La ville dans le ciel de Chris Brookmyre, Vers le whisky et au-delà !!

Voilà un roman qui aura bien du mal à se faire une place dans les cases parfois rigides que, éditeurs comme lecteurs, dressent pour classer leurs ouvrages. On parle d’un polar qui prend place sur une station spatiale internationale. Une lecture originale et addictive.

L’aspect SF exige une concentration de la part du lecteur, tout du moins au début du roman, afin d’intégrer toutes les subtilités de cet univers. Heureusement très rapidement les codes du polar reprennent le dessus avec une enquête menée tambour battant, des mystères qui s’empilent, des courses-poursuites et des règlements de comptes sans pitié.

L’auteur a opté pour une science-fiction positive, à contre-courant de la production actuelle, la terre n’est pas au bord de la destruction, la construction de vaisseaux spatiaux est vécue comme un espoir coûteux mais indispensable pour l’humanité sans notion d’urgence climatique mais ne croyez pas pour autant que tout va bien sur la ville dans le ciel.

L’auteur s’est inspiré des nombreux microcosme qui ont fleuri à travers les âges et en a conclu un principe simple, plus les interdits sont sévères, plus les transgressions sont grandes. Les amateurs de polar urbain où règnent la corruption et les passions humaines débridées ne seront pas déçu du voyage. La ciudad de cielo est en effet un repaire de crapules en tous genres qui font régner alcool, drogue, perversion sexuelle diverses et variées, prostitution, combats clandestins. Un véritable nid de serpents.

Dans ce dédale de luxure et de corruption généralisée Alice tente d’y voir plus clair, guidé par ce lapin blanc peu fiable qu’est Nikki. L’auteur brosse le portrait de deux personnages pétris d’assurance qui vont voir leurs certitudes volées en éclats à mesure qu’elles vont s’approcher de la vérité. Le portrait de Nikki aurait pu être affiné, notamment la raison de son départ pour la station, mais l’écriture de ces deux personnages est solide et crédible.

Même si l’intrigue en elle-même se révèle prévisible avec une conclusion quelque peu confuse, ce thriller d’anticipation se révèle d’excellente facture.

Résumé : En orbite autour de la Terre, Ciudad de Cielo est la première marche permettant à l’humanité d’atteindre les étoiles. Décrite comme un lieu utopique où le crime n’existe pas, la station spatiale est néanmoins contrôlée par des gangs qui se livrent une guerre sans merci : prostitution, contrebande et racket sont omniprésents. Jusqu’ici, les autorités ont toujours fermé les yeux. Mais les choses vont changer : un cadavre vient d’être découvert, flottant en mille morceaux dans la microgravité de cette ville dans le ciel.L’enquête sur ce meurtre est confiée à Nikki « Fix » Freeman. Corrompue jusqu’à la moelle, c’est peu dire qu’elle n’est pas ravie d’être chaperonnée par Alice Blake, une jeune envoyée du gouvernement terrien fraîchement arrivée sur la station et particulièrement stricte dès qu’il s’agit du règlement.Alors que les morts s’accumulent, les masques vont finir par tomber, et les vraies raisons de ce déchaînement de violence se révéler au grand jour.

Éditeur ‎DENOEL (22 septembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎512 pages
ISBN-10 ‎2207144801
ISBN-13 ‎978-2207144800

Tant qu’il y aura des cèdres de Pierre Jarawan, Papaoutai

Un premier roman ambitieux. Une quête des origines sur fond de tensions politiques, un personnage principal en perte de repères. Le tout forme un récit très agréable à lire mais avec des petits défauts.

Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une première œuvre. J’ai donc pardonné à l’auteur sa plume timide et sa narration un peu scolaire. Le style est très agréable à lire mais on sent que l’auteur n’a pas encore montré tout ce qu’il pouvait faire. Il a également tendance à étaler des éléments historiques concernant le Liban sans qu’il y est forcément de rapport avec l’intrigue, donnant un côté dissertation très appliqué à l’ensemble.

Le portrait du personnage principal sauve le récit de ces petites imperfections. Passé une première partie tout en douceur et nostalgie, survient le temps troublé qui fait suite à cette disparition paternelle inexpliquée dans une seconde partie à double temporalité.

Suivre l’évolution psychologique de Samir entre son adolescence colérique et rageuse et le jeune adulte en quête de réponse mais qui cherche aussi à se pardonner à lui-même était très agréable à la lecture. J’aurais aimé que l’auteur insiste sur le dépaysement d’un immigré de retour dans son pays d’origine mais le récit est déjà suffisamment dense comme ceci.

Malheureusement la troisième et dernière partie vient gâcher l’appréciation générale. Le rythme s’emballe, l’intrigue prend un tournant que j’ai jugé dispensable et pas assez approfondie. Les réponses tant attendues surviennent de manière précipitée et le final paraît confus et insatisfaisant.

Malgré cette conclusion en demi-teinte, Tant qu’il y aura des cèdres reste une lecture agréable avec un excellent portrait d’un jeune homme en perte de repères.  

Résumé : Après avoir fui le Liban, les parents de Samir se réfugient en Allemagne où ils fondent un foyer soudé autour de la personnalité solaire de Brahim, le père. Des années plus tard, ce dernier disparaît sans explications, pulvérisant leur bonheur. Samir a huit ans et cet abandon ouvre un gouffre qu’il ne parvient plus à refermer. Pour sortir de l’impasse, il n’a d’autre choix que de se lancer sur la piste du fantôme et se rend à Beyrouth, berceau des contes de son enfance, afin d’y dénicher les indices disséminés à l’ombre des cèdres.
Voyage initiatique palpitant, Tant qu’il y aura des cèdres révèle la beauté d’un pays qu’aucune cicatrice ne peut altérer. À travers cette quête éperdue de vérité se dessine le portrait d’une famille d’exilés déchirée entre secret et remords, fête et nostalgie.

Éditeur ‎Le Livre de Poche (10 mars 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎576 pages
ISBN-10 ‎2253077755
ISBN-13 ‎978-2253077756

Feminicid de Christophe Siebert, bienvenue à Mertvecgorod

Une dictature d’Europe de l’est, une population qui vit dans une grande précarité, un journaliste qui met sa vie en péril pour faire la lumière sur une série de féminicide qui sévit depuis des années. Ce résumé vous évoque notre triste réalité ? C’est encore bien pire que ça.

Feminicid est un livre univers. L’auteur tient également un blog, https://mertvecgorod.home.blog/, dont cet ouvrage n’est que l’une des nombreuses émanations. Le livre est un condensé protéiforme d’une enquête journalistique qui va prendre progressivement une ampleur démesurée. En plus du récit du journaliste en lui-même, qui enquête sur le meurtre d’un millier de femmes sur une longue période, l’ouvrage compile une chronologie de ce pays fictif, des articles de journaux, des pages wikipédia, des liens internet, des témoignages des différents protagonistes de cette enquête. Un véritable mille-feuilles narratif qui peut vite donner une sensation de vertige mais qui se révèle également extrêmement addictif.

L’univers imaginé par l’auteur se révèle au fil de la lecture. On apprend à connaître ce pays autoritaire, son histoire sanglante et sordide. Une véritable mythologie se bâtit au fil des pages et ce qui devait être une simple enquête sur un fait divers se révèle être beaucoup plus.

Il faut évidemment être happé par cet univers où règnent la mort, la corruption et la misère la plus crasse possible. L’auteur est parvenu à bâtir un univers cohérent, glauque et malsain de manière magistrale, un univers où la réalité dépasse la fiction à moins que cela ne soit le contraire.

Car Feminicid est aussi un ouvrage poreux nourri à la source de notre réalité, qui peut être tout aussi violente que n’importe quel monde fictif inventé par un auteur. Deux faits divers ont inspiré l’auteur lors de la rédaction de l’ouvrage, ainsi qu’un événement historique et bien sûr tout le folklore slave, la chasse sauvage entre autres, et certains mystères antiques qui feraient mieux de rester sceller à jamais.

Feminicid est une lecture qui prend aux tripes, une atmosphère malsaine qui dérange et une mise en œuvre passionnante. Un univers mature, qui ne demande qu’à être exploré par des âmes averties.

Résumé : Voici la première édition non-clandestine du manuscrit de Timur Maximovitch Domachev, journaliste trouvé mort d’une balle dans la tête le 20 fevrier 2028, à Mertvecgorod, alors qu’il enquêtait sur des feminicides en série. Entre l’audace narrative de Bolano, la noirceur cyberpunk de Dantec ou le post-exotisme de Volodine, les chroniques de Mertvecgorod explorent les bas-fonds d’une société rongée en profondeur.

ASIN ‎B091F3LG8S
Éditeur ‎DIABLE VAUVERT (16 septembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎384 pages
ISBN-13 ‎979-1030704464

Galeux de Stephen Graham Jones, Sociologie du loup-garou

Imprégné d’une aura de sauvagerie et de violence, le thème du loup-garou est aussi un appel à la liberté, à un style de vie alternatif. Une liberté qui a aussi un coup comme l’auteur s’est efforcé de nous l’expliquer dans cet ouvrage passionnant.

En choisissant comme narrateur le benjamin de ce clan à fourrure, l’auteur nous invite à découvrir progressivement les règles et fondamentaux qui le régisse. Car se métamorphoser en créature canine possède ses contraintes que l’auteur va nous détailler. L’auteur s’ingénie à livrer un précis de ce que serait le quotidien d’un lycanthrope, et c’est loin d’être une partie de plaisir.

Car leur condition d’être surnaturelle oblige le narrateur, son oncle et sa tante qui l’élève à vivre en marge d’une société uniformisée. Le récit est donc aussi celui de ce clan hors normes, marginal par choix et par contrainte. Une vie précaire, faite d’errances routières, de petits boulots et de solitude. Soudés dans l’adversité, le clan est soumis à une certaine solitude inhérente à leur condition de lycanthrope .

Si le quotidien du narrateur s’apparente à une lutte acharnée pour conserver un semblant de normalité le lecteur devra aussi lutter pour dépasser ses attentes de lecture classique. Il faut faire fi du sempiternel schéma narratif situation de départ, élément perturbateur, péripéties et résolutions. L’auteur ne raconte pas tant une intrigue qu’une errance sans fin. Un destin ordinaire et miséreux de créatures extraordinaires.

La plume de Graham Jones est également un atout non négligeable. Un style acéré, nerveux comme l’état d’esprit de ses personnages, toujours sur la corde raide. La tendresse et l’amour que se portent ses personnages sont retranscrites par petites touches, des gestes, des attentions, des remarques et bien sûr le soutien indéfectible dont il faut savoir faire preuve dans un monde où prédateur et proie se confondent rapidement. 

Galeux est un ouvrage complet, aussi bien dans le fond que dans la forme. Un ouvrage qui gagne à être lu et relu pour en apprécier toutes les subtilités.

Résumé : Les loups-garous existent-ils ? En tout cas, son grand-père en connaît, des anecdotes et des histoires fantastiques sur eux. Mais lui, l’enfant de dix ans, ne parvient pas encore à savoir s’il s’agit de légendes familiales issues des divagations de son Grandpa ou la réalité. Pourtant, la nature sauvage de son oncle Darren, la protection animale de sa tante Libby et les événements étranges qui les ont jetés sur la route semblent hurler le contraire.
À mesure que les années passent, le jeune narrateur anonyme sent que derrière les contes se cache la vérité de sa condition. Alors, pourquoi lui ne se transforme-t-il pas ? Et comment trouver sa place dans cette société américaine qui rejette à la marge les pauvres, les anormaux… les galeux ?

Éditeur ‎Pocket (7 avril 2022)
Langue ‎Français
Poche ‎400 pages
ISBN-10 ‎2266324101
ISBN-13 ‎978-2266324106

L’antre des louves de Elodie Harper

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Bienvenue à Pompéi, en l’an 74 avant notre ère. Amara, jeune grecque instruite mais réduite en esclavage après la mort de son père, est vendue à bas prix à un lupanar sordide, l’Antre des Louves, dirigé par Félix, un homme violent et imprévisible.

Chronique : Situé en 74 après J.-C., L’antre des louves d’Elodie Harper raconte l’histoire d’Amara, une prostituée dans le lupanar de Pompéi. Amara n’est pas née dans l’esclavage. Fille unique d’un médecin grec de la ville d’Aphidnai (« Douzième ville de l’Attique, autrefois la patrie d’Hélène de Troie »), c’est une jeune fille éduquée et intelligente dont le destin s’est inversé après la mort de son père. Vendue comme esclave domestique par sa mère, elle a été contrainte à une vie de concubine avant d’être vendue à Félix, qui change son nom en Amara et la fait travailler comme prostituée dans son bordel, le Repaire du loup, dans la ville romaine antique de Pompéi.

Elle devient l’une des « louves » soumises à la brutalité et à la perversion des hommes qu’elle doit divertir au cours de son esclavage. Ses clients vont de ceux qu’elle ramasse dans la rue à ceux dont elle est obligée d’assister aux soirées huppées. Elle partage une dynamique compliquée avec Felix et une fraternité avec les autres prostituées de Felix, en particulier Dido, dont elle se sent le plus proche. Malgré les jalousies et les rivalités mesquines qui surgissent de temps à autre, les louveteaux forment un groupe très uni qui partage ses traumatismes, ses joies, ses peines, ses espoirs et ses rêves. Ils se soutiennent mutuellement en faisant tout ce qu’ils doivent faire pour survivre. Amara rêve du jour où elle économisera suffisamment sur ses gains pour racheter sa liberté. Malgré l’humiliation, la douleur et le chagrin qu’elle endure, elle se fie à son instinct et à son intelligence pour créer et utiliser les opportunités qui la rapprocheront de ses objectifs. Le récit suit Amara dans sa tentative d’évoluer d’une victime des circonstances à une femme pleine de ressources qui réécrit sa propre histoire dans un monde qui n’est pas tendre avec les femmes dans sa position (ou les femmes, en général) et où la plupart des hommes préfèrent exploiter plutôt qu’aider et où la gentillesse est difficile à trouver. Saura-t-elle se sortir de cette vie et échapper à la manipulation de Félix ? Que (ou qui) devra-t-elle perdre ou sacrifier pour pouvoir réaliser ses rêves ?

L’antre des louves d’Elodie Harper est un roman d’une écriture exquise qui mêle faits historiques (le Lupanar de Pompéi se trouve dans les ruines de la ville romaine antique de Pompéi) et fiction, avec un récit captivant et une forte caractérisation. La description réaliste des personnages et de leurs relations, ainsi que les images vives utilisées pour décrire la vie quotidienne des gens, les rues et les magasins de la ville animée, les festivités religieuses, les fresques et les graffitis du lupanar, vous transportent dans le monde d’Amara. J’ai apprécié les références à la mythologie grecque et romaine (surtout dans le contexte des croyances religieuses de l’époque). Je me suis sentie investie dans l’histoire d’Amara dès la première page et je l’ai soutenue alors qu’elle tentait de se frayer un chemin à travers les défis de son voyage, me réjouissant de ses petites victoires et partageant sa douleur face à ses nombreux revers. Cependant, ce n’est pas un livre que je recommanderais à tout le monde. Il n’est pas facile de lire les violences sexuelles et physiques que ces femmes doivent endurer, même si elles font partie intégrante de l’intrigue du roman. L’auteur a le mérite d’avoir fait preuve d’une grande retenue et d’avoir souligné la cruauté de ces actes plutôt que d’en faire des descriptions graphiques inutiles. Dans l’ensemble, il s’agit d’un roman captivant que j’ai eu du mal à lâcher et d’une histoire qui me suivra longtemps. Je suis heureux que l’auteur n’ait pas fini de raconter l’histoire d’Amara et j’attends avec impatience le prochain épisode de la trilogie de L’antre des louves

Éditeur ‏ : ‎ Calmann-Lévy (11 mai 2022) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 240 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2702184634 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2702184639

Jonna – Tome 2 de Chris Samnee et Laura Samnee

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Jonna et Rainbow poursuivent leurs aventures et font face à la monstruosité des hommes.

Chronique : Jonna créé par Laura et Chris Samnee et dédié à leurs trois filles, qui en ont été la principale inspiration, est peut-être simpliste dans son intrigue, mais c’est un régal visuel qui plaira à toute la famille. Compte tenu de son cadre post-apocalyptique conquis par des monstres géants, il y a de l’émotion et de la légèreté à travers sa relation centrale entre deux sœurs, qui se sont adaptées chacune à leur manière à ce monde sauvage.

Le tome 2 reprend là où le tome précédent s’est arrêté, où Rainbow et sa jeune sœur Jonna, super-renforcée, se retrouvent en compagnie de l’adulte Saro, qui semble avoir d’autres projets pour les filles. Alors que Nomi et Gor tentent de sauver Rainbow et Jonna des autres horreurs que le monde leur réserve, le véritable objectif de Saro est d’exploiter le mystérieux don de Jonna pour combattre les monstres à des fins lucratives, laissant Rainbow seule pour trouver un moyen de sauver sa sœur.
Conçue pour un public de tous âges, l’histoire est racontée à un rythme rapide – en seulement quatre numéros, une situation est résolue, mettant en place la situation suivante pour les numéros suivants. Ainsi, le développement de la distribution – en particulier des seconds rôles – est peut-être limité, mais la bande dessinée compense par un graphisme exquis, qui est le principal argument de vente du titre. L’artiste Chris Samnee semble s’éclater dans ce monde, où chaque numéro présente une nouvelle couche, de l’arène de combat des monstres aux marchés souterrains, où il y a beaucoup de détails qui sont mis en valeur par les couleurs vives de Matthew Wilson.

Bien que la conception des monstres soit simple, Samnee les présente comme étant énormes et dangereux, tandis que Jonna sert de contrepoids amusant – bien qu’étant un être minuscule, elle a la force de terrasser ces bêtes. L’influence de Jack Kirby est omniprésente : l’action épique est dynamique et percutante et Samnee en fait ressortir l’échelle grâce à ses grandes mises en page.

Bien qu’il y ait des dialogues, une grande partie du livre est racontée par le biais de la narration visuelle, car on peut comprendre ce que ressentent les personnages à travers leurs expressions caricaturales. C’est particulièrement le cas pour Rainbow et Jonna, qui peuvent rebondir l’une sur l’autre par un badinage amusant, mais il y a toujours cet élément de tragédie qui les pousse toutes deux à rechercher leur père disparu. Je ne veux pas dévoiler de spoilers, mais la révélation finale du volume ouvre une nouvelle dynamique pour la relation centrale ; la boîte à mystères continue de s’agrandir.

ASIN ‏ : ‎ B09PZVT5XF Éditeur ‏ : ‎ 404 Editions; Illustrated édition (5 mai 2022) Langue ‏ : ‎ Français Relié ‏ : ‎ 120 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1032405581

Invasions domestiques d’Élodie Llorca, comme un léger malaise

Invasions domestiques raconte comment un personnage, Thomas, en perte de repère sombre lentement jusqu’à s’évanouir complètement.

En à peine deux cents pages, l’autrice dépeint un personnage, spectateur de sa propre vie, artiste dilettante et en manque d’assurance, qui voit défiler sur la scène de son appartement des acteurs aux caractères affirmés qui représentent tous une part de son mal-être, ses parents qui le méprisent, sa partenaire qui le domine et surtout Joël, l’irrévérencieux, le jovial Joël qui réussit là où Thomas échoue. 

À mesure que Joël s’impose dans la vie de Thomas celui-ci va perdre pied. Le temps se fait fugitif, les relations se durcissent et une tension délicate s’installe. Ces personnages sont-ils réels ou ne sont-ils que l’incarnation de la dépression du jeune homme ? L’autrice entretient un doute malicieux qui enrobe son récit d’une atmosphère vaporeuse, entre vaudeville et théâtre de l’absurde

De sa plume acérée et teintée d’onirisme, l’autrice décortique l’esprit de son personnage principal jusqu’à ce qu’il ne lui reste rien et qu’il se rende compte qu’il lui reste tout. Derrière ces apparences de récit un brin absurde se cache une réflexion délicate sur la dépression et la perte de contrôle.

Résumé : Thomas Thomassin, téléopérateur quasi propriétaire à Paris, mène une vie solitaire et bien réglée jusqu’à sa rencontre avec Joël, un plombier lunatique.
Après des débuts cocasses et chaotiques, une amitié naît entre eux, nourrie par une connivence artistique – Thomas a une passion secrète : le collage. Joël le pousse à travailler sans relâche pour proposer ses œuvres à une galerie. Au centre de celles-ci se trouve la figure énigmatique d’une femme au regard inquisiteur, inspirée de sa collègue Kim-Ly qui l’a toujours fasciné. Encouragé par son nouvel ami, Thomas entame une relation avec la jeune femme.
Le trio ainsi formé libère le protagoniste de sa solitude et de sa morosité. Mais peu à peu les choses se grippent, et les intentions de Joël et de Kim-Ly apparaissent troubles…

Éditeur ‎Rivages (4 mai 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎208 pages
ISBN-10 ‎2743656565
ISBN-13 ‎978-2743656560

Carne de Julia Richard, À table !!!

Julia Richard a pensé à tous les amateurs de récits saignants. De sa plume trempée dans la sauce de l’humour noir elle leur a concocté un ouvrage succulent à la chair tendre et goûteuse.

Au premier abord Carne pourrait apparaître comme un énième ouvrage sur les mangeurs de chairs humaines qui ont envahi la pop culture ces dernières années. L’humanité dégringole du sommet de la chaîne alimentaire, les gouvernements sont impuissants et les cadavres s’entassent dans les fosses communes. Petit à petit la société occidentale moderne se fait grignoter par un nouveau courant aux dents longues.

Mais cette bacchanale apocalyptique nous est narrée par le prisme d’un homme, le narrateur, Simon qui voit ses désirs les plus carnassiers lui échapper. Un postulat original qui donne une profondeur au récit. La narration introspective offre une image du délabrement mental de Simon, la perte de tous ces repères, le naufrage incontrôlable de sa vie de quarantenaire lambda et le déchaînement de ses pulsions incontrôlables.

La descente aux enfers de Simon est l’occasion de se rendre compte que les films d’apocalypse nous mentent depuis des décennies. La fin du monde n’est pas un immense brasier qui ravage tout sur son passage mais plutôt un feu doux qui porte lentement à ébullition ses habitants. Carne nous montre que l’on peut s’habituer à l’inacceptable, que l’on peut s’adapter face à L’insoutenable et qu’il faut énormément de volonté pour reprendre le contrôle sur son mental.

L’originalité de l’ouvrage se ressent aussi dans la mise en page et les chapitres. Retour en arrière, décompte des chapitres à rebours, ellipses temporelles, l’autrice a recours à tous les stratagèmes pour reproduire la déliquescence mentale de son personnage dans les pages de son ouvrage. Accordant au récit une inventivité succulente.

Un récit à l’humour tranchant mais qui, au-delà, offre aussi un réflexion sur notre société uniformisée, âpre aux gains et sur la notion de prédateur. Car celui qui mange finit par être mangé.

Résumé :

OK GOOGLE, ÇA CORRESPOND À COMBIEN DE CALORIES UN CORPS HUMAIN ?

Simon ne va pas bien. D’ailleurs, depuis qu’il s’est mis à vouloir manger de l’humain, les choses ne tournent pas bien rond dans sa tête.
Face à une société qui les traite, lui et ses congénères, comme des zombies, il fait de son mieux pour garder sa dignité, s’occuper de sa famille et être professionnel au bureau. Mais comment rester soi-même quand la faim frappe à la porte avec autant de délicatesse qu’un tank sur un champ de mines ?
Contraint à gérer son état parasite en maintenant l’illusion de la routine, il décide d’en faire une histoire de famille. Et vous savez ce qu’on dit sur les histoires de famille ?
C’est toujours un sacré bordel.

Il n’est pire aveugle de John Boyne, Et délivre nous du mal

Voilà un ouvrage qui va vous faire voyager, vous faire ressentir tout un tas d’émotions contradictoires mais puissantes, mais aussi vous interpellez sur notre propension à généraliser. Le tout servi par l’une des plus magnifiques plumes qui m’ait été donné de lire.

La plume de John Boyne est véritablement ce qui m’a ravi durant cette lecture. Une écriture ronde, chaleureuse, une narration introspective mais ouverte sur le monde. À chaque paragraphe un sentiment de plénitude m’envahissait, la sensation d’être avec un personnage que je comprenais et que j’appréciais entièrement. 

La temporalité du récit est parfaitement maîtrisée. Le prêtre Ordran évoque les épisodes les plus marquants de sa vie dans un ordre non chronologique sans que jamais l’on se sente perdu dans le récit. L’on parvient à saisir toutes les subtilités de l’intrigue, les non-dits des personnages secondaires et le contexte de chaque épisode en quelques lignes. 

Enfin malgré la difficulté du sujet, le texte reste pudique et intime. Jamais le voyeurisme ne s’invite dans ce chemin de vie d’un personnage en pleine remise en question. C’est tout à l’honneur de l’auteur d’être parvenu à évoquer un sujet qui secoue encore l’Église catholique irlandaise sans jamais verser dans le scabreux.

La prouesse de John Boyne est d’être parvenue à traiter d’un sujet difficile à travers les yeux d’un personnage qui se verra forcer de remettre en question tout ce qu’il pensait acquis. Ce qui fait de cette lecture un pur moment de grâce. 

Résumé : Propulsé dans la prêtrise par une tragédie familiale, Odran Yates est empli d’espoir et d’ambition. Lorsqu’il arrive au séminaire de Clonliffe dans les années 1970, les prêtres sont très respectés en Irlande, et Odran pense qu’il va consacrer sa vie au « bien ».
Quarante ans plus tard, la dévotion d’Odran est rattrapée par des révélations qui ébranlent la foi du peuple irlandais. Il voit ses amis jugés, ses collègues emprisonnés, la vie de jeunes paroissiens détruite, et angoisse à l’idée de s’aventurer dehors par crainte des regards désapprobateurs et des insultes. 
Mais quand un drame rouvre les blessures de son passé, il est forcé d’affronter les démons qui ravagent l’Église, et d’interroger sa propre complicité. 

Éditeur ‎JC Lattès (7 avril 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎380 pages
ISBN-10 ‎2709665395
ISBN-13 ‎978-2709665391

La pluie de néon de James Lee Burke, Sale temps pour les salauds

Il était temps que je me lance à la découverte des enquêtes de Dave Robicheaux, après un faux départ il y a quelques années. La saga de James Lee Burke est sans doute l’une des plus longues de l’histoire du polar, on peut donc se demander si la première enquête, publiée en 1987 a encore quelque chose à apporter au lecteur d’aujourd’hui.

Force est de constater que cette première enquête est d’un classicisme qui peut paraître rébarbatif. Une large place est laissée à l’action, les retournements de situation se révèlent prévisibles et les développements de l’enquête poussifs. Ce n’est pas vraiment l’aspect de l’ouvrage qui a le mieux vieilli.

La caractérisation de Robicheaux s’inscrit dans la droite lignée des enquêteurs dur à cuir issus du roman noir. C’est un homme qui a roulé sa bosse, cynique et dépourvu d’illusions mais avec des idéaux de justice chevillés à son âme. Il penche parfois plus du côté du justicier à la inspecteur Harry que du simple flic mais il faut bien ça pour survivre aux prédateurs bipèdes de la Louisiane.

Ce qui sauve ce premier volume c’est la plume de Burke. Le style est là, une aura de mélancolie imprègne le récit et se diffuse lentement à travers les pages du récit. Le regard désabusé que porte Robicheaux sur la société et la description des paysages de la Louisiane font le reste.

Si comme moi vous voulez découvrir ce monument de la littérature policière dans l’ordre alors La pluie de néon est un passage obligé. Il faudra juste revoir à la baisse vos exigences en matière d’enquête policière et ne pas oublier que ce premier volume à bientôt quarante ans.

Résumé : Avant de passer sur la chaise électrique, Johnny Massina rapporte au lieutenant Dave Robicheaux que sa tête serait mise à prix par les Colombiens. Il semble que Dave ait commis l’erreur de fourrer son nez là où il ne le fallait pas ; et d’avoir insisté.

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (12 juin 2019)
Langue ‎Français
Poche ‎393 pages
ISBN-10 ‎2743647809
ISBN-13 ‎978-2743647803