En chaussettes d’Hugo Cétive, vis ma vie de tox

Ce court roman auto-édité est une véritable plongé en enfer. En chaussettes d’Hugo Cétive ou comment les choix que l’on fait peuvent nous précipiter en enfer.

Introspectif d’une part et témoignage glaçant du quotidien d’une épave dont le seul objectif est de trouver un moyen de se procurer une nouvelle dose de crack. L’auteur ouvre une lucarne crédible et effrayante sur ce qui constitue la vie d’un homme à la dérive, entre les agressions, l’exclusion sociale et la perte d’humanité. De manière paradoxale, c’est durant cette partie que le narrateur est le plus touchant, en noyé qui s’enfonce dans les profondeurs de la dépendance.

L’autre partie du récit s’attarde sur les souvenirs d’Alex, le narrateur, sur cette vie consumée alors qu’elle avait à peine commencé. L’auteur parvient à faire de son personnage un Icare aux ailes brûlées convaincant. Un jeune homme victime de ses propres errances et de ses choix irréfléchis. Un être complexe, coincé entre haine de soi et fuite en avant.

Le récit en lui-même s’achève de manière abrupte sans que lui puisse assimiler de manière convaincante l’évolution psychologique du personnage principal. Une fin qui se veut comme une nouvelle aube après d’interminables ténèbres mais qui apparaît tel un flash éblouissant qui déconcerte plus qu’il ébahit.

Malgré cette fin précipitée et peu convaincante, le récit offre un parcours glauque et sidérant du quotidien d’un junkie.

Résumé : C’est l’histoire d’un fumeur de crack à Paris. Il ne dort pas. Il vit dans un hôtel « le petit Génie ».
Il a 25 ans. Il était chauffeur VTC. Il avait une femme et une fille.
Un jour, on lui pique ses chaussures.

ASIN ‎B09CRNPWRB
Éditeur ‎Independently published (19 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎157 pages
ISBN-13 ‎979-8459929812

Si ça saigne de Stephen King, si on s’ennuie…

Dispensable. Voilà le mot qui me reste après la lecture de ce recueil de nouvelles de Stephen King. Pas désagréable mais vraiment pas mémorable. Voyons ça dans le détail.

La première histoire, « le téléphone de M. Harrigan, est très classique dans son traitement. Quiconque connais l’auteur ne ressentira aucune surprise, et encore moins d’effroi, face à cette histoire d’un personnage équilibré et bienveillant et de téléphone hanté. Rien de désagréable mais c’est du vu et revu.

Je suis resté complètement hermétique à la seconde histoire, qui a le mérite d’être originale et loufoque mais cela n’a pas suffi à capter mon attention.

Quant à la troisième nouvelle, qui a sans doute constituée l’attrait principal du recueil pour nombre de lecteurs, elle remet en scène le personnage passionnant d’Holly Gibney dans une intrigue qui n’est qu’une pâle resucée de l’ouvrage précédent de l’auteur, l’outsider, mais sans rien apporter de neuf à la mythologie de cet univers. Retrouver Holly est toujours un plaisir mais cela ne suffit pas à faire de Si ça saigne un récit inoubliable.

Seul la dernière nouvelle, un huis clos sur fond de pacte faustien, déploie une véritable atmosphère. L’auteur renoue avec l’un de ses sujets favoris, la création littéraire et les affres délétères qu’elle peut entraîner. L’auteur a eu la bonne idée d’aller à l’essentiel pour ce dernier récit.

Ces quatre nouvelles sans aucune thématique commune entre elles forment un recueil bancal, pas inintéressant dans l’absolu, à condition d’être fan inconditionnel du King

Résumé : Les journalistes le savent : si ça saigne, l’info se vend. Et l’explosion d’une bombe au collège Albert Macready est du pain béni dans le monde des news en continu. Holly Gibney de l’agence de détectives Finders Keepers, travaille sur sa dernière enquête lorsqu’elle apprend l’effroyable nouvelle en allumant la télévision. Elle ne sait pas pourquoi, le journaliste qui couvre les événements attire son attention…
Quatre nouvelles magistrales, dont cette suite inédite au thriller L’Outsider, qui illustrent, une fois de plus, l’étendue du talent de Stephen King.

Éditeur ‎Albin Michel (10 février 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎464 pages
ISBN-10 ‎2226451056
ISBN-13 ‎978-2226451057

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, les enfants meurtris de la patrie

Il était plus que temps que je parte à la découverte de Pierre Lemaitre, auteur reconnu et maintes fois primé mais que je n’avais encore jamais lu.

L’auteur adopte un ton ironique pour narrer son histoire. Ce qui constituera sa plus grande force mais aussi sa plus grande faiblesse. Le début du récit nous montre l’enfer des tranchées par le regard naïf du soldat Maillard tout en brisant le quatrième mur. Une technique qui permet d’instaurer une certaine distance ironique avec la situation vécue par les personnages. Une distance qui se rompt brutalement lorsque la réalité de la guerre se rappelle aux yeux du lecteur.

Cette plume empreinte d’humour et de légèreté va progressivement se laisser envahir par un ton désabusé à mesure que le récit dévoile toute l’ampleur de la médiocrité française, sans jamais toutefois se départir de son ton naïf, notamment grâce au personnage d’Albert, éternel grand enfant perdu dans un monde d’adultes cyniques.

Pourtant cette plume, si elle permet au récit d’être porté par une cadence plaisante qui fait que le récit se dévore tout seul, limite aussi l’ouvrage dans sa portée dramatique. Jamais je n’ai tremblé pour les personnages tant la narration semblait prévisible. De plus la caractérisation des personnages se contente d’image d’Épinal pour construire ses personnages ce qui est dommage.

Ainsi les personnages ne s’extraient jamais du carcan dans lequel l’auteur les a enfermés. Il en résulte un manque de nuances et de profondeur qui devient lassant.

Cela n’empêche pas l’ouvrage d’être un récit extrêmement agréable à lire. Pour ma prochaine lecture de cet auteur je vais peut-être être me diriger vers l’un de ses romans policiers pour saisir toute l’ampleur de sa plume.

Résumé : Ils ont miraculeusement survécu au carnage de la Grande Guerre, aux horreurs des tranchées. Albert, un employé modeste qui a tout perdu, et Edouard, un artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », comprennent vite pourtant que leur pays ne veut plus d’eux. Désarmés, condamnés à l’exclusion, mais refusant de céder au découragement et à l’amertume, les deux hommes que le destin a réunis imaginent alors une escroquerie d’une audace inouïe…

Éditeur ‎Le Livre de Poche (22 avril 2015)
Langue ‎Français
Poche ‎624 pages
ISBN-10 ‎2253194611
ISBN-13 ‎978-2253194613

Le rêve des chevaux brisés de William Bayer, dites moi tout

Voilà un polar comme on aimerait en lire plus souvent. Un récit dense qui met à l’honneur des personnages fouillés, une intrigue solide qui emprunte à la tragédie antique et à Shakespeare.

William Bayer est considéré, à raison, comme un maître du roman noir. Sa narration introspective est la meilleure manière de découvrir les mystères de la ville de Callista et les méandres du double meurtre non résolu du Flamingo hotel. Il tisse lentement, mais avec brio, une intrigue dense où chaque personnage verra son portrait être ciselé par une plume aguerrie.

À commencer par son personnage principal, David Weiss, en quête de réponse avant tout pour lui-même et dans l’espoir de trouver une forme de rédemption. Hanté par une culpabilité enfouie et miné par l’idée que son père a pu être impliqué dans cette sanglante affaire. C’est un plaisir que de le suivre durant sa plongée dans les plus noirs secrets de Callista.

On a également droit à un portrait saisissant de l’une des victimes. Rarement un personnage défunt aura eu droit à une psychologie aussi travaillée, aussi détaillée. Un régal de lecture qui passe par des passages un peu plus sec en matière de narration.

Car l’auteur a fait le choix de l’exhaustivité pour donner corps à son récit. Certains chapitres, en plus d’être long, peuvent paraître arrides à la lecture. David lit tout simplement des rapports d’enquête dans l’un et un troublant dossier de thérapie dans l’autre. Mais cela sert le récit, il faut donc se montrer patient  et consciencieux dans la lecture.

l’air de rien le récit soulève de nombreux thèmes fort intéressants, tel que la quête d’une image paternelle, la culpabilité  imprescriptible, la sexualité débridée, le traitement médiatique des affaires criminelles et tant d’autres encore.

Bien plus qu’un énième polar, le rêve des chevaux brisés est un formidable récit d’un fils en quête de réponse, d’un homme en quête de rédemption enrichi par un traitement psychologique fascinant des personnages.

Résumé : Dans une ville du Midwest, par un après-midi torride, un homme et une femme sont en train de faire l’amour dans une chambre de motel quand, soudain, la porte s’ouvre. Une silhouette se profile. Suit une double détonation… Les deux victimes sont Barbara Fulraine, égérie de la haute société, et son amant Tom Jessup, modeste professeur. Comment cette grande bourgeoise a-t-elle pu finir d’une façon aussi sordide ? Qui a tué les deux amants ? Vingt-six ans après les faits, le dessinateur judiciaire David Weiss revient dans cette ville où il a grandi, à l’occasion d’un procès. Il va tenter de trouver une réponse à ces questions qui n’ont cessé de le hanter. Une quête dont il ne sortira pas indemne.

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (8 février 2017)
Langue ‎Français
Poche ‎496 pages
ISBN-10 ‎2743638737
ISBN-13 ‎978-2743638733

L’île du docteur Faust de Stéphanie Janicot, Miroir, mon beau miroir…

C’est à un séjour onirique, rempli de symbolisme et de paraboles, que nous convie Stéphanie Janicot avec son roman. Un voyage envoûtant, une réflexion intense sur les notions de choix et de désirs.

L’auteure dépeint les portraits diversifiés de femmes ternis dans leur chair et leurs esprits, des femmes qui ont dû s’exposer à une galerie composée d’hommes, des femmes qui ont du renoncé à la couleur du désir, de l’ambition, de la création pour se complaire aux désidératas de la société patriarcal qui était leur quotidien et qui n’en ont retiré qu’une palette de sentiments faite d’aigreur et de regrets. Un constat amer, qui reflète les propres errances de la narratrice, cependant, rapidement, l’auteure transcende ce triste postulat.

Engluées dans leurs desseins flétris, ces femmes se retrouvent très vite à reproduire les mêmes erreurs qui les ont conduites sur cette île. Le désir d’une seconde jeunesse, d’une ultime chance de réaliser son potentiel ne fait que mettre en lumière la vacuité de leurs ambitions et permet à la narratrice de faire la revue de sa propre collection de regrets et de remords afin de percer les mystères du docteur Faust et de parvenir, peut-être, à une sérénité inespérée.

Encadré par un liseré de légendes bretonnes et de mythologie grecque, le récit foisonne de références qui sont autant d’avertissement inaudibles. L’auteure expose tous ces symboles, qui donnent du corps à son récit, de manière trop évidente. Un peu de mystère, de part d’ombre, aurait été bienvenue. De même les dialogues manquent de malice, de sous-entendus équivoque, et se résument souvent à une exposition frontale de la mentalité des personnages, sans artifice.

Alors que le séjour sur l’île s’achève et que l’illusion se dissipe, les interrogations soulevées par le récit demeurent dans les regards de ces femmes, tel un miroir dont on refuserait d’apercevoir le reflet : Serai-je à la hauteur de mes espérances ?

Résumé : Tandis que la nuit tombe, neuf femmes attendent l’arrivée d’un passeur qui doit les mener sur une île au large de la Bretagne. Toutes ont payé le prix pour suivre un programme leur promettant de retrouver leurs vingt ans. Seule l’une d’entre elles, invitée, s’est juré de résister à la tentation.Mais le séjour et le mystère grandissant qui l’entoure, tout autant que le trouble suscité par le docteur Faust, vont lui révéler la difficulté de refuser ce pacte diabolique.


Comment maîtriser le temps ? Accomplir nos rêves les plus sacrés, l’amour, la création ? Comme elle s’est plu à se jouer des mythes et des légendes dans ses précédents livres, Stéphanie Janicot interroge dans ce roman envoûtant le fantasme de la jeunesse éternelle et de la toute-puissance, l’illusion, la féminité et la force du désir.

Éditeur ‎Albin Michel (18 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎304 pages
ISBN-10 ‎2226465278
ISBN-13 ‎978-2226465276

L’épouse et la veuve de Christian White, quand l’auteur se joue de nous

Loin de la course au récit sensationnel, criblé de twist au point d’en perdre toute crédibilité, dont la production de polar actuelle semble  s’être fait le digne représentant Christian White tisse son récit à la narration minutieuse et propose un divertissement sans prétention.

Pour l’auteur il s’agit d’happer son lecteur dans une intrigue dont il tire les ficelles avec une habilité remarquable. Sans même pas que l’on s’en rende compte on est captivé par cette histoire de disparition.

L’auteur prend bien soin de ne pas trop en faire, son récit est la limite du polar domestique, il y a un nombre réduit de personnages, chaque chapitre délivre son lot de révélations et d’indices. Le travail sur l’ambiance et l’atmosphère est réduit au minimum et la plume est terriblement scolaire. L’auteur se concentre sur l’essentiel afin de laisser le champ libre à son jeu narratif.

Et bien malin qui celui qui ne se laissera pas prendre au piège de cette narration ciselé. L’auteur réussi son coup, le tout sans s’embarrasser de superflu. Pas de surenchère gore, pas de serial killer croque-mitaine qui serait partout à la fois, pas de portrait psychologique forcé et maladroit. On pourra reprocher à l’auteur de tout miser sur sa narration au détriment de la profondeur psychologique mais il se contente de faire ce qu’il sait faire et c’est très bien ainsi.

White offre donc au lecteur un récit rondement mené qui offre un divertissement honnête à la manière d’une Agatha Christie moderne.

Résumé : L’île de Belport, au large de l’Australie, est un lieu dont on ne revient pas indemne. Abby y vit depuis longtemps. Passionnée de taxidermie, elle est mariée à Ray, avec qui elle a un fils et une fille. Kate, mère d’une petite fille, est venue de Melbourne pour élucider la mystérieuse disparition de son mari. Sans imaginer que sa famille est liée à Abby par un terrible secret enfoui au coeur de ce décor ensorcelant, et qui menace d’anéantir tout ce que l’épouse et la veuve croyaient savoir sur les hommes de leur vie.

Éditeur ‎Albin Michel (1 septembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎336 pages
ISBN-10 ‎2226452079
ISBN-13 ‎978-2226452078

Le vallon des lucioles d’Isla Morley, toute la bleuette de ton sang…

La période de la grande dépression est un terreau fertile dans lequel les auteurs, grands ou petits, aiment à piocher pour conter leur histoire. Mais l’époque ne fait pas tout, aussi intéressante soit-elle, la plume doit être à la hauteur

Près d’une semaine après la fin de cette lecture je me demande encore pourquoi l’auteure a fait le choix de narrer son récit au présent. Cela crée une dissonance entre l’époque évoquée et la narration. Il m’a été impossible de me sentir immerger dans cette histoire, je n’ai ressenti aucune atmosphère de grands espaces américains typique, aucune ambiance de misère et de ruralité âpre. J’ai été tout du long un simple spectateur de ce récit pourtant prometteur.

C’était pourtant écrit au dos de l’ouvrage qu’il s’agissait d’une romance. Je ne peux pas prétendre avoir été trompé sur la marchandise. Mais voilà l’esprit a cette capacité à occulter les informations qui le gênent ou ne l’intéresse pas de prime abord. Je me suis focalisé sur l’époque, la promesse de la retranscription d’une époque révolue et le mystère rural en omettant le fait qu’il s’agit avant tout d’une intrigue amoureuse entre deux êtres issus de milieux différents.

Cela dit même en prenant en compte cet aspect, l’ouvrage se révèle perfectible. La narration tout d’abord, comme dit plus haut est inefficace et inadapté à ce type de récit. Le développement des personnages est linéaire, le pauvre Ulys ne s’extirpe jamais de son rôle d’amoureux transi. Jubilee s’en sort mieux mais elle est décrite comme naïve jusqu’à la fin du roman. Ce que j’ai trouvé en contradiction avec son parcours et ses expériences personnelles.

Le vallon des lucioles n’est donc pas une lecture désagréable mais elle s’est révélée bien en deçà de mes attentes et ne m’était pas destiné en tant que lecteur. L’éternelle leçon du lecteur qui n’apprend pas de ses erreurs.

Résumé :

1937, Kentucky. Clay Havens et Ulys Massey, deux jeunes photographe et journaliste, sont envoyés dans le cadre du New Deal réaliser un reportage sur un coin reculé des Appalaches.

Dès leur arrivée, les habitants du village les mettent en garde sur une étrange famille qui vit au cœur de la forêt. Il n’en faut pas plus pour qu’ils partent à leur rencontre, dans l’espoir de trouver un sujet passionnant. Ce qu’ils découvrent va transformer à jamais la vie de Clay et stupéfier le pays entier. À travers l’objectif de son appareil, se dévoile une jeune femme splendide, Jubilee Buford, dont la peau teintée d’un bleu prononcé le fascine et le bouleverse.

Leur histoire sera émaillée de passion, de violence, de discorde dans une société américaine en proie au racisme et aux préjugés.

Inspiré par un fait réel, ce roman est une bouleversante histoire d’amour et un hymne à la différence.

Éditeur ‎Le Seuil (4 mars 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎480 pages
ISBN-10 ‎2021455394
ISBN-13 ‎978-2021455397

Green Man de David Klass, Emergency on planet earth

Cela doit nous arriver à tous d’apprécier une lecture sans pour autant adhérer au propos développé par l’auteur. C’est en tout cas ce qui m’est arrivé avec la lecture de cet éco-thriller.

Le récit est construit comme un véritable thriller. La plume est tournée de manière à ce que l’on dévore les chapitres s’en rendre compte. Le principe même du page-turner. La caractérisation des personnages est tout aussi simple et efficace. L’auteur prend un trait de caractère et l’applique sur le personnage sans aucune nuance, constituant ainsi une galerie de personnages assez terne et sans relief, jusqu’ici la recette du thriller grand public est appliquée avec assiduité mais sans enthousiasme ni malice.

La pointe d’originalité de l’ouvrage vient de la volonté de l’auteur à humaniser son antagoniste principal. Véritable double littéraire de l’auteur, la volonté terroriste en moins, Green Man est le personnage principal de l’intrigue. L’auteur expose, de manière très scolaire, ses motivations, son engagement écologique et ses liens familiaux. À côté la traque pour faire cesser ses agissements paraît moins palpitante, trop aisée.

Car c’est là que se situe l’essence de l’ouvrage. Il ne s’agit pas tant d’un thriller addictif que d’un manisfeste alarmiste sur l’état de notre planète. Entendons-nous bien, l’écologie est un sujet qui me touche énormément mais je doute que les prédications apocalyptiques soient le meilleur moyen de faire évoluer les consciences. En cela la fin m’a paru naïve, comme si le terrorisme pouvait entraîner un réveil des masses populaires.

En bon américain, l’auteur globalise l’action écologique, omettant que la préservation des écosystèmes est complexe et mérite une nuance dans le discours afin de dégager des solutions viables pour tous. Ce n’était pas le propos de l’auteur mais en 2021 je ne supporte plus d’entendre ce genre de discours anxiogène et contre-productif.

Green Man est un thriller correct mais j’aurais voulu entendre un discours plus constructif plutôt qu’une ode à la destruction. Ce n’est pas réduisant des sites pollueurs en cendres que l’on s’en sortira.

Résumé :

Un génie du crime orchestre des attentats spectaculaires et le nombre de ses victimes est affolant. Son nom ? Green Man. Son projet dément est de sauver la vie sur la planète en éradiquant les humains qui la martyrisent. Le compte à rebours est lancé et l’horloge de l’Apocalypse sonnera bientôt le dernier minuit sur Terre.
Tic-tac. Tic-tac. Tic-tac. Tom, jeune recrue du FBI, partage les convictions écologiques de Green Man. Lui seul peut comprendre les méandres de son esprit retors et empêcher l’embrasement final.
Tic-tac. Tic-tac. Tic-tac.

ASIN ‎B092P6WVLH
Éditeur ‎Les Arènes (23 septembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎436 pages
ISBN-13 ‎979-1037502988

Profession du père de Sorj Chalandon, papa est en haut, sa tête fait du yoyo

Aujourd’hui on sait ce que c’est une personnalité toxique, tout comme on sait repérer et encadrer les personnes instables mentalement. Mais dans la société française d’après-guerre où les consciences n’étaient pas aussi éveillées le poison pouvait se déployer en toute tranquillité.

La première partie du roman est difficile à lire. Non pas parce que le style de l’auteur est rebutant mais parce qu’on assiste au parfait petit condensé de la maltraitance envers un enfant. Maltraitance physique et morale, privations arbitraires, harcèlement moral, culte du corps, endoctrinement idéologique, le tout raconté par les yeux d’un enfant qui aime son père malgré sa folie évidente et qui recherche inlassablement son attention. Un véritable crève-coeur.

Puis le récit prend des allures de tragi-comédie alors que l’esprit du petit Émile opère une tentative d’appropriation de la folie de son père, seul moyen qu’il est trouvé pour survivre dans cet environnement délétère. Le récit s’enveloppe ainsi d’un légèreté bienvenue tenaillée par une ombre sordide qui finira par le rattraper.

L’auteur fait valser les dialogues qui sont l’atout principal de l’ouvrage. Ses descriptions sont économes mais n’effacent pas pour autant les personnages derrière un voile de dialogues trompeurs. Leur personnalité se dissimule derrière les non-dits, les déclarations douces-amères et les interrogations de cet enfant qui passera une bonne partie de sa vie à guetter une forme d’amour paternelle.

À l’aide de la candeur enfantine l’auteur dresse un portrait glaçant de la folie ordinaire, de celle qui souille des vies à jamais et peut se révéler capable de faire couler des rivières de sang. Encore une rencontre littéraire que je suis heureux d’avoir effectué.

Résumé : Mon père disait qu’il avait été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Église pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet.
S. C.

ASIN ‎2253066257
Langue ‎Français
Poche ‎288 pages
ISBN-10 ‎9782253066255
ISBN-13 ‎978-2253066255

Le lambeau de Philippe Lançon, et toujours la plume plus forte que l’épée

J’ai repoussé au maximum mon retour sur cet ouvrage. J’ai cru d’abord que c’était parce que je n’avais pas les compétences pour en parler de manière convaincante mais j’ai finalement compris que c’était parce que ce récit m’avait désarçonné, bouleversé de manière irrépressible.

La plume est une maestria de style maîtrisé allié à un vertige intimiste. L’auteur condense tout son savoir littéraire pour livrer un récit dense et lumineux où jamais ne sera convié l’émotion facile, le pathos.

Car au-delà du traumatisme initial, il s’agit avant tout de conter le récit d’une renaissance dans tout ce qu’elle a de plus intime et de salvatrice. L’auteur nous convie avec lui dans cette chambre d’hôpital pour être les témoins de son retour à la vie. Rien ne nous sera épargné, les opérations minutieuses, les proches désemparés qui font ce qu’ils peuvent, les nuits de désespoir et l’humour noir dont seuls savent faire preuve ceux dont le corps est profondément meurtri.

Avec une grâce stylistique et une résilience tout en humilité l’auteur offre une magnifique leçon de vie, de résistance face aux traumatismes, à l’horreur sans nom et nous rappelle, à nous, éternels enfants impétueux, puisqu’il est encore nécessaire de le faire que la haine n’a jamais servi à vaincre la haine.

Un récit indispensable, tant pour la leçon d’humanité qu’il dispense que pour le chemin de vie dont il est le témoignage.

Résumé : « Je me souviens qu’elle fut la première personne vivante, intacte, que j’aie vue apparaître, la première qui m’ait fait sentir à quel point ceux qui approchaient de moi, désormais, venaient d’une autre planète – la planète où la vie continue. » Le 7 janvier 2015, Philippe Lançon était dans les locaux de Charlie Hebdo. Les balles des tueurs l’ont gravement blessé. Sans chercher à expliquer l’attentat, il décrit une existence qui bascule et livre le récit bouleversant d’une reconstruction, lente et lumineuse. En opposant à la barbarie son humanité humble, Le lambeau nous questionne sur l’irruption de la violence guerrière dans un pays qu’on croyait en paix.

Éditeur ‎Folio (1 janvier 2020)
Langue ‎Français
Poche ‎512 pages
ISBN-10 ‎2072873703
ISBN-13 ‎978-2072873706