Eden du livre de la Genèse se trouve toujours au cœur de la Vorrh. L’effrayante sorcellerie africaine débouche sur un récit plein de fantômes et de transformations mystiques, dont le thème est plus proche des Métamorphoses d’Ovide que de la fantasy moderne. Mythago Wood (1984) de Robert Holdstock constitue une bonne comparaison. Les Ancêtres fait référence à des anges déchus qui n’ont pas su garder l’arbre de la connaissance et qui se réveillent et rampent hors du sol.

Les Ancêtres suit de près The Vorrh (2012) et commence par une tempête qui se prépare au-dessus du Vorrh. Des forces se déplacent et des personnages meurent et/ou sont ressuscités. Au début, une scène particulièrement effrayante transforme les anciennes intrigues de The Vorrh concernant Peter Williams et Tsungali en un nouveau départ. Catling aime mettre de vieux artistes dans ses romans, comme Dan Simmons met de vieux poètes dans sa science-fiction. Dans The Vorrh, on retrouve le photographe expérimental Eadweard Muybridge, et dans Les Ancêtres le peintre William Blake. Cherchez son tableau de Nabuchodonosor et vous reconnaîtrez la couverture de ce roman. Selon Catling, Blake a basé sa peinture sur quelque chose de mystérieux.

Catling possède des atouts qui sont à nouveau présents dans cette suite. Sa prose est dense, pleine de simulations étranges, et il cherche toujours à communiquer des états émotionnels complexes. Ses personnages sont très sensibles aux humeurs, aux changements de temps et autres. Il y a constamment des allusions à des forces invisibles qui donnent à son histoire une lourde sensation mystique. Il est préférable de lire ce livre lentement ; prenez votre temps et savourez le langage et les images. Relisez les paragraphes, c’est bien. Si vous vous précipitez, vous risquez d’être frustré par la langue.

J’adore ces romans et je pense que Catling est un sacré écrivain, qui fait preuve d’un pur plaisir de raconter des histoires. Les Ancêtres est assez sinueux dans sa narration car Catling adore établir ses personnages et ses lieux avant de délivrer le punch d’un chapitre. Le résultat est un récit sinueux, mais riche, et une fontaine d’imagination. C’est aussi très effrayant par moments, ce qui donne à l’histoire un bon mordant. Et même si l’histoire se déroule à l’époque coloniale, Catling cherche bien plus à évoquer un sentiment d’inquiétude et d’inconnu qu’à s’enliser dans des leçons de morale.

L’intrigue ne va pas vite en besogne. Catling jongle avec de nombreuses intrigues, si bien que même à la moitié du roman, il peut passer à un personnage et je me surprends à penser : « Ah oui, c’est ce qui se passait aussi ! » Mais l’histoire est surtout en train de mettre en place de nouveaux fils conducteurs et de faire les premiers nouveaux pas en avant. Cela en fait un livre typique du milieu d’une trilogie, où l’excitation de l’introduction est déjà passée, et où les fils se tordent et se transforment vers une nouvelle direction. Cette direction n’est pas tout à fait claire. Mais on peut dire la même chose du premier livre : l’intrigue de Catling se dévoile lentement, avec le temps. Du moins, s’il y en a une.

Dans le dernier quart, le roman commence à faiblir. Il manque une belle conclusion, une direction forte avec un point culminant momentané. Catling présente un grand nombre de choses superbes et effrayantes dans des chapitres bien construits, à la manière d’une peinture de Mervyn Peake.

Note : 10/10

Éditeur ‏ : ‎ Fleuve éditions (7 octobre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 432 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2265154989

Je suis l’Abysse – 20 octobre 2021 de Donato Carrisi

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L’homme qui nettoie rôde autour de nous. Parmi nos déchets, il cherche des indices sur nos vies.
En particulier sur celles des femmes seules. Une femme lui a fait beaucoup de mal enfant : sa mère.

Chronique : Une intrigue qui ressemble à une bombe à retardement, se déplaçant au rythme de l’inquiétude, s’insinuant dans l’esprit, saisissant jusqu’à la dernière page.
Donato Carrisi, peu enclin à écrire des romans de « terreur », préfère distribuer la peur à petites doses, entre les lignes de chaque page, créant ainsi cette sensation de vertige et de suspense, typique de son style, à laquelle il est impossible de résister.
Trois personnages, l’homme qui a nettoyé, la petite fille à la houppe violette, le chasseur de mouches : un bourreau, une jeune victime du revenge porn, une femme qui accepte le défi : ils n’ont pas de nom mais possèdent une forte identité solitaire et Carrisi est très doué pour délimiter les personnalités sans nécessairement baptiser ses protagonistes.
« Qui êtes-vous ? »
Trois vies qui se croisent et pas par hasard.
Trois solitudes liées par le destin.
Le mal et le bien se poursuivent l’un l’autre.
Les premières pages font froid dans le dos (un enfant risque de se noyer et sa mère l’abandonne là, seul…) ouvrant sur une tension émotionnelle qui conduira à la trappe de l’abîme, faite d’existences conditionnées par le passé et de secrets qui flottent sans jamais sombrer, comme dans une matrice.
Le dernier livre de Carrisi (son onzième, son meilleur roman à mon avis, les ayant tous lus !) se déroule sur le lac de Côme, protagoniste silencieux et occulte, dont les eaux sont une présence imminente qui avale et retourne. Presque toujours…
Mais il existe un autre endroit profond et dangereux : l’internet, ce monde submergé et trouble qui illusionne, séduit et absorbe les vies.
Et il y a la peur et l’amour, enveloppés comme dans une spirale, qui unit ces deux forces primordiales qui semblent distantes et incompatibles.

Comme l’auteur le répète souvent : « Sommes-nous vraiment seuls quand nous sommes seuls ? ».

Un thriller à l’atmosphère noire sur l’imprévisibilité de l’être humain qui, comme dans le précédent, nous rappelle que le mal se cache souvent derrière ceux qui devraient protéger.
Carrisi est mon préféré dans ce genre et je sais que je suis partial, mais je pense qu’il ne me laissera jamais tomber !

Note : 9,5/1

Éditeur ‏ : ‎ Calmann-Lévy (20 octobre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 304 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2702182895

Paris typographies – 7 octobre 2021 de Marguerite Chaillou

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Affiches, enseignes, pancartes, pochoirs, néons ou graffitis… Chaque époque, chaque quartier, chaque monument de la capitale peut se raconter par sa typographie. Car si les mots portent le sens, leurs formes partagent leur âme. En 700 photographies inédites, Marguerite Chaillou nous fait découvrir le charme et la splendeur d’un Paris insolite. Un Paris qui se donne à voir, en toutes lettres.

Chronique : Vraiment original de prendre les règles typographiques (ponctuation, usage des majuscules, de l’italique, présentation des dialogues, signes de correction, règles d’écriture des nombres en chiffres, en lettres, pluriel des noms propres, locutions latines, unités de mesure, particules patronymiques, règles de coupure des mots en fin de ligne, règles de présentation bibliographique, etc., etc., etc.) dans le tout Pari et c’est vraiment passionnant et très accessible pour qui veut écrire selon les règles, pour plus de clarté.
Écrire est un art qui nécessite des règles qui sont un système de code qui permet au lecteur de s’y retrouver lorsqu’il change de lecture. Pas besoin pour lui d’apprendre un nouveau code de la lecture avec ces exemples bien concret.

Juste magnifique et un vrai plaisir d’y tourner les pages.

Note : 9,5/10

ASIN ‏ : ‎ B09758F6HL Éditeur ‏ : ‎ ARENES; Illustrated édition (7 octobre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Relié ‏ : ‎ 313 pages