Si ça saigne de Stephen King, si on s’ennuie…

Dispensable. Voilà le mot qui me reste après la lecture de ce recueil de nouvelles de Stephen King. Pas désagréable mais vraiment pas mémorable. Voyons ça dans le détail.

La première histoire, « le téléphone de M. Harrigan, est très classique dans son traitement. Quiconque connais l’auteur ne ressentira aucune surprise, et encore moins d’effroi, face à cette histoire d’un personnage équilibré et bienveillant et de téléphone hanté. Rien de désagréable mais c’est du vu et revu.

Je suis resté complètement hermétique à la seconde histoire, qui a le mérite d’être originale et loufoque mais cela n’a pas suffi à capter mon attention.

Quant à la troisième nouvelle, qui a sans doute constituée l’attrait principal du recueil pour nombre de lecteurs, elle remet en scène le personnage passionnant d’Holly Gibney dans une intrigue qui n’est qu’une pâle resucée de l’ouvrage précédent de l’auteur, l’outsider, mais sans rien apporter de neuf à la mythologie de cet univers. Retrouver Holly est toujours un plaisir mais cela ne suffit pas à faire de Si ça saigne un récit inoubliable.

Seul la dernière nouvelle, un huis clos sur fond de pacte faustien, déploie une véritable atmosphère. L’auteur renoue avec l’un de ses sujets favoris, la création littéraire et les affres délétères qu’elle peut entraîner. L’auteur a eu la bonne idée d’aller à l’essentiel pour ce dernier récit.

Ces quatre nouvelles sans aucune thématique commune entre elles forment un recueil bancal, pas inintéressant dans l’absolu, à condition d’être fan inconditionnel du King

Résumé : Les journalistes le savent : si ça saigne, l’info se vend. Et l’explosion d’une bombe au collège Albert Macready est du pain béni dans le monde des news en continu. Holly Gibney de l’agence de détectives Finders Keepers, travaille sur sa dernière enquête lorsqu’elle apprend l’effroyable nouvelle en allumant la télévision. Elle ne sait pas pourquoi, le journaliste qui couvre les événements attire son attention…
Quatre nouvelles magistrales, dont cette suite inédite au thriller L’Outsider, qui illustrent, une fois de plus, l’étendue du talent de Stephen King.

Éditeur ‎Albin Michel (10 février 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎464 pages
ISBN-10 ‎2226451056
ISBN-13 ‎978-2226451057

Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski, fresque royale

Toujours sera récompensé l’auteur qui patiemment tisse la tapisserie que constitue son oeuvre. En fantasy la précipitation est rarement récompensée. Une méticulosité que Jean-Philippe Jaworski a faite sienne pour notre plus grand plaisir.

Ce recueil de nouvelles complète à merveille le fantastique roman qu’est gagner la guerre. Il donne à voir une géographie précise du vieux royaume tout en consolidant les bases historiques de cette terre morcelée où les passions humaines ne cessent de causer leurs ravages. Un patchwork saisissant, cohérent et passionnant. Le tout servi par une plume riche, vive et surprenante

Les différents récits regroupés ici forment une toile, une fresque dantesques où les fils se croisent et s’entrecroisent pour mieux incarner cet univers si diversifié que l’auteur a créé. Évidemment certaines nouvelles vous parleront plus que d’autres. Si celle mettant en scène le téméraire Benvenuto est évidemment un plaisir de lecture immédiat c’est surtout le récit tout simple mais touchant mettant en scène Suzelle, une simple paysanne rêveuse, qui me reste un tête, allez savoir pourquoi.

Tantôt mystiques, tantôt légers et humoristiques ces dix récits donnent un aperçu de l’ampleur du talent de l’auteur. La politique impitoyable laisse place à l’onirisme merveilleux alors même que les personnages se débattent inlassablement contre leur destin imparable.

Un ouvrage en forme de fresque royale qui joue à merveille le rôle de point d’entrée dans un univers dense et fabuleux.

Résumé : Chaque nuit, Leodegar le Resplendissant se réveille en hurlant dans son palais. Quelle est donc l’angoisse qui étreint le conquérant dans son sommeil ? S’agit-il d’un drame intime, ou bien de l’écho multiple des émotions qui animent le peuple du vieux royaume ?

Désenchantement de Suzelle, la petite paysanne, devant la cruauté de la vie ? Panique de maître Calame, le copiste, face aux maléfices qui somnolent dans ses archives ? Scrupule d’Ædam, le chevalier, à manquer aux lois de l’honneur ? Hantise de Cecht, le housekarl, confronté aux fantômes de la forêt ? Appréhension de Benvenuto, le maître assassin, d’être un jour l’objet d’un contrat ? Ou peurs primales, peurs fondamentales, telles qu’on les chuchote au Confident, qui gît au plus noir des ténèbres…

À travers dix destins se dessine une géographie du vieux royaume, de ses intrigues, de ses cultes, de ses guerres. Et de ses mystères, dont les clefs se nichent, pour beaucoup, dans les méandres du cœur humain.

Éditeur ‎MOUTONS ELECTR (7 septembre 2017)
Langue ‎Français
Broché ‎412 pages
ISBN-10 ‎2361833956
ISBN-13 ‎978-2361833954

Capital du nord tome 1 Citadins de demain de Claire Duvivier, miroir, corset et bonne manière

Je ne vais pas revenir sur le thème du miroir qui sous-tend toute la saga de la tour de garde créé par le couple Duvivier-Chamanadjian, d’autres que moi l’on fait et de bien belle manière. C’est une évidence que les deux sagas se répondent, se reflètent l’une et l’autre au point de reproduire le même schéma narratif et les mêmes thèmes.

Ce second volume ne m’a pas autant ravi que le premier volume de Capitale du sud. Est-ce le fait que l’on se retrouve à nouveau devant un tome introductif ? Ou bien la narration au passé simple en forme de journal intime ? Le fait est que l’intrigue, à l’image de son héroïne à certains moments du récit, m’a paru corsetée. Comme si l’auteure s’était imposé une marche à suivre qui l’empêchait de prendre complètement son essor et de laisser respirer son texte qui souffre d’une lourdeur de style à mon sens.

C’est ce balisage narratif corseté et assez prévisible qui m’a légèrement ennuyé. Je ne parvenais pas à trouver le souffle du récit. Pourtant malgré tout, ce premier volume de Capitale du Nord reste plaisant à lire. Sa description d’une cité portuaire à la géographie rectiligne, d’une bourgeoisie qui se repose sur ses prérequis et des tensions qui secouent leur relations commerciales avec les colonies est convaincante et pose les bases d’une intrigue aux multiples rebondissements.

Mais tout ceci ne serait rien sans le personnage d’Amalia. C’est par sa vision de jeune fille instruite, à l’esprit critique qui va s’affûter au fil de sa découverte de la cité de Dehaven, que l’on découvre cette ville austère où la notion d’appartenance sociale est primordiale. Ce personnage va se dévoiler petit à petit et gagner en profondeur jusqu’à un merveilleux chapitre 10 qui a revalorisé toute ma lecture. Grâce à un habile jeu de flashback l’auteure nous embarque dans une exploration mystérieuse et nous offre en même temps un dialogue d’une rare finesse entre Amalia et sa mère.

Une lecture en demi-teinte donc pour ce second volume d’une saga qui doit cesser de mettre ses pions en place pour enfin se lancer dans la véritable partie qu’attendent les lecteurs.

Résumé : Amalia Van Esqwill est une jeune aristocrate de Dehaven, issue d’une puissante famille : son père possède une compagnie commerciale et sa mère tient un siège au Haut Conseil. Progressistes, ils lui ont offert, à elle et à d’autres enfants de la Citadelle, une instruction basée sur les sciences et les humanités. Jusqu’au jour où le fiancé d’Amalia se met en tête de reproduire un sortilège ancien dont il a appris l’existence dans un livre. Au moment précis où la tension accumulée dans les Faubourgs explose et où une guerre semble prête à éclater dans les colonies d’outre-mer, la magie refait son apparition dans la ville si rationnelle de Dehaven. 

Éditeur‎FORGES VULCAIN (1 octobre 2021) Langue‎Français ISBN-10‎237305101X ISBN-13‎978-2373051018

Détruire tous les monstres de Grady Hendrix, Hard Rock never die !!



Lorsque Kris décide de se lancer dans sa quête vengeresse elle ne se doute pas dans quel cauchemar elle va s’aventurer, et le lecteur non plus. Pourtant les indices disséminés sur les rabats auraient dû me mettre la puce à l’oreille mais je me suis lancé dans ce récit tête baissée et au final tant mieux car mon expérience de lecture n’en a été que meilleur.

Le périple de cette brave Kris résonne tel un long riff de guitare stident plein de rage et d’amertume. L’auteur électrise son récit mené tambour battant tout en développant la rage désespérée de son héroïne principale. Les retournements de situation surviennent comme un chant grégorien au milieu d’un solo de guitare, complètement inattendue mais parfaitement en accord avec le ton déchaîné du récit.

Car le roman est aussi un cri d’amour guttural pour le heavy metal, ce sous-genre tant décrié du rock, tout en lançant un glaviot bien senti à l’industrie musicale dont l’appât du gain compromet l’énergie créatrice et l’insouciance qui galvanise les jeunes musiciens. Inutile d’être un mélomane pour apprécier le récit. Les connaissances musicales de l’auteur suffisent pour appréhender les références qui ne se limitent pas aux titres des chapitres, qui reprennent des titres d’albums légendaires mais se révèlent beaucoup plus profondes et passionnantes que l’on ne pourrait s’attendre.

Un amour pour le rock, et la musique de manière générale, qui se ressent à travers le personnage de Kris. L’auteur écrit un personnage dense, empli d’une rage sourde mais aussi d’un amour profond pour la musique et les laissé-pour-compte. Un personnage féminin comme j’aimerais en voir plus souvent écrit.

Je regrette un final en apothéose musicale convaincant pour Kris et son parcours de furie vengeresse mais qui délaisse l’un des aspects du livre qui aura dynamisé toute la lecture, offrant ainsi une conclusion en demi-teinte pour un récit qui n’offre aucun temps mort

Résumé : À l’adolescence, la musique a sauvé Kris d’une vie misérable. Elle a monté un groupe de metal avec son ami Terry, puis a pris la route pour une décennie de concerts, d’ivresse, de narcotiques et de délires divers. La belle vie, en somme. Jusqu’au jour où la musique s’est arrêtée. Et où Kris est revenue dans son bled pourri pour travailler dans un hôtel tout aussi pourri. Avec des tonnes de tranquillisants pour endormir sa colère.
La bête en elle se réveille enfin le jour où elle apprend que Terry, qui a trahi le groupe pour une carrière solo triomphale, va refaire une série de concerts.
Et c’est une bête très, très en colère.
Le temps est en effet venu d’aller trouver Terry pour s’expliquer.
Pour lui montrer qu’il reste des choses, dans ce monde, qui ne sont pas à vendre.

Éditeur ‎Sonatine (5 novembre 2020)
Langue ‎Français
Broché ‎352 pages
ISBN-10 ‎2355848254
ISBN-13 ‎978-2355848254

Conan le Cimmérien – 7 juillet 2021 de Robert E. Howard

Conan est l’un des personnages de fiction les plus connus au monde. Robert E. Howard l’a créé en 1932 et avec lui, l’heroic fantasy. Ce héros, ainsi que la puissance évocatrice de l’écriture de son auteur, a eu et a toujours une influence majeure, au moins égale à celle de Tolkien, sur tout l’imaginaire occidental.

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Chronique : Conan le Cimmérien est un classique de la littérature Fantasy et offre suffisamment de Conan pour satisfaire, mais pas trop pour ne pas se gaver de ce barbare macho. Les histoires de ce volume sont présentées dans l’ordre où elles ont été écrites,. Dans cet ordre, on peut voir l’écriture de Howard évoluer au fur et à mesure que le livre avance. Howard se répète, tant dans la caractérisation que dans l’intrigue, à quelques reprises. Mais c’est en fait une vertu dans ce cas, car cela « épaissit » le personnage de Conan. Si le lecteur ne se limite qu’à quelques histoires de Conan, il passe à côté de l’approfondissement du personnage – il ne s’agit pas nécessairement d’une croissance, puisqu’il est, à la base, toujours le même. Mais Conan est un personnage plus profond que vous ne l’imaginez si vous avez limité votre vision de lui à quelques histoires seulement.

Il y a un certain nombre d’excellentes histoires dans ce volume, bien qu’aucune ne soit sans défaut. « La Tour de l’Eléphant », par exemple, est une grande histoire mystique, malheureusement gâchée par la rencontre improbable (et très peu crédible) avec le maître voleur, Taurus de Némédia.

La « Reine de la Côte Noire » est ce qui se rapproche le plus d’une romance dans un récit de Conan, une romance qui est favorisée par Belit (la reine dont il est question dans le titre) et son incroyable pulsion hormonale. Cette histoire montre vraiment Howard sous son plus mauvais jour, comme en témoigne une énorme chute d’informations au milieu de l’histoire, de la bouche même de Conan. Pour être honnête, je préfère Conan quand il parle moins. ce texte est représentatif de tout ce qui fait qu’une histoire de Conan est une histoire de Conan : mystère, sorcellerie, luxure et vengeance. Si vous parvenez à faire abstraction du racisme et du sexisme affichés, ou du moins à réprimer l’envie d’arrêter la lecture par pur dégoût pour ces attitudes dépassées, vous trouverez là une histoire de qualité, voire élégante.

Le « Colosse noir » contient peut-être la meilleure description de la raison pour laquelle l’attitude du barbare est si… eh bien, barbare :

Conan écoutait, imperturbable. La guerre était son métier. La vie était une bataille continuelle, ou une série de batailles ; depuis sa naissance, la mort était une compagne constante. Elle rôdait horriblement à ses côtés ; elle se tenait sur son épaule, près des tables de jeu ; ses doigts osseux secouaient les gobelets de vin. Elle se dressait au-dessus de lui, ombre monstrueuse et encapuchonnée, lorsqu’il se couchait pour dormir. Il ne se souciait pas plus de sa présence qu’un roi ne se soucie de la présence de son échanson. Un jour, son étreinte osseuse se refermerait, c’était tout. Il lui suffisait de vivre le présent.

La Maison aux trois bandits est l’une de mes histoires préférées de ce volume, mais pas à cause de Conan, qui ne joue qu’un rôle périphérique dans l’histoire jusqu’à son apogée. Cette histoire était pleine de mystère et de trahison, avec un homme-bête démoniaque comme méchant (le plus évident) et une foule d’astuces technologiques déguisées en sorcellerie qui conféraient à l’intrigue une excentricité rafraîchissante. Que demander de plus dans un récit d’épée et de sorcellerie ?

Le Diable d’Airain semble rassembler de nombreux tropes trouvés dans les histoires précédentes et constitue le point culminant approprié du volume. Il s’agit de l’histoire la plus proche que Conan n’ait jamais eu, donc si vous avez besoin d’un jeu de rôle, cette histoire est faite pour vous.

Une section d’Appendices assez longue conclut le livre, mais c’est une sorte d’anticlimax, si on le lit directement. De temps en temps, je revenais à cette section lorsque je sentais la fatigue du lecteur s’installer. J’ai trouvé que les articles sur l’âge hyborien et sur la genèse de la carrière d’Howard étaient des diversions temporaires bienvenues qui m’ont permis de me ressourcer pour aborder d’autres histoires. Les deux cartes brutes ont également permis de contextualiser les histoires dans des limites géographiques.

J’ai omis de mentionner de nombreuses histoires dans ce volume. C’est intentionnel. Vous pouvez ou ne pouvez pas aimer les mêmes histoires que moi, mais je crois qu’il y a assez dans ce roman pour justifier un bon, long moment de votre temps de lecture.

Note : 9,5/10

ASIN ‏ : ‎ B08YML2VKC Éditeur ‏ : ‎ Bragelonne (7 juillet 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 544 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1028116743

L’île interdite de James Rollins, Gare aux piqûres

On ne va pas y aller par quatre chemins pour parler de cette lecture, c’était fun, c’était divertissant, c’était tout à fait le genre de lecture de  décompression dont on a besoin lorsque l’on s’apprête à partir en vacances.

N’attendez rien du style ni de la psychologie des personnages. On lit un James Rollins avant tout pour l’action et ses intrigues pseudo scientifiques improbables mais captivantes. On en profite au passage pour glaner quelques éléments de culture générale. Dans ce volume des aventures de la force Sigma l’auteur évoque la route de l’ambre, les mines de sel de Wieliczka, un endroit qu’il m’a donné envie de visiter mais aussi les mystères entourant James Smithson et le Smithsonian.

La formule Rollins consiste à appliquer à la lettre la formule du Blockbuster hollywoodien. L’action frénétique y est juste entrecoupée de passages explicatifs, les méchants sont très méchants, voire même stupide par moments, comme le vénérable Takashi qui fait preuve de beaucoup de légèreté dans la communication de son plan diabolique, comme quoi la sagesse ne vient pas forcément avec l’âge. Les gentils sont altruistes, volontaire mais il ne faut pas trop les chercher non plus et l’intrigue est une profusion d’incohérences qui finissent par être gênantes, surtout vers le dénouement mais encore une fois la vraisemblance n’est pas ce que l’on recherche avec ce genre de lecture.

Si l’on est capable d’accepter ces défauts inhérents à ce genre de roman d’aventures on passe plutôt un bon moment. Il manque peut-être juste une pointe d’humour qui permettrait à l’intrigue de prendre un peu de recul sur cette crise mais le comic relief c’est tout un art que ne maîtrisent pas forcément les blockbuster.

Résumé: Au large des côtes du Brésil, une équipe de scientifiques découvre une île où toute vie a été éradiquée par une espèce inconnue et extrêmement dangereuse. Avant d’avoir pu rapporter leur découverte, ils sont tous éliminés par une force mystérieuse. Seul un expert des créatures venimeuses en réchappe. Mais face à une espèce qui s’adapte à son environnement au risque de devenir de plus en plus incontrôlable, le commandant Gray Pierce et son équipe vont devoir affronter leurs plus grandes peurs pour éviter que le monde que nous connaissons soit entièrement détruit.

  • Éditeur ‏ : ‎ Fleuve éditions (8 avril 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 480 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2265143952
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2265143951
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 560 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 15.6 x 3.1 x 22.6 cm

Les maîtres enlumineurs de Robert Jackson Bennett, un maître mot: efficacité

Comment persuader les lecteurs de se lancer dans une nouvelle saga ?

La réponse de Bennett tient en un concept simple: de l’action et des personnages convaincants.

Et il faut reconnaître que cette formule s’avère efficace. Les 250 premières pages ne sont qu’une gigantesque course-poursuite, où l’on fait connaissance des personnages principaux, entrecoupé de passages où l’auteur expose les bases de son univers de manière simple et en les remettant en perspective dans l’histoire ce qui évite l’aspect rébarbatif de telles explications. C’est très malin de dévoiler les bases de son univers ainsi car lorsque l’intrigue se recentre sur les complots on a déjà appris à faire connaissance avec les personnages et l’univers de Tevanne.

Les personnages sont un atout précieux du récit. La piquante Sancia occupe le devant de la scène. Intrépide, courageuse, endurcie par un passé traumatisant et qui ne se laisse pas démonter par l’adversité. Sa gouaille et le duo qu’elle forme avec un autre personnage plus inattendu font d’elle une grande réussite de ce premier volume. Le reste des personnages n’est pas pas reste, Gregor est pétri d’idéaux et a plus en commun avec Sancia que l’on pourrait le croire. Orso fait partie de ses personnages délicieusement odieux dont chaque réplique est une balle de sniper entre les deux yeux. La douce bérénice complète le tableau.

L’approche de Bennett dans la création de son univers m’a paru très américaine. D’un côté on a les très riches, parqués dans des quartiers au luxe ostentatoire, et de l’autre les pauvres, cantonnés à des quartiers insalubres à la misère insoutenable. L’idée même d’ascension sociale, de justice ou d’équité est inexistante. Tout repose sur le commerce et l’appât du gain. Un univers qui transpire la critique un peu trop sommaire et sans nuances du capitalisme mais qui a le mérite d’être accessible à tous les lecteurs.

Pour un lecteur assidu de récits de fantasy Les maitres enlumineurs ne propose rien d’original mais l’originalité n’est sans doute pas le but recherché par l’auteur. À la place il signe un récit redoutable d’efficacité, doté de personnages attachants et bourré d’action.

Résumé: Toute l’économie de l’opulente cité de Tevanne repose sur une puissante magie : l’enluminure. A l’aide de sceaux complexes, les maîtres enlumineurs donnent aux objets des pouvoirs insoupçonnés et contournent les lois de la physique.Sancia Grado est une jeune voleuse qui a le don de revivre le passé des objets et d’écouter chuchoter leurs enluminures. Engagée par une des grandes familles de la cité pour dérober une étrange clé dans un entrepôt sous très haute surveillance, elle ignore que cet artefact a le pouvoir de changer l’enluminure à jamais. Quiconque entrerait en sa possession pourrait mettre Tevanne à genoux. Poursuivie par un adversaire implacable, Sancia n’aura d’autre choix que de se trouver des alliés.

  • Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel (31 mars 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 640 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2226441514
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226441515
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 650 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14 x 3.5 x 20.5 cm

Le carrousel infernal de Joe Hill, sombres ritournelles

Les recueils de nouvelles me posent un véritable défi de lecture. Le commencement de chaque nouvelle exige un effort pour se replonger dans une nouvelle histoire, de nouveaux personnages, une intrigue différente. Ce qui entraîne un rythme de lecture différent. Pourtant les talents de conteur de Joe Hill ont rapidement balayé mes craintes. En un paragraphe il fait prendre vie à des personnages, il parvient à nous plonger dans des lieux comme si on y était, à retranscrire une époque. Son style est efficace et immersif.

Il ne faut pas chercher un fil rouge à ces 13 récits ou, si l’horreur tient le haut du pavé, elle n’est pas la seule émotion à être invoquée. Ce recueil regroupe des nouvelles, inédites pour la plupart, écrites à des époques différentes. Si toutes ne vise pas à créer de l’effroi, celles qui s’y emploient sont redoutables dans leur efficacité. La nouvelle qui donne son titre à l’ouvrage est un cauchemar éveillé avec une fin douce-amère des plus angoissantes tandis que La gare de Wolverton permet à l’auteur de faire étalage de son style visuel gore qui marque l’imagination.

Parmi les nouvelles qui touchent à un autre domaine que l’horreur Les retardataires est une pépite émouvante qui n’est pas sans rappeler l’ouvrage de son père 22/11/63 mais en beaucoup plus concis. Faune est un bijou de conte cruel impitoyable tandis que Tout ce qui compte c’est toi est une jolie fable sur la solitude. Certains de ces récits m’ont semblé un cran en dessous mais le recueil est un immense plaisir de lecture.

Résumé: treize histoires au suspense fantastique, dont deux co-écrites avec Stephen King, dissèquent les aléas de l’existence humaine, pour notre plus grand plaisir de lecture, même si la terreur n’est jamais loin.
 
Lorsque les animaux d’un ancien carrousel rendent une ultime sentence. Qu’un chauffeur sans visage entame une danse macabre avec des motards hors-la-loi. Et qu’un propriétaire d’une chaîne de cafés qui grignote peu à peu les petits commerces se retrouve au milieu de loups. Quand une petite porte s’ouvre sur un monde féerique, qui devient le terrain de jeu de chasseurs assoiffés de sang. Et qu’un homme désespéré décide de conduire un vieux bibliobus pour fournir des lectures aux morts. Lorsqu’une adolescente désœuvrée raconte en direct ses vacances en famille sur Twitter. Quand un frère et une sœur s’aventurent dans un champ pour venir au secours d’un enfant. Et que les passagers d’un avion assistent en direct au  déclenchement de la Troisième Guerre mondiale… L’auteur
nous embarque dans une odyssée troublante au cœur de la  psyché humaine.

  • Éditeur ‏ : ‎ JC Lattès (23 septembre 2020)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 464 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2709666073
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2709666077
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 579 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 15 x 3 x 23 cm

Les Oiseaux du temps – 13 mai 2021 de Amal EL MOHTAR et Max GLADSTONE

Bleu et Rouge, deux combattants ennemis d’une étrange guerre temporelle, s’engagent dans une correspondance interdite, à travers les époques et les champs de bataille. Ces lettres, ne pouvant être lues qu’une seule fois, deviennent peu à peu le refuge de leurs doutes et de leurs rêves. De
leurs échanges naitra un amour fragile et dangereux qu’il leur faudra préserver envers et contre tous.

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Chronique : « Les Oiseaux du temps » est le genre de roman qui plonge dans les esprits, attrape le soleil vif de la mémoire et brille, laisse son odeur sur ses lecteurs, comme un parfum transféré entre amants. Mais dès que vous commencez à mettre des mots, vous titubez et vous êtes désorienté, comme si vous vouliez attraper quelque chose et que vous vous trompiez sur la distance, et que vous sentiez vos doigts se refermer sur rien d’autre que de l’air. J’ai dû lire ce roman à petites doses, en avalant ses coups petit à petit, et je pense qu’il me faudra plusieurs relectures pour comprendre tout ce que je ne peux pas dire avec des mots maintenant.

Même aujourd’hui, j’ai du mal à décrire l’action du roman, mais sans rien gâcher, je peux vous dire que le premier fil conducteur de ce récit mal ficelé se présente sous la forme d’une lettre. La première de ce genre n’était qu’un faux-semblant, un instant de complaisance, quelque chose comme un rire sur l’obscurité, mais elle a commencé à faire tourner le temps pour Rouge, le passé coupant le présent comme une lame aiguisée. La deuxième lettre était un abîme dans lequel elle osait tomber, et Rouge avait le sentiment qu’elle et Bleu s’enfonçaient plus profondément que jamais. A la troisième lettre, Rouge avait l’impression qu’ils se coupaient eux-mêmes la gorge : Deux espionnes voyageant dans le temps et appartenant à des factions rivales, divisées entre l’attaque et la diplomatie, qui, en trouvant leur chemin à travers les mondes dévastés par les guerres du temps, sont entrées en contact et ont trouvé l’amour – et quelque chose qui les effrayait aussi – à travers un vide trop profond pour être comblé par autre chose que des mots.

Les deux femmes étaient plus réelles l’une pour l’autre que des reflets dans un miroir, et leurs cicatrices et leurs bords déchiquetés avaient témoigné de trop de batailles menées contre le temps (et contre l’autre). Elles étaient comme des poissons regardant l’hameçon, avec trop de forces prêtes à faire des armes de siège de leurs lettres. Dans l’improbabilité pure et simple du moment, cependant, ils pouvaient presque prétendre que cette histoire d’amour n’était pas une course folle.

C’est ainsi que l’on perd la guerre du temps n’est pas une lecture légère, loin de là. C’est un livre d’une beauté et d’un lyrisme soutenus qui fonctionne également comme la mosaïque fracturée d’un roman – raconté par touches rapides et brutales, le tout enroulé dans de vertigineuses boucles de prose.

Il est difficile, au début, d’avoir une prise ferme sur le cadre glissant de « Les Oiseaux du temps ». J’avais l’impression d’être jeté sans précaution dans un récit qu’il ne comprenait pas, avec des gens tout autour qui attendaient qu’il joue un rôle qu’il ne connaissait pas. L’expérience avait un côté onirique, comme si ces moments étaient séparés du monde éveillé par l’étrangeté de tout cela. Mais même avec la confusion peinte sur mon visage, l’histoire a pris un sens pour moi d’une manière sans mots qui ne pouvait être décrite que comme magique. Chaque mot valait la peine d’être savouré, et mon propre souffle semblait s’harmoniser.

C’est pourquoi je pense que ce roman serait irréductible à toute catégorisation facile : « les Oiseaux du temps » est une aventure de voyage dans le temps, une aventure de science-fiction, de la poésie déguisée en prose et une histoire d’amour. C’est une danse complexe, que les auteurs exécutent avec agilité, grâce et facilité. Le fait qu’ils aient réussi à la mener à bien – et encore plus à la perfection – est en soi une merveille, et j’ai été sincèrement impressionné.

Bien que « les Oiseaux du temps » ne soit pas écrit en vers, la poésie vit dans ses pages. Les auteurs maîtrisent parfaitement leur talent narratif et leur langue s’élève lorsqu’ils parlent de désir, de nostalgie, de survie et de liberté.

Cela dit, ces dons peuvent se transformer en obstacles. Aussi vertigineux et immersif que soient le cadre et les prémisses, « les Oiseaux du temps » est un roman à la fois exaltant et épuisant, parfois simultanément. Même si je me jetais avidement sur la page suivante, il y a eu des moments où le lyrisme m’a semblé laborieux – les phrases sont tellement chargées de métaphores et d’analogies que lire revient à faire du sur-place dans des vêtements trempés, en gardant à peine le nez et la bouche à la surface – et j’ai parfois eu envie d’un peu de retenue. Dans le cadre de la longue économie d’un roman, trop de prose – aussi exquise soit-elle – peut parfois entraver le flux autrement fascinant, et je pense que les lecteurs qui ne peuvent pas faire preuve de patience pour s’attaquer à quelques pages supplémentaires de langage mélodieux pourraient ne pas trouver autant de résonance.

Je suis cependant convaincue que ceux qui sont capables de se détendre dans le chaos seront aussi richement récompensés que moi lorsque les fils finiront par s’entrelacer magnifiquement.

Note : 9,5/10

Éditeur : MNEMOS (13 mai 2021) Langue : Français Broché : 160 pages ISBN-10 : 2354088450 ISBN-13 : 978-2354088453

Notre-Dame des loups – 13 mai 2021 de Adrien TOMAS

1868, aux confins de l’Amérique, sept Veneurs, hommes et femmes sans foi ni loi, aux munitions forgées d’argent, l’âme froide comme l’acier, parcourent les immensités de l’Ouest sauvage à la recherche de Notre-Dame des loups, une créature qui serait à l’origine de la prolifération des lycanthropes sur le territoire américain.

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Chronique : Notre-Dame des Loups a été un gros, gros coup de cœur. Je l’ai dévoré si vite que je n’ai presque pas eu le temps de le savourer, je n’ai tout simplement pas réussi à le lâcher.
Nous sommes en 1868, en Amérique, et nous suivons une bande de sept Veneurs en mission. Ce sont des chasseurs d’exception qui traquent sans relâche les lycanthropes avec le fol espoir de parvenir à éliminer Notre-Dame des loups, l’Alpha, la mère, celle par qui tout aurait commencé.

En si peu de pages, l’auteur nous offre un background fouillé, riche et non seulement bien développé mais aussi bien utilisé, qui sert vraiment son intrigue. Quelques années seulement après la guerre de sécession, on découvre un pays divisé, affaibli, où les comportements n’ont pas encore tous évolués dans le bon sens. C’est dans cette ambiance un peu dark et très western vraiment crédible et réussie que nous suivons les Veneurs, chacun ayant une raison bien particulière de participer à la chasse.

Les Veneurs donc, sont au nombre de sept. Chaque chapitre du roman vous offrira le point de vue d’un nouveau membre de la Vénerie, et ce à la première personne. Qu’il est doux d’être propulsé dans la tête d’un beau salaud ou d’un esprit dérangé, c’est toujours une expérience des plus singulières ! En tout cas, c’est un sans-faute de la part d’Adrien Tomas. Chaque personnage est hyper travaillé, nuancé, avec une histoire précise et toujours intéressante. Mais surtout, ils ont tous leurs secrets, et ils cachent tous très bien leur jeu… Cette construction est juste génialissime, elle renverse nos certitudes toutes les deux pages et joue avec nous jusqu’à la dernière ligne. Et je reste plus qu’admirative de la précision avec laquelle Adrien Tomas arrive à raconter les histoires de chacun en si peu de pages. Du génie, je vous dis !

Les personnages sont donc extrêmement bien travaillés, crédibles et leurs dialogues sont savoureux, en totale adéquation avec la personnalité de chacun et l’ambiance du roman. L’auteur respecte aussi le mythe du loup-garou, sans rien édulcorer, en apportant un coté mystique très appréciable qui n’a fait que rendre encore plus palpable l’atmosphère angoissante de la chasse. Quant aux paysage et à l’ambiance… Un sans-faute absolu, je vous dis. Je n’ai trouvé aucun défaut à ce roman !

La principale qualité de Notre-Dame des loups, c’est cette capacité à surprendre le lecteur absolument tout le temps, sans lui laisser le temps de reprendre son souffle ou de se remettre de ses émotions. Oubliez l’idée d’avoir un marque-page, vous finirez le livre avant même d’en avoir eu besoin ! Finalement, je regrette presque un peu de l’avoir lu si vite, de ne pas l’avoir savouré comme il l’aurait mérité. Il est si court, croyez moi, vous l’aurez fini avant même de vous en rendre compte. C’est surement le page-turner le plus prenant que j’ai lu à ce jour, impossible à lâcher, chaque fin de chapitre étant insoutenable.

J’ai donc eu un très gros coup de cœur pour ce court roman, que j’aurais égoïstement voulu plus long pour pouvoir en profiter plus longtemps, alors qu’il est tout simplement parfait tel qu’il est.

Note : 9,5/10

Éditeur : MNEMOS (13 mai 2021) Langue : Français Broché : 192 pages ISBN-10 : 2354089058 ISBN-13 : 978-2354089054