La nuit tombée sur nos âmes de Frédéric Paulin

L’abysse capitaliste.

Un récit choc sur un évènement ignoble, le G8 et les manifestations qu’il a entraîné. Lors de cette table ronde des puissants, l’Italie s’est enfoncé dans un abysse de violence sans fond.

Le G8 est un puits de gravité qui attire à lui tout un tas de personnes avec des désirs contradictoires mais qui partage un thème en commun, le pouvoir. Il y a Carli, le fasciste qui exulte de pouvoir exercer son autorité, Lamar qui espère propulser sa carrière politique, et Nathalie et Wag, qui espèrent juste que le pouvoir change de main.

Le style est clair, concis à la manière d’un reportage de guerre. Un rapide portrait des personnages plante le décor puis les pages s’enfilent comme le compte à rebours d’un explosif.

Et lorsque la détonation retentit le récit s’imprègne d’une tension qui ne le quittera plus. La suite du roman se lit d’une traite. La déflagration qui s’empare du lecteur s’accompagne d’un état de sidération à la lecture des faits qui se sont déroulés dans l’école Diaz et la caserne de Bolzenato.

Les faits rapportés par l’auteur sont tellement révoltants et effarants qu’il est difficile de croire qu’ils aient pu être aussi facilement occultés. J’aurais aimé que l’auteur présente une bibliographie afin de pouvoir prolonger la plongée dans cet abysse de noirceur.

Un roman qui laisse un arrière-goût dans la bouche et qui rappelle que dans la vraie vie rare sont les fois où les coupables payent pour leur crime.

Résumé : Les chefs d’État des huit pays les plus riches de la planète se retrouvent lors du G8. Face à eux, en marge du sommet, 500 000 personnes se sont rassemblées pour refuser l’ordre mondial qui doit se dessiner à l’abri des grilles de la zone rouge. Parmi les contestataires, Wag et Nathalie sont venus de France grossir les rangs du mouvement altermondialiste. Militants d’extrême-gauche, ils ont l’habitude des manifs houleuses et se croient prêts à affronter les forces de l’ordre. Mais la répression policière qui va se déchaîner pendant trois jours dans les rues de la Superbe est d’une brutalité inédite, attisée en coulisses par les manipulations du pouvoir italien. Et de certains responsables français qui jouent aux apprentis-sorciers.
Entre les journalistes encombrants, les manœuvres de deux agents de la DST, et leurs propres tiraillements, Wag et Nathalie vont se perdre dans un maelstrom de violence. Il y aura des affrontements, des tabassages, des actes de torture, des trahisons et tant de vies brisées qui ne marqueront jamais l’Histoire. Qui se souvient de l’école Diaz ? Qui se souvient de la caserne de Bolzaneto ? Qui se souvient encore de Carlo Giuliani ?

Éditeur ‎Agullo (9 septembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎288 pages
ISBN-10 ‎2382460032
ISBN-13 ‎978-2382460030

Cadavre exquis de Agustina Bazterrica

Bien saignant le steak s’il vous plaît

Dans un monde où la notion même d’être humain est remise en cause comment conserver une part d’humanité ? Comment ne pas s’avilir et devenir un robot à visage humain ? Comment garder foi en l’avenir ? Le roman d’ Agustina Bazterrica apporte une certaine forme de réponse mais pas forcément celle que l’on attendait.

Lorsque le récit commence, le narrateur, Marcos est un chêne malade. Ses racines se meurent lentement dans une institution pour personnes dépendantes, ses jeunes branches sont mortes et son écorce se dépérit morceaux après morceaux sous les coups d’une vie d’automate au service d’une société qui a érigé la cruauté en institution.

La plume de l’autrice est telle une lame de couteau, froide et métallique. Ses mots d’un ton glacial et clinique tranchent notre imaginaire de lecteur, y laissant des plaies béantes où macère l’horreur banale d’un monde sans âme ni conscience.

Le regard exsangue de Marcos nous invite dans un banquet des horreurs pour tenter de comprendre comment une société s’est livrée d’elle-même à un système digne de 1984. Une galerie des horreurs qui sculpte en contrejour le portrait d’un homme tellement meurtri qu’il ne se voit même plus saigner.

Mais tout arbre peut guérir et, suite à une arrivée inattendue, Marcos va retrouver la force de désiré, d’aimer, d’espérer, de se rebeller face à une société qu’il vomit de tout son être. C’est là tout l’intérêt du roman, sans jamais se départir de ce détachement clinique, on assiste à la renaissance d’un homme. Un retour à la vie dans un monde de carcasses sur deux jambes.

Puis survient la fin, un dénouement brutal qui rappelle que l’on a beau ignorer les coups de couteau que l’on nous inflige, ceux-ci laissent toujours une blessure profonde au creux de l’âme, qui ne peut pas toujours se cicatriser.

Résumé : Un virus a fait disparaître la quasi-totalité des animaux de la surface de la Terre. Pour pallier la pénurie de viande, des scientifiques ont créé une nouvelle race, à partir de génomes humains, qui servira de bétail pour la consommation.Ce roman est l’histoire d’un homme qui travaille dans un abattoir et ressent un beau jour un trouble pour une femelle de « première génération ». Or, tout contact inapproprié avec ce qui est considéré comme un animal d’élevage est passible de la peine de mort. À l’insu de tous, il va peu à peu la traiter comme un être humain. Le tour de force d’Agustina Bazterrica est de nous faire accepter ce postulat de départ en nous précipitant dans un suspense insoutenable. Roman d’une brûlante actualité, tout à la fois allégorique et réaliste, Cadavre exquis utilise tous les ressorts de la fiction pour venir bouleverser notre conception des relations humaines et animales.

Quatrième de couverture
Un virus a fait disparaître la quasi-totalité des animaux de la surface de la Terre. Pour pallier la pénurie de viande, des scientifiques ont créé une nouvelle race, à partir de génomes humains, qui servira de bétail pour la consommation.Ce roman est l’histoire d’un homme qui travaille dans un abattoir et ressent un beau jour un trouble pour une femelle de « première génération ». Or, tout contact inapproprié avec ce qui est considéré comme un animal d’élevage est passible de la peine de mort. À l’insu de tous, il va peu à peu la traiter comme un être humain. Le tour de force d’Agustina Bazterrica est de nous faire accepter ce postulat de départ en nous précipitant dans un suspense insoutenable. Roman d’une brûlante actualité, tout à la fois allégorique et réaliste, Cadavre exquis utilise tous les ressorts de la fiction pour venir bouleverser notre conception des relations humaines et animales.

Biographie de l’auteur
Agustina Bazterrica est née à Buenos Aires en 1974. Cadavre exquis, son premier roman, a remporté le prestigieux prix Clarín en 2017.

Éditeur ‎FLAMMARION (21 août 2019)
Langue ‎Français
Broché ‎304 pages
ISBN-10 ‎2081478390
ISBN-13 ‎978-2081478398

Un tesson d’éternité de Valérie Tong Cuong

Dans des flots insondables, elle se noie

Que se passe-t-il lorsque le petit îlot de bonheur familial que l’on a patiemment construit prend soudainement l’eau de toute part ? Comment réagir lorsque les eaux sombres s’infiltrent dans notre petite vie tranquille alors même que nos vieux démons remontent à la surface ?

C’est exactement ce qui arrive à Anna, mère de famille aisée dans un petit village dont le fils se retrouve subitement sur le banc des accusés. Son univers de bourgeoise propre sur elle se craquelle soudainement et alors qu’elle doit faire face à la machine judiciaire et au jugement populaire, de terribles souvenirs d’enfance se rappellent à elle et menacent de l’engloutir définitivement.

Le récit est un tumulte de pensée, une frénésie d’émotions contradictoires qui se télescopent, se chevauchent, s’entrecroisent sans jamais nuire à la limpidité de la narration. Ce fait d’armes est à mettre au crédit de l’auteur et de son style qui retranscrivent à merveille la crise que traverse cette famille. On suit Anna dans sa lente mais inexorable plongée en eaux troubles tout en passant aux autres protagonistes d’une phrase lapidaire. L’ouvrage est un précis du torrent émotionnel qui s’empare de tout un chacun en situation de crise.

Le portrait d’Anna forme donc la clé de voûte du récit. Son point fort mais aussi son point faible. Les autres personnages souffrent de la finesse psychologique du personnage. Hugues, le père, demeure un arriviste cupide et machiste tandis que Léo, le fils, ne se dépare pas d’une bulle d’ambiguïté qui empêche de l’apprécier complètement. Le récit aurait pu être une saga familiale plus consistante mais on ne peut en vouloir à l’autrice de s’être attaché au portrait d’Anna, tant celui-ci est réussi.

Un tesson d’éternité est l’occasion d’assister au naufrage d’une femme, dont les SOS n’ont pas été entendus et qui ne parvient plus à retenir la lame de fond qui finit par l’emporter.

Résumé : Anna Gauthier mène une existence à l’abri des tourments entre sa pharmacie, sa villa surplombant la mer et sa famille soudée.
Dans un climat social inflammable, un incident survient et son fils Léo, lycéen sans histoire, se retrouve aux prises avec la justice. Anna assiste impuissante à l’écroulement de son monde, bâti brique après brique, après avoir mesuré chacun de ses actes pour en garder le contrôle.
Qu’advient-il lorsqu’un grain de sable vient enrayer la machine et fait voler en éclats les apparences le temps d’un été ?

Éditeur ‎JC Lattès (18 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎272 pages
ISBN-10 ‎2709668645
ISBN-13 ‎978-2709668644

A star is bored de Byron Lane

Une saison en enfer

Sur le thème éculé de la rencontre de deux solitaires évoluant dans des sphères différentes, Byron Lane aurait pu écrire un récit corrosif sur l’aspect néfaste de la célébrité malheureusement à trop vouloir décrire le quotidien d’un assistant sans creuser son sujet il a loupé l’occasion.

Pourtant il y avait largement de quoi faire avec les personnages de Charlie d’un côté, pigiste paumé et peu sûr de lui qui étouffe dans Los Angeles et sa course à la réussite, et Kathi Kannon de l’autre, une actrice sur le retour qui vit sur sa renommée et qui souffre de légers troubles mentaux.

Ces deux êtres fracassés vont se trouver, s’apprivoiser, se compléter. La relation interdépendante entre les deux personnages est touchante et offre les meilleurs passages du récit, notamment une scène hilarante dans un restaurant japonais. 

Les relations toxiques avec leurs parents, le père pour Charlie et la mère pour Kathi, offrent également un aperçu de ce que le l’ouvrage aurait pu offrir. Durant ces passages les personnages se retrouvent dénudés et démunis face à la figure imposante de leur géniteur, l’empathie pour les personnages est totale.

Malheureusement de ce terreau psychologique l’auteur n’en fera rien, préférant aligner les scènes de comportement absurde de Kathi, ses crises maniaques, sa consommation de substances qu’elles avale comme si c’était des pastilles pour la gorge. Un long naufrage auquel assiste impuissant Charlie dans un récit qui tourne très vite en rond, aussi inspiré du réel soit-il.

La lecture s’en trouve donc mitigée, l’envers du décor hollywoodien ne se révèle pas suffisamment passionnant pour porter le récit tout comme le personnage de Kathi dont on ne fait que gratter la surface sans jamais explorer ce qui se cache derrière ses addictions et son mal-être.   

Résumé : Tous les matins, vous devez aller dans sa chambre, la réveiller doucement, lui donner ses pilules pour la journée bien gentiment, et vous assurer qu’elles ne vont pas la tuer.

Au petit déjeuner, Kathi prend un sachet de céréales amaigrissantes. Sans lait. Vous devez aussi lui apporter un verre rempli de glaçons avec une canette de Coca Zéro. Vous versez le Coca sur les glaçons pendant que vous êtes dans la chambre de façon à ce qu’elle entende le bruit des glaçons qui craquent. Ça va lui donner envie de boire et l’aider à se réveiller.

Éditeur ‎Michel Lafon (10 novembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎352 pages
ISBN-10 ‎2749945348
ISBN-13 ‎978-2749945347

Désert noir d’Adrien Pauchet

Drogue, fantômes et fusillades

Le risque lorsqu’un auteur écrit un récit à la croisée des genres c’est que l’un d’entre eux prenne le pas sur les autres et éclipse le propos initial. Malheureusement pour Adrien Pauchet c’est ce qui s’est passé pour son ouvrage Désert noir.

Le récit bouillonne de bonnes idées mal, ou peu, exploitées. Comme une recette qui dispose de bons ingrédients mais qui donne un résultat brouillon. L’auteur brasse quantité de thèmes sans jamais réellement les développer, la difficulté de faire son deuil, la rédemption, la résilience et bien d’autres encore. Un traitement de surface peu satisfaisant dû à une narration trop axée sur le thriller au détriment du développement des personnages, peut-être trop nombreux aussi.

Perdus entre la frénésie narrative d’un thriller grand public et la réflexion sur le deuil, l’ouvrage ne raconte finalement pas grand-chose. L’aspect onirique de l’intrigue offre une jolie mise en page qui invoque le néant mais peine à faire oublier les incohérences et le manque d’approfondissement de l’intrigue et des personnages.

Désert noir s’avère être une œuvre brouillonne qui veut trop en dire sur trop de sujets, qui aurait mérité un affinage de son intrigue et de ses personnages. Une jolie attention gâchée. 

Résumé : Jocelyn est un jeune flic qui, après une sale affaire, se retrouve mis à l’épreuve. Il intègre une équipe qui a pour mission de démanteler un trafic à Paris d’une nouvelle drogue qui permet, à celui qui la consomme, de revoir chacun des êtres chers qu’il a perdus. En butte à l’hostilité d’une partie de la police, sur le qui-vive, il finit par avoir l’impression de chercher à sauver une société qui ne veut pas l’être.

Éditeur ‎FORGES VULCAIN (9 octobre 2020)
Langue ‎Français
Broché ‎240 pages
ISBN-10 ‎2373050587
ISBN-13 ‎978-2373050585

Meute de Karine Rennberg, colore le monde

Colore le monde

Parvenir à évoquer les loups-garous, la synesthésie et la naissance de liens de meute, tels étaient les défis auxquels s’est confronté Karine Rennberg dans ce roman atypique qui prend le contre-pied de la tendance actuelle.

Là où les auteurs de fantastique vont s’attacher à développer un univers et une intrigue addictive, l’autrice a préféré se concentrer sur les personnages en faisant fi du reste. Des personnages attachants, qui sous une fourrure rêche de violence,  cachent un besoin d’être aimés, d’être acceptés, d’être entendus. 

Le récit met en avant trois personnages principaux que l’on ne peut qu’apprécier. Nat le solitaire, au caractère ombrageux, inadapté à la vie en société qui va découvrir qu’il peut compter pour quelqu’un. Val, le tueur muet, sans doute le plus mature et réfléchi et enfin Calame, le louveteau brisé, hanté par une terreur que nul ne peut apaiser, petit être fragile au talent immense qui mélange couleurs et émotions.

Ces trois personnages soutiennent le récit de tous leurs traumatismes et de toute leur amitié, si vous ne vous attachez pas à eux, difficile d’apprécier la lecture. Mais il est encore plus difficile de ne pas s’attacher à eux. La synesthésie, ce trouble neurologique très complexe à expliquer, font des passages consacré à Calame les plus beaux que j’ai pu lire. Ce mariage de couleur et d’émotions rend le texte poétique et intense, tel une flamme ardente qui éclaire les ténèbres.

Meute est donc un récit sur la création de liens puissants, qui transcendent l’amour, l’amitié et le respect. Pauvre en worlbuiding il offre une palette d’émotions rarement vues dans la littérature fantastique, il aurait juste gagné à être plus concis.

Résumé : Roman atypique lycantrope, Meute suit Nathanaël, Val et Calame. Si le premier est un loup-garou né de la violence et la solitude, le second est un humain à qui l’on a volé la voix alors que le troisième est un loupiot traumatisé, incapable d’accéder à la moindre autonomie. Ce récit fantastique est avant tout celui d’une tranche de vie, de ce moment où tout bascule entre le noir et la lumière. Karine Rennberg est une autrice nantaise. Elle taille ses personnages dans la pierre en nuance de gris, de ceux à porter du sang en parure pour vous emmener dans les recoins sombres de l’imaginaire lupin

Éditeur ‎ACTUSF (4 mars 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎320 pages
ISBN-10 ‎2376864380
ISBN-13 ‎978-2376864387

Campagne de Matthieu Falcone, réflexion champêtre

Diagonale du vide, territoire abandonné ou plus familièrement trou perdu, on ne manque pas de termes pour désigner la campagne cet espace vital à notre survie mais fuis par une grande majorité de la population. Avec son ouvrage l’auteur rappelle, qu’aussi éloigné soit-elle des grandes agglomérations frémissantes d’activités, la campagne est un espace à redécouvrir, à reconquérir et porte en son sein des enjeux fondamentaux pour notre avenir.

Sous le regard de son narrateur, tantôt désabusé, tantôt léger et tantôt acerbe l’auteur nous invite à découvrir ce village en butte aux enjeux sociaux. La terre tout d’abord, cette terre que l’on s’approprie, que l’on exploite, que l’on veut sauver. Cette terre qui boit les larmes des agriculteurs abandonnés et qui se craquelle de notre avidité à tous.

Mais ce village c’est aussi des hommes et des femmes qui boivent, qui s’agitent, qui surjouent l’amusement pour oublier qu’ils s’ennuient que rien ne viendra combler ce vide qu’ils ressentent et qu’ils croisent dans le regard de leur compagnon de beuverie. Un vide qui pourrait mener au pire.

D’une plume dense et contemplative, l’auteur dépeint un monde qui se meurt en apparence, au rythme des saisons, mais mute, évolue malgré tout, accompagné par la clameur des uns et des autres, nouveaux venus comme anciens qui veulent faire entendre leur voix. 

Entre essai sociologique et étude sur le paysage campagnard, Matthieu Falcone signe un roman qui interpelle, qui interroge sur l’état actuel de notre monde par le prisme d’un monde dont on ne parle pas assez.

Résumé :« Quoi que l’on fasse, de quelque partie que l’on vienne, le village se cache, ne se montre pas de loin. C’est un village tout plié sur lui-même, en boule la tête dans le cul, comme un chat endormi. Au milieu coule une rivière. C’est-à-dire qu’elle était au milieu, avant qu’il soit désaxé, le village, étendu vers le sud pour les nouvelles constructions. Ici, au village, on en trouve comme cela, qui disent à présent qu’il faut sauver la Terre. Sauver la Terre, je veux bien moi, mais qui nous sauvera, nous ? »

De jeunes citadins, pétris de certitudes, se sont installés dans un village de la France profonde afin d’y organiser une « grande fête participative ». Entre eux et les paysans, le choc est inévitable, le drame annoncé.
Roman féroce et plein d’humanité sur le nouveau monde rural que s’approprient les urbains, modifiant ses règles et bouleversant ses coutumes ancestrales, Campagne est une réflexion profonde sur le désarroi des hommes et la puissance de la nature.

Éditeur ‎Albin Michel (18 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎304 pages
ISBN-10 ‎222645778X
ISBN-13 ‎978-2226457783

La ville dans le ciel de Chris Brookmyre, Vers le whisky et au-delà !!

Voilà un roman qui aura bien du mal à se faire une place dans les cases parfois rigides que, éditeurs comme lecteurs, dressent pour classer leurs ouvrages. On parle d’un polar qui prend place sur une station spatiale internationale. Une lecture originale et addictive.

L’aspect SF exige une concentration de la part du lecteur, tout du moins au début du roman, afin d’intégrer toutes les subtilités de cet univers. Heureusement très rapidement les codes du polar reprennent le dessus avec une enquête menée tambour battant, des mystères qui s’empilent, des courses-poursuites et des règlements de comptes sans pitié.

L’auteur a opté pour une science-fiction positive, à contre-courant de la production actuelle, la terre n’est pas au bord de la destruction, la construction de vaisseaux spatiaux est vécue comme un espoir coûteux mais indispensable pour l’humanité sans notion d’urgence climatique mais ne croyez pas pour autant que tout va bien sur la ville dans le ciel.

L’auteur s’est inspiré des nombreux microcosme qui ont fleuri à travers les âges et en a conclu un principe simple, plus les interdits sont sévères, plus les transgressions sont grandes. Les amateurs de polar urbain où règnent la corruption et les passions humaines débridées ne seront pas déçu du voyage. La ciudad de cielo est en effet un repaire de crapules en tous genres qui font régner alcool, drogue, perversion sexuelle diverses et variées, prostitution, combats clandestins. Un véritable nid de serpents.

Dans ce dédale de luxure et de corruption généralisée Alice tente d’y voir plus clair, guidé par ce lapin blanc peu fiable qu’est Nikki. L’auteur brosse le portrait de deux personnages pétris d’assurance qui vont voir leurs certitudes volées en éclats à mesure qu’elles vont s’approcher de la vérité. Le portrait de Nikki aurait pu être affiné, notamment la raison de son départ pour la station, mais l’écriture de ces deux personnages est solide et crédible.

Même si l’intrigue en elle-même se révèle prévisible avec une conclusion quelque peu confuse, ce thriller d’anticipation se révèle d’excellente facture.

Résumé : En orbite autour de la Terre, Ciudad de Cielo est la première marche permettant à l’humanité d’atteindre les étoiles. Décrite comme un lieu utopique où le crime n’existe pas, la station spatiale est néanmoins contrôlée par des gangs qui se livrent une guerre sans merci : prostitution, contrebande et racket sont omniprésents. Jusqu’ici, les autorités ont toujours fermé les yeux. Mais les choses vont changer : un cadavre vient d’être découvert, flottant en mille morceaux dans la microgravité de cette ville dans le ciel.L’enquête sur ce meurtre est confiée à Nikki « Fix » Freeman. Corrompue jusqu’à la moelle, c’est peu dire qu’elle n’est pas ravie d’être chaperonnée par Alice Blake, une jeune envoyée du gouvernement terrien fraîchement arrivée sur la station et particulièrement stricte dès qu’il s’agit du règlement.Alors que les morts s’accumulent, les masques vont finir par tomber, et les vraies raisons de ce déchaînement de violence se révéler au grand jour.

Éditeur ‎DENOEL (22 septembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎512 pages
ISBN-10 ‎2207144801
ISBN-13 ‎978-2207144800

Tant qu’il y aura des cèdres de Pierre Jarawan, Papaoutai

Un premier roman ambitieux. Une quête des origines sur fond de tensions politiques, un personnage principal en perte de repères. Le tout forme un récit très agréable à lire mais avec des petits défauts.

Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une première œuvre. J’ai donc pardonné à l’auteur sa plume timide et sa narration un peu scolaire. Le style est très agréable à lire mais on sent que l’auteur n’a pas encore montré tout ce qu’il pouvait faire. Il a également tendance à étaler des éléments historiques concernant le Liban sans qu’il y est forcément de rapport avec l’intrigue, donnant un côté dissertation très appliqué à l’ensemble.

Le portrait du personnage principal sauve le récit de ces petites imperfections. Passé une première partie tout en douceur et nostalgie, survient le temps troublé qui fait suite à cette disparition paternelle inexpliquée dans une seconde partie à double temporalité.

Suivre l’évolution psychologique de Samir entre son adolescence colérique et rageuse et le jeune adulte en quête de réponse mais qui cherche aussi à se pardonner à lui-même était très agréable à la lecture. J’aurais aimé que l’auteur insiste sur le dépaysement d’un immigré de retour dans son pays d’origine mais le récit est déjà suffisamment dense comme ceci.

Malheureusement la troisième et dernière partie vient gâcher l’appréciation générale. Le rythme s’emballe, l’intrigue prend un tournant que j’ai jugé dispensable et pas assez approfondie. Les réponses tant attendues surviennent de manière précipitée et le final paraît confus et insatisfaisant.

Malgré cette conclusion en demi-teinte, Tant qu’il y aura des cèdres reste une lecture agréable avec un excellent portrait d’un jeune homme en perte de repères.  

Résumé : Après avoir fui le Liban, les parents de Samir se réfugient en Allemagne où ils fondent un foyer soudé autour de la personnalité solaire de Brahim, le père. Des années plus tard, ce dernier disparaît sans explications, pulvérisant leur bonheur. Samir a huit ans et cet abandon ouvre un gouffre qu’il ne parvient plus à refermer. Pour sortir de l’impasse, il n’a d’autre choix que de se lancer sur la piste du fantôme et se rend à Beyrouth, berceau des contes de son enfance, afin d’y dénicher les indices disséminés à l’ombre des cèdres.
Voyage initiatique palpitant, Tant qu’il y aura des cèdres révèle la beauté d’un pays qu’aucune cicatrice ne peut altérer. À travers cette quête éperdue de vérité se dessine le portrait d’une famille d’exilés déchirée entre secret et remords, fête et nostalgie.

Éditeur ‎Le Livre de Poche (10 mars 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎576 pages
ISBN-10 ‎2253077755
ISBN-13 ‎978-2253077756

Feminicid de Christophe Siebert, bienvenue à Mertvecgorod

Une dictature d’Europe de l’est, une population qui vit dans une grande précarité, un journaliste qui met sa vie en péril pour faire la lumière sur une série de féminicide qui sévit depuis des années. Ce résumé vous évoque notre triste réalité ? C’est encore bien pire que ça.

Feminicid est un livre univers. L’auteur tient également un blog, https://mertvecgorod.home.blog/, dont cet ouvrage n’est que l’une des nombreuses émanations. Le livre est un condensé protéiforme d’une enquête journalistique qui va prendre progressivement une ampleur démesurée. En plus du récit du journaliste en lui-même, qui enquête sur le meurtre d’un millier de femmes sur une longue période, l’ouvrage compile une chronologie de ce pays fictif, des articles de journaux, des pages wikipédia, des liens internet, des témoignages des différents protagonistes de cette enquête. Un véritable mille-feuilles narratif qui peut vite donner une sensation de vertige mais qui se révèle également extrêmement addictif.

L’univers imaginé par l’auteur se révèle au fil de la lecture. On apprend à connaître ce pays autoritaire, son histoire sanglante et sordide. Une véritable mythologie se bâtit au fil des pages et ce qui devait être une simple enquête sur un fait divers se révèle être beaucoup plus.

Il faut évidemment être happé par cet univers où règnent la mort, la corruption et la misère la plus crasse possible. L’auteur est parvenu à bâtir un univers cohérent, glauque et malsain de manière magistrale, un univers où la réalité dépasse la fiction à moins que cela ne soit le contraire.

Car Feminicid est aussi un ouvrage poreux nourri à la source de notre réalité, qui peut être tout aussi violente que n’importe quel monde fictif inventé par un auteur. Deux faits divers ont inspiré l’auteur lors de la rédaction de l’ouvrage, ainsi qu’un événement historique et bien sûr tout le folklore slave, la chasse sauvage entre autres, et certains mystères antiques qui feraient mieux de rester sceller à jamais.

Feminicid est une lecture qui prend aux tripes, une atmosphère malsaine qui dérange et une mise en œuvre passionnante. Un univers mature, qui ne demande qu’à être exploré par des âmes averties.

Résumé : Voici la première édition non-clandestine du manuscrit de Timur Maximovitch Domachev, journaliste trouvé mort d’une balle dans la tête le 20 fevrier 2028, à Mertvecgorod, alors qu’il enquêtait sur des feminicides en série. Entre l’audace narrative de Bolano, la noirceur cyberpunk de Dantec ou le post-exotisme de Volodine, les chroniques de Mertvecgorod explorent les bas-fonds d’une société rongée en profondeur.

ASIN ‎B091F3LG8S
Éditeur ‎DIABLE VAUVERT (16 septembre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎384 pages
ISBN-13 ‎979-1030704464