Le Royaume (25 août 2016) de Emmanuel Carrère

« A un moment de ma vie, j’ai été chrétien. Cela a duré trois ans. C’est passé. Affaire classée, alors ? Il faut qu’elle ne le soit pas tout à fait pour que, vingt ans plus tard, j’aie éprouvé le besoin d’y revenir. Ces chemins du Nouveau Testament que j’ai autrefois parcourus en croyant, je les parcours aujourd’hui – en romancier ? en historien ? Disons en enquêteur ».

Critique : Le nombre de pages à la lecture n’est pas un obstacle. Cet ouvrage se lit très vite et est souvent captivant: suivre Paul et Luc dans leurs voyages dans le pourtour méditerranéen est fort intéressant. Le monde Greco judéo romain est rendu vivant avec des détails pittoresques. Emmanuel Carrère a fait un gros travail de recherche et nous fait bénéficier de ses recherches en étant accessible sur Saint Luc, roman sur l’aventure du premier siècle du christianisme et sur sa postérité contemporaine, et plus encore roman sur la porte si étroite par laquelle les hommes peuvent envisager d’accéder au Royaume .
L’auteur illustre son propos par de nombreuses comparaisons savoureuses et drôles, bien que peut être un peu trop souvent inspirée par l’histoire du communisme, qui rend son texte percutant et imagé. Il apparaît aussi que Carrère admire d’autant plus Saint Luc qu’il semble le comprendre au point de pouvoir, en toute liberté et humilité, imaginer ce qu’il ne sait pas de lui, puis s’identifier à lui. La question n’est pourtant pas de savoir si Carrère à raison ou par lorsqu l attribue la lettre de Jacques à Saint Luc ou lorsque sa recherche le conduit, après bien d’autres, jusqu’à la fameuse source Q, les 250 versets qui, lorsqu’on les lit, résonne littéralement du son de la voix de Jésus, de son phrasé si particulier et de ses enseignements sans équivalent. Ce qui compte ce sont les raisons pour lesquelles il emprunte ce chemin et dans quel but.
En restituant parfaitement ce que l’on peut savoir du 1er siècle par. J-C., au travers de ses héros, mais aussi par l’intermédiaire d’auteurs latins comme Martial, juifs comme Flavius Josèphe et Grecs, l’auteur donne une dimension particulièrement vivante à son texte. On s’y croirait et c’est là l’effet d’une écriture savamment élaborée. L’ordonnancement du livre et de son « scénario » impressionne par sa maturité, pour aboutir dans l’épilogue à une remarquable simplicité. « Le Royaume » parvient à rester de ce point de vue la vision d’un homme, l’émanation de sa perception des choses, puisée dans l’observation d’un simple sourire comme dans la consultation des livres d’une bibliothèque trop pleine de textes érudits. Entre ces deux sources, l’auteur semble finalement avoir fait son choix, paradoxal mais logique. Toute enquête sur un autre est avant tout une quête de soi-même.

Note : 8,5/10

  • Poche: 608 pages
  • Editeur : Folio (25 août 2016)
  • Collection : Folio

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