L’hypnotiseur de Lars Kepler, un cahier des charges mal remplie

Lorsqu’un couple d’écrivains suédois décide de s’essayer au polar cela devrait donner un ouvrage détonnant, original et incisif. Hors avec l’hypnotiseur, le premier volume de la saga de l’inspecteur Linna, il n’en est rien.

Passé les premiers chapitres qui exposent l’intrigue et les personnages, je me suis heurté à mes premières interrogations concernant ce livre. L’un des personnages, Simone de son prénom, va être victime de misogynie puis d’une agression sexuelle.

Mais où est le problème me direz-vous? En soi décrire des maux si actuels auxquels les femmes doivent faire face ne me pose aucun problème, encore faut-il en faire quelque chose, développer un propos ou une critique. Là il n’en est rien, ces passages sont là pour aguicher le lecteur sensible à la cause féministe, comme pour montrer que les auteurs y attachaient de l’importance avant de vite passé à autre chose. J’avais à peine atteint la centième page que je savais déjà que j’allais avoir un problème avec cet ouvrage.

La suite n’a fait que confirmer mes craintes. Plus j’avançais dans le récit plus je voyais les cases que c’étaient efforcés de coucher le duo d’auteur. Il fallait que le cahier des charges du bon petit polar soit bien remplie comme il faut sans dépasser surtout. Ainsi les personnages monocordes seront décrits sous la même émotion histoire de ne pas trop varier la palette. Ainsi on va bien forcer le trait sur certain aspect de leur personnalité, à l’image de ce pauvre hypnotiseur dépressif qui avale assez de cachets pour voir son sang remplacer par des produits chimiques. Comme si la dépression se résumait à devenir un laboratoire chimique ambulant.

L’intrigue accomplira le double exploit d’être poussive et incohérente. On empile les retournements de situation, les fausses pistes qui n’en sont peut-être pas, les développements inutiles (tout le passage sur les pokémons est affligeant !!) Avant d’enterrer tout suspens avec un flashback d’une longueur insoutenable. Le final a le culot de se conclure comme la majorité des polars américains musclés. Et après on ose vous parler d’atmosphère.

Une fois toutes les cases du cahier bien cochés comme l’attend le fameux grand public pour qui il serait dommage de faire un effort, on referme le livre avec un profond sentiment de gâchis et de temps perdus. L’ouvrage concentre tout ce qui ne va pas dans le polar grand public, une récupération cynique de thème de société sans débat de fond, des personnages passables ou haïssables et une intrigue qui ne fait rien à force d’en vouloir faire trop.

Résumé : Dans une maison de la banlieue de Stockholm, une famille est sauvagement assassinée. Seul un garçon échappe au massacre, mais il navigue entre la vie et la mort, inconscient. L’inspecteur Joona Linna décide alors de recourir à un hypnotiseur pour pénétrer le subconscient du garçon et tenter de revoir le carnage à travers ses yeux…

Éditeur ‎Actes Sud (29 mars 2013)
Langue ‎Français
Poche ‎640 pages
ISBN-10 ‎2330014406
ISBN-13 ‎978-2330014407

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