L’enfant qui voulait disparaître de Jason Mott

Courir après sois-même

Ce roman au ton volontairement burlesque nous entraîne à la poursuite d’un narrateur, l’auteur lui-même peut-être, dans une fuite en avant qui s’apparente à une quête désespérée pour se réconcilier avec soi-même.

On fait connaissance avec notre héros, en pleine promotion de son ouvrage, L’enfant qui voulait disparaître, alors qu’il échappe aux poings d’un mari jaloux, à peine s’il a le temps de s’engouffrer dans l’ascenseur. Accessoirement il est aussi nu comme un ver. 

Le ton est donné. Il sera haut en couleur. D’un jaune solaire comme les rayons d’humour, souvent grinçant et ironique, qui illuminent l’ouvrage. D’un vert cynique lorsqu’il s’agit de dépeindre le milieu de la promotion. D’un rouge écarlate lorsque la violence du monde s’invite dans l’univers bariolé du narrateur. Et puis il y a le noir, couleur charbon, que l’on tente d’ensevelir sous la futilité d’une vie frénétique. 

Car sous les couleurs chatoyantes se cache la souillure d’une enfance brisée par le harcèlement et le racisme. Jusqu’au drame fatal, celui qui creuse un trou béant dans la poitrine d’un jeune homme qui est peut-être le narrateur, ou pas. Un trou qui avalera toutes les couleurs pour ne laisser qu’un blanc infini de douleur.

Nu dans le premier chapitre, le narrateur prend forme sous nos yeux. À mesure que son univers s’étiole sous les coups de massue de la réalité, son esprit et son corps prennent forme. Son regard s’affûte, sa conscience s’éveille. Le récit nous offre une résurrection littéraire tout en s’emparant d’un sujet qui secoue les USA. 

C’est là toute la force du récit, derrière les pirouettes narratives et les bons mots, il aborde un thème complexe qui prend peu à peu l’ascendant sur le burlesque pour livrer une tirade finale bouleversante, qui résonne comme un constat amer mais aussi une victoire personnelle.

En équilibre constant entre la satire sociale et le récit introspectif, ce roman, malicieux et espiègle, offre une réflexion bouleversante sur la difficulté à se réconcilier avec son passé pour mieux faire face au présent.  

Résumé : u cours d’une tournée promotionnelle pour son dernier roman, un écrivain noir américain fait la connaissance d’un enfant à la peau si sombre qu’on le surnomme Charbon. D’abord rencontré dans la salle à manger d’un grand hôtel, le gamin d’une dizaine d’années réapparaît à chaque étape de la tournée et raconte sa vie, ses parents et leur idée folle : le pousser à devenir invisible pour ne pas avoir à subir le destin que sa couleur de peau lui réserve.L’enfant existe-t-il vraiment ? Affecté d’un étrange mal qui l’empêche de distinguer la réalité du produit de son imagination, l’écrivain serait bien incapable de le dire. Mais réelle ou fantasmée, cette rencontre va remettre en question son rapport à sa propre histoire, à sa condition et lui faire admettre une cruelle évidence : être noir aux États-Unis signifie vivre sous une menace constante.Comédie féroce, tragédie déchirante, manifeste contre la peur, l’oppression et les violences policières, L’Enfant qui voulait disparaître est tout cela à la fois

Éditeur ‎AUTREMENT (5 janvier 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎432 pages
ISBN-10 ‎2746763001
ISBN-13 ‎978-2746763005

Mille soleils splendides de Khaled Hosseini

l’Afghanistan à visage humain

Loin des clichés véhiculés par les médias occidentaux, Khaled Hosseini nous convie à un voyage dans un pays martyr. Une épopée dont on ne ressort pas indemne.

Le récit offre le portrait de deux femmes dans un pays saigné à blanc. Deux enfants qui vont devoir grandir trop vite, deux filles dont les parents, trop accaparés par leurs soucis d’adultes n’aiment pas suffisamment ou ne parviennent pas à protéger. Deux mères désemparées face à la cruauté du monde dans lequel elles doivent élever leurs enfants. Deux portraits poignants qui font résonner l’ouvrage d’empathie et soutiennent tout le récit.

Le récit est aussi un portrait contrasté de l’Afghanistan et de la ville de Kaboul, l’auteur n’hésite pas à mettre en avant les beautés de ce pays, l’ingérence extérieure qui entrave le développement et le patriarcat omniprésent. On découvre le quotidien des habitants dans un pays en guerre sans jamais que le récit ne s’éloigne de ses personnages.

L’auteur nous livre une épopée tragique, parfois un peu naïve mais qui touche au cœur. Le tout porté par une plume délicate et attentionnée.

Résumé : Forcée d’épouser un homme de trente ans son aîné, exécrable islamiste aux allures de Barbe Bleue, Mariam subit la colère de son époux devant son incapacité à lui donner un fils. Après dix-huit ans de soumissions à cet homme brutal, elle doit endurer une nouvelle épreuve : l’arrivée de Laila sous son propre foyer une petite voisine de 14 ans, que Rachid décide d’épouser en secondes noces. Les années passent, longues comme des veillées funèbres. Massoud assassiné. Les Talibans installés. De rivales, Mariam et Laila deviennent alliées, soeurs de malheur face au despotisme des pères, des maris et de leur cortège de lois inhumaines. Dans la prison de leur exil intérieur, elles unissent leur courage pour tenter de fuir l’Afghanistan et sa folie meurtrière, et partir au Pakistan. Mais parviendront-elles jamais à quitter cette terre dévastée, et leur ville, Kaboul, où « les soleils splendides » du passé sont aujourd’hui noyés dans des bains de sang ?

Éditeur ‎10 X 18 (8 janvier 2009)
Langue ‎Français
Poche ‎416 pages
ISBN-10 ‎2264049065
ISBN-13 ‎978-2264049063

Ligne de failles de Nancy Huston

Jusqu’à la source

Le fleuve d’une vallée ignore l’existence de la cascade qui la constitue, tout comme ladite cascade ne peut savoir qu’elle s’abreuve à une source plus lointaine. Parcourir les flots de l’histoire à contre-courant pour découvrir la source qui ruisselle sur le présent, c’est le pari osé de Nancy Huston avec ce récit ambitieux.

À travers une narration atypique l’autrice revisite l’histoire d’une famille jusqu’au drame initial, le péché originel qui a planté ses crocs dans l’ADN de cette famille, contaminant chacun de ses membres, génération après génération avec des symptômes différents mais toujours en instillant le malaise et un sentiment de rejet.

Un pari qui aurait été réussi si le secret en question avait été mieux mis en avant durant la dernière partie. L’origine de la fracture de cette lignée familiale ancrée dans l’histoire paraît trop nébuleuse pour acquérir l’ampleur nécessaire et expliquer les névroses qui rongent ses membres. Il est dommage également que l’autrice préfère expliquer un détail historique dans une note à la fin de l’ouvrage plutôt que de l’inclure dans sa narration. Cela aurait permis au récit de gagner en profondeur.

Pourtant la lecture reste agréable. Chaque narrateur possède sa propre voix, sa propre vision enfantine sur un monde d’adultes emplis de secrets et de non-dits. La plume allie rythme et une prose imagée très plaisante. Les différentes parties s’enchaînent toutes seules.

Un roman ambitieux qui manque de toucher au but par une conclusion qui manque de retentissement mais dont la narration inventive invite à la relecture.

Résumé : Entre un jeune Californien du XXIe siècle et une fillette allemande des années 1940, rien de commun si ce n’est le sang. Pourtant, de l’arrière grand-mère au petit garçon, chaque génération subit les séismes politiques ou intimes déclenchés par la génération précédente.

ASIN ‎2742769366
Éditeur ‎Babel (6 juillet 2011)
Langue ‎Français
Poche ‎496 pages
ISBN-10 ‎2351500741
ISBN-13 ‎978-2351500743

Locke & Key de Joe Hill et Gabriel Rodriguez

Certaines portes devraient rester verrouillés

Un manoir, des clés, des secrets enfouis qu’il ne faut surtout pas réveiller et surtout une galerie de personnages attachants. Bienvenue au manoir Locke, où chaque porte dissimule un rêve ou un cauchemar.

Ce comics fantastico-horrifique est bien sûr une formidable histoire de personnages qui se confrontent au mal absolu. Le récit de Joe Hill, digne héritier de son père Stephen King, est destiné à un public averti. On peut très vite passer d’une scène de vie familiale banale à un massacre sanglant en une page. Une impression renforcée par les magnifiques dessins de Gabriel Rodriguez. Cet artiste minutieux, qui dissimule mille détails dans ses planches, était l’artiste qu’il fallait pour mettre en scène les aventures des enfants Locke.

Le niveau de détails est impressionnant

Mais Locke & Key dépasse sa condition de simple comics d’horreur en brossant le portrait de personnages tous plus attachants les uns que les autres. Une famille frappée par un deuil violent qui va devoir apprendre à surmonter les épreuves et libérer leur traumatisme pour espérer s’en sortir vivant. Locke & Key est un récit sur le deuil, l’adolescence et la capacité à croire au merveilleux.

D’une scène familiale à une atmosphère inquiétante

Le portrait psychologique des différents membres de la famille Locke est bluffant. Tous ont leur être verrouillés au début du récit, que ce soit Tyler et sa culpabilité, Kinsey avec ses complexes ou bien Nina qui se noie dans son chagrin. Tous devront parvenir à surmonter leur trauma par le biais de la magie contenu dans le domaine Locke.

Rien de mieux que des activités de jardinage en famille

Ce comics recèle tous les ingrédients d’une histoire inoubliable. On referme la dernière page le cœur lourd de quitter ces personnages, qui ont grandi en même temps que nous, mais l’âme émerveillée d’avoir lu une grande et belle histoire.

Résumé : Keyhouse : un étrange manoir de la Nouvelle-Angleterre. Un manoir hanté, dont les portes peuvent transformer ceux qui osent les franchir…

Après la disparition brutale de leur père, Tyler, Bode et Kinsey découvrent leur nouvelle demeure, croyant y trouver le refuge dont ils ont besoin pour panser leurs plaies. Mais une ténébreuse créature les y attend pour ouvrir la plus terrifiante de toutes les portes…

Éditeur ‎HiComics; Illustrated édition (22 septembre 2021)
Langue ‎Français
Relié ‎976 pages
ISBN-10 ‎2378871643
ISBN-13 ‎978-2378871642

Les fureurs invisibles du cœur de John Boyne

Quand je serais un homme

Ce récit est un fantastique livre-destin. Impossible de décrire cet œuvre autrement tout comme il est impossible de le lâcher une fois la première page lu.

John Boyne est également auteur de roman jeunesse, il n’est donc pas étonnant de le voir si bien maîtriser la narration, les dialogues et l’écriture de ses personnages. En un paragraphe vous saurez si vous allez aimé ou pas le personnage qu’il vous présente, et la plupart du temps vous allez l’aimez. Que ce soit l’excentrique Maud Avery, l’arrogant Julian Woodbead ou bien ce cher Cyril, vous allez tombé amoureux de ces personnages et de leur histoire qui deviendra la vôtre.

Fort de son expérience et de sa connaissance de l’histoire irlandaise, l’auteur nous conte un chemin de vie, une vie à tenter de s’accepter dans une Irlande qui vous rejette. Une vie, faite de regrets, de remords et de drames mais aussi de purs instant de joie, de bonheur. Le récit est empreint d’un souffle emphatique qui emporte tout sur son passage.

Au cours du récit l’auteur aura souvent recours au dialogue pour dynamiser son récit. Des dialogues ciselés, parfois émouvant, parfois hilarant mais toujours justes. Les phases narratives parraissent plus faibles en comparaison mais n’entachent en rien le plaisir de lecture.

Pour chipoter on pourra relever l’aspect placide de Cyril, qui fait parfois preuve de trop d’égard face à ses concitoyens pas toujours accomodant, et de nombreux hasard heureux qui parsèment le récit lui faisant frôler la suspension d’incrédulité. Mais ce sont des défauts mineurs qui ne peuvent faire oublier la tendresse qui enrobe le récit. 

Un roman initiatique puissant qui nous rappelle qu’il faut parfois toute une vie avant de s’accepter tel que l’on est.

Résumé : Cyril n’est pas « un vrai Avery » et il ne le sera jamais – du moins, c’est ce que lui répètent ses parents, Maude et Charles. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ? Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif des Avery, un couple dublinois aisé et excentrique, Cyril se forge une identité au gré d’improbables rencontres et apprend à lutter contre les préjugés d’une société irlandaise où la différence et la liberté de choix sont loin d’être acquises.

Éditeur ‎Le Livre de Poche (2 janvier 2020)
Langue ‎Français
Poche ‎864 pages
ISBN-10 ‎225323785X
ISBN-13 ‎978-2253237853

Nuages baroques de Antonio paolacci et Paola Ronco

Crimina dell’arte

Il y a certains auteurs qui parviennent à s’imprégner d’une atmosphère avant de la retranscrire dans leur récit, c’est le cas du duo Paolacci-Ronco qui livre un polar enchanteur où l’esprit Italien occupe la première place. 

Les premières pages et la présentation des différents personnages donnent l’impression d’être au théâtre. D’un trait les auteurs plantent leur décor dans une ville de Gêne attachante, où les vieux immeubles se montent à pied, où la moindre parole donne l’impression d’être chantée. Un décor enchanteur qui reste réaliste grâce à une intrigue qui met en avant les travers de la société italienne.

Les personnages sont décrits par un trait de caractère qui permet de saisir immédiatement l’âme du personnage. Caccialepori, le malade imaginaire au regard affûté, l’adjointe Santamaria avec sa pipe constamment collée à la bouche et qui n’a pourtant pas sa langue dans sa poche, Musso le poseur avec ses costumes hors de prix. L’équipe d’enquêteurs fait très vite penser à une troupe de théâtre où chacun joue son rôle à la perfection. On est parfois à la limite du cliché mais la complicité des dialogues et le dynamisme de la narration fait oublier tout ça.

Évidemment l’atout majeur du roman est le sous-préfet Paolo Nigra qui nous fait découvrir son amour pour la ville de Gêne, sa résilience face à l’homophobie rampante de certains de ses collègues et de la société et son couple avec un acteur qui a fait le choix de taire sa vie amoureuse. Une relation touchante qui concentre toute la finesse d’écriture du duo d’auteurs. De quoi achever de faire tomber le lecteur sous le charme de ce polar, italien jusqu’au bout de sa plume.

Mais que cette légèreté apparente ne fasse pas oublier qu’une intrigue doit être menée. Si l’enquête se révèle classique et sans grande surprise, elle est cependant assez efficace pour captiver le lecteur et a le mérite d’intégrer le récit à la société italienne contemporaine en évoquant le pacte d’union civile, le G8 de 2001 et l’homophobie ordinaire à laquelle doivent faire face les homosexuels italiens encore aujourd’hui.

Un excellent premier volume d’une saga policière qui possède son propre ton, léger mais pas niais et une galerie de personnages haut en couleur. 

Résumé :

Un jeune étudiant en architecture d’une vingtaine d’années, vêtu d’un manteau rose vif, est retrouvé battu à mort au petit matin, non loin du lieu où se tenait une fête en soutien à l’union civile qui doit bientôt consacrer en Italie le mariage homosexuel. Sur les lieux, auprès de son équipe de policiers aussi disparate qu’efficace, arrive bientôt sur sa moto Guzzi l’imperturbable sous- préfet de police Paolo Nigra, bel homme à la quarantaine élégante, sorte de Gian Maria Volonte au charisme évident.

Tout semble indiquer un crime homophobe, mais Nigra se méfie des évidences…

Éditeur ‎Rivages (12 octobre 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎352 pages
ISBN-10 ‎2743657863

Mort aux geais, capitale du nord tome 2 par Claire Duvivier

Mains rouges, cœur noir

Le premier volume de la saga Capitale du nord ne m’avait pas complètement convaincu, la faute à une narration un peu trop maniérée. Je suis donc ravie de vous annoncer qu’Amalia a perdu ses bonnes manières dans ce second volume beaucoup plus musclé.

Fini le roman d’apprentissage empreint d’idéalisme, de morale noble et de bons sentiments, place à un récit de vengeance sur fonds de manœuvres politiques où l’honneur sert à essuyer les verres au fond d’une taverne lugubre après un conciliabule lourd de menaces. Une manière radicale de faire progresser l’intrigue mais l’autrice a conscience que le navire doit avancer. Le poisson a été pêché, il est temps de passer à la découpe.

On suit toujours l’intrigue par les yeux d’Amalia. Un personnage qui va gagner en complexité. L’autrice est constamment sur la corde raide avec ce personnage mais parvient tout de même à nous captiver dans sa quête de justice qui se transforme en vengeance acharnée, tout en nous faisant comprendre, par petites touches, qu’Amalia n’est pas le personnage le plus sympathique du récit. Une écriture qui s’oppose à celle, plus altruiste, de Nox dans Capitale du sud.

Il est juste regrettable que cette narration à la première personne empêche le dénouement d’acquérir une véritable ampleur. En restant focus sur Amalia, certains événements dramatiques apparaissent insuffisamment développés. 

Mais cela n’enlève en rien la tension qui parcourt tout le récit. Amalia est un personnage déterminée, qui n’a pas peur de se salir les mains mais qui va voir ces certitudes mises à mal. Et le final promet le meilleur pour la suite de la saga.

Je vais conclure en rappelant le lien étroit qui lie ces deux sagas miroirs avec la nourriture, même si le récit est moins épicurien que celui de Chamanadjian, les amateurs de fruits de mer devraient y trouver leurs comptes.

Résumé : Après les terribles meurtres de la maison De Wautier, le monde d’Amalia Van Esqwill s’est écroulé. Considérés comme les principaux suspects, Yonas et elle trouvent refuge dans les tumultueux Faubourgs de la ville. Mais s’ils peuvent se cacher de la garde havenoise, qui les protégera de l’emprise de l’enchantement ? Pour survivre, Amalia devra surmonter sa douleur, dompter ses peurs, s’adapter à la clandestinité… et accepter de confier son destin au jeu de la tour de garde.

Éditeur ‎FORGES VULCAIN; Illustrated édition (7 octobre 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎432 pages
ISBN-10 ‎2373056593
ISBN-13 ‎978-2373056594

Le temps du passé de Lee Child

Rien ne peut arrêter Reacher

Le verbe To reach en anglais signifie atteindre, et s’il y en a bien un qui sait atteindre sa cible c’est lui, Jack Reacher, le héros de Lee Child. Après plus de vingt volumes l’auteur se décide enfin à explorer les origines de son héros.

Mais avant tout Reacher c’est qui ? Fils de Marines, rompu à une discipline militaire draconienne, il a été officier dans la police militaire avant de démissionner lorsque l’armée américaine se transforme en complexe industriel se fichant de la vie des hommes auxquels elle fait porter l’uniforme. Depuis il erre sur les routes des USA, vagabond moderne qui se contente de peu mais qui donne tout lorsqu’il se heurte à l’injustice et la malveillance.

Ces quelques lignes résument le concept de la saga Reacher. Chaque volume peut se lire de manière indépendante. L’atout majeur est bien sûr le personnage de Reacher, bloc de granit incassable à l’esprit analytique aussi affûté que la vision d’un aigle. Un savant équilibre entre Sherlock Holmes et Chuck Norris. Une saga qui assume pleinement son aspect série B.

Ce volume ne fait pas exception à la règle. Reacher débarque dans un patelin pas si tranquille et commence à mettre son nez là où personne ne veut qu’il le mette. Parallèlement on va suivre les mésaventures d’un jeune couple de canadiens qui vont faire un choix qui va s’avérer funeste.

Si la partie concernant Patty et Shorty se révèle très vite prévisible, elle a le mérite d’offrir un final explosif où l’auteur démontre son talent pour le récit de combat nerveux. L’intrigue concernant Reacher et les secrets de sa famille se révèle éparse et moins passionnante. Comme si l’auteur regrettait, après coup, d’avoir entraîné son personnage dans cette voie. Car, pour le bien de la saga, Reacher se doit de rester cet homme sans attache, sans passé ni avenir.

Pour compenser l’auteur confronte son personnage à quelques bouseux vindicatifs autour d’une vague question d’expansion illégale d’une pommeraie et d’agression sexuelle. On est loin des complots que l’auteur se plaisait à démanteler dans les tomes précédents.

Un volume un peu en deçà de ce que l’auteur avait l’habitude de proposer et qui accentue un essoufflement de la saga qui se fait sentir depuis quelques tomes. Le final épique ne suffit pas à rattraper l’ensemble, un brin mollasson.

Résumé :  au bord d’une route, le pouce levé, Jack Reacher a la ferme intention de traverser les États-Unis en stop. Mais dans les bois de la Nouvelle-Angleterre, un panneau lui indique une ville au nom familier : Laconia, où son père est né. Il décide de faire le détour et découvre qu’aucun Reacher n’y a jamais vécu. Lui a-t-on menti ?
Non loin de là, un couple de jeunes Canadiens tombe en panne et échoue dans un motel. Les propriétaires promettent de les aider à repartir. Mais ces derniers disent-ils toute la vérité ?
Les chemins de tous ces personnages vont se croiser dans de terribles circonstances, car la mort rôde dans les parages… et Reacher, fidèle à lui-même, va devoir s’en mêler

Éditeur ‎Calmann-Lévy (21 septembre 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎432 pages
ISBN-10 ‎2702180019
ISBN-13 ‎978-2702180013

L’homme aux lèvres de saphir de Hervé Le Corre

Maldoror, mon amour

Lorsque que l’un des meilleurs auteurs du roman noir français s’empare du genre littéraire du thriller cela donne l’un des meilleurs représentants du genre.

Hervé Le Corre s’amuse avec le genre, si populaire, du thriller pour livrer un récit dense, imprégné d’une puissance narrative rare. L’intrigue de base se résume à une impitoyable chasse à l’homme mais l’arrière-plan historique ainsi que la matière littéraire dans lequel baigne le récit le dote d’une aura qui l’éloigne du tout venant de la production.

Car la plume d’Hervé Le Corre ne fait pas que raconter une histoire, elle immerge le lecteur dans une ambiance, une atmosphère que peu d’auteurs parviennent à retranscrire. Avec Le Corre on entend le bruit des sabots sur les pavés, on sent la crasse d’un Paris du 19ème siècle, on comprend la douleur et la colère de ces personnages qui rêvent d’un monde plus juste. 

Les dialogues ne font que renforcer cette immersion, le Paris communard de Le Corre vibre de ressentiments, grouille de vice et de misère mais il vit sous les yeux du lecteur. Bien plus qu’un simple thriller, le récit se transforme en leçon d’histoire. Un cri d’amour en faveur de la liberté et de la justice.

Loin des étiquettes et des cases dans lesquelles on essaie de faire rentrer les auteurs, Hervé Le Corre bâtit patiemment une œuvre qui fait de lui l’un des meilleurs auteurs français contemporains. 

Résumé : Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfié la police, fort dépourvue face à ces crimes d’un genre nouveau. Le meurtrier, lui, se veut « artiste » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage a celui qu’il considère comme le plus grand écrivain du XIXe siècle, Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie méconnu. Dans le labyrinthe d’une ville grouillante de vie et de misère, entre l’espoir de lendemains meilleurs et la violence d’un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que la vie n’a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l’assassin. Nul ne sortira indemne de cette redoutable rencontre.

Éditeur ‎Rivages (1 octobre 2004)
Langue ‎Français
Poche ‎512 pages
ISBN-10 ‎2743613092
ISBN-13 ‎978-2743613099

Un bon indien est un indien mort de Stephen Graham Jones

La chasse infernale

Après avoir énormément apprécié Galeux, j’étais impatient de découvrir ce que Stephen Graham Jones pouvait offrir avec son nouveau roman. Ce nouvel ouvrage offre un style différent au service d’un récit qui nous entraîne dans les tréfonds de l’angoisse.

L’auteur inscrit son récit dans la mouvance du réalisme fantastique, un style qui erre à la frontière des genres. Sauf qu’il s’agit plutôt là d’un réalisme horrifique, certaines scènes marquent à jamais l’imagination du lecteur de par leur puissance évocatrice. Le récit baigne dans une atmosphère de folie et de terreur qui ne fait que s’accentuer dans un rythme lancinant.

L’auteur joue habilement sur les mots pour créer l’angoisse, le fantastique reste à la lisière des paragraphes, en retrait pour mieux laisser planer son ombre funeste sur tout le récit. L’horreur surgit petit à petit, du coin de l’œil d’abord avant d’envahir toute la rétine ne laissant plus aucune échappatoire.

En ce qui concerne les personnages, l’auteur brosse un beau portrait de looser magnifiques, dans un décor de caravanes rouillées et de décharge automobile, décor d’un cauchemar américain qui n’a jamais pris fin. Des hommes perdus, à tous les niveaux, qui entassent les regrets et les remords comme les canettes de bière. Des hommes déracinés, dont il ne reste que quelques vestiges épars des traditions qui animaient leurs tribus autrefois. Des âmes en perdition qui voient la dernière chose de stable dans leur vie, leur esprit, flancher de manière irrémédiable.

Une lecture qui happe le lecteur dans un engrenage démentiel, jouant sur les sensations et l’imagination du lecteur pour délivrer son message impitoyable.

Résumé : Quatre amis d’enfance ayant grandi dans la même réserve amérindienne du Montana sont hantés par les visions d’un fantôme, celui d’un élan femelle dont ils ont massacré le troupeau lors d’une partie de chasse illégale dix ans auparavant.

Éditeur ‎Rivages (21 septembre 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎352 pages
ISBN-10 ‎2743656212
ISBN-13 ‎978-2743656218