D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds (2 février 2017) de Stefánsson,Jón Kalman

«Était-ce ce qu’il venait de vivre en mer, était-ce pour cette raison qu’il ne voyait vraiment Margrét que maintenant ? Il peinait tant à détacher d’elle son regard qu’il s’était entaillé la main gauche avec le couteau. Une coupure profonde. Le sang avait coloré la lame avant de goutter sur le poisson. Il avait levé la tête vers Margrét. Ils s’étaient regardés droit dans les yeux, le sang coulait, c’était septembre, les montagnes parsemées d’entailles avaient blanchi en une nuit, le voile de neige qui les couvrait était si léger qu’il ne parvenait pas à adoucir les arêtes acérées et leur colère noire.» À travers trois générations, le portrait d’une Islande sauvage, âpre et nostalgique se dessine. On y croise Ari, éditeur exilé au Danemark, et le douloureux souvenir de sa mère ; son grand-père Oddur, capitaine courageux, mais aussi sa grand-mère Margrét, à la sensualité rare. Au croisement de la folie et de l’érotisme, la plume de Jón Kalman Stefánsson nous saisit, avec simplicité, de toute sa beauté.

Chronique : Quitter l’Islande à tout prix, à n’importe quel prix…pour mieux y revenir quelques années après, transformé.
Ari, au passé lourd, a quitté son île natale, pour se rendre à Copenhague, pensant y retrouver l’apaisement. Meurtri, en pleine crise de la cinquantaine, il m’éloigne des siens, espérant reconstruire une vie meilleure. Mais la capitale danoise n’aura pas raison de ses angoisses. Son exil salutaire ne sera pas à la hauteur de ses espérances. Mélancolique, nostalgique, il retournera à Keklavik.
Le climat cruel, le déchaînement des éléments, l’isolement et la solitude donnent du corps au récit des auteurs nordiques. Les ténèbres assombrissent les émotions et déchaînent les passions. L’absence de chaleur, le manque de divertissement, la météo hostile contraignent les Islandais au repli sur soi. L’alcool est une porte de sortie, la seule distraction des endroits reculés du monde. Les communautés sont réduites. Les habitants donnent l’image d’êtres étouffés, à bout de souffle, sans espoir d’avenir meilleur. Cette saga sur 3 générations a la puissance narrative des plus grands auteurs scandinaves.

Note : 9/10

 

  • Poche: 480 pages
  • Editeur : Folio (2 février 2017)
  • Collection : Folio

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